Politiques

Valérie Pécresse est “gênante pour Emmanuel Macron”, selon le politologue Pascal Perrineau


Valérie Pécresse, désignée pour être la candidate du parti Les Républicains à l’élection présidentielle de 2022, est “gênante pour Emmanuel Macron”, selon le politologue Pascal Perrineau, invité de franceinfo dimanche 5 décembre. La présidente de la région Ile-de-France a été investie avec 60,95% des voix face à Éric Ciotti samedi 4 décembre.

franceinfo : Valérie Pécresse est-elle une candidate de droite dangereuse pour Emmanuel Macron ?

Pascal Perrineau : Oui, pour plusieurs raisons. Le grand défi pour la droite d’abord, c’était de réussir son processus de choix. Personne ne s’attendait à ce que le processus soit réussi en septembre. La première étape est réussie et la droite, d’une certaine manière, revient de loin. Le deuxième élément, c’est de pouvoir s’inviter au premier tour en reconquête dans l’électorat naturel de la droite, c’est-à-dire les électeurs qui avaient voté Fillon en 2017. Pour l’instant, Valérie Pécresse, n’en contrôle que 50%. Donc, il s’agit de reconquérir les électeurs qui, d’un côté, sont partis chez Emmanuel Macron, plutôt sur des thématiques de crédibilité économique, que la droite aurait pu faire et qu’elle n’avait pas fait. Et puis, il y a ceux qui sont partis du côté d’Eric Zemmour, et dans un moindre degré, Marine Le Pen. Donc, il faut tenir les deux bouts de la chaîne. Pour reconquérir les électeurs de droite partis vers Macron, elle a la crédibilité économique, la crédibilité gestionnaire pour éventuellement envoyer des messages qui seront entendus par ses électeurs. Et puis, on l’a vu dans la campagne, elle s’est droitisée, comme l’ensemble des candidats qui participaient à cette primaire fermée. Elle a maintenant les terrains régaliens classiques sur l’immigration, l’insécurité. Des mesures très fermes, même si ça ne va pas jusqu’aux mesures qu’avait mises en avant son challenger Eric Ciotti.

Est-elle plus gênante pour le président sortant que les autres candidats ?

C’est difficile pour le candidat Macron, qui joue beaucoup sur le thème du premier de la classe, du président brillant, du président en surplomb. Il a à faire à quelqu’un qui est sorti des mêmes écoles que lui, qui est à la tête d’une des plus grosses régions en Europe sur le plan démographique. Et même ses opposants le disent, elle n’a pas failli à la tête de cette région. Ce n’est pas Marine Le Pen. Et donc, pour Emmanuel Macron, elle est gênante. D’autre part, c’est une femme. Vous ne pouvez pas ajuster de la même manière les coups en matière politique quand votre adversaire est une femme.

Aujourd’hui le principal défi de Valérie Pécresse est de “tenir les deux bouts de la chaîne”, de garder cette famille de droite unie d’Éric Ciotti à Xavier Bertrand ?

Bien sûr, c’est le défi d’ailleurs que tous les leaders de droite ont depuis le Front national. Ça a été le défi de Jacques Chirac, de Nicolas Sarkozy et maintenant celui de Valérie Pécresse. Elle peut le réussir. Cependant, attention, aujourd’hui, elle est à 12 % d’intentions de vote à peu près. Marine Le Pen est à 20%. Il va falloir faire face à ce handicap, et ce n’est pas une chose simple. La droite a l’habitude d’être au pouvoir sous la Ve République et elle se présente souvent comme une droite gestionnaire. Ce n’est pas naturel pour la droite d’être dans l’opposition. Donc, il faut montrer sa capacité sur la gestion des affaires, et j’ai été frappé dans les débats d’entendre Valérie Pécresse, qui est une vraie budgétaire. Elle a été ministre du Budget. C’est certainement des thèmes qui plaisent aux électeurs de droite, dont certains ont pu être séduits par le côté sérieux, et maintenant, on le voit, il y a une nouvelle Valérie Pécresse, beaucoup plus sensible aux thèmes régaliens, aux thèmes d’autorité, de verticalité et sur l’immigration. Elle propose une vigoureuse politique de quotas et cela peut séduire les électeurs tentés par l’aventure Zemmour. Mais il faudra qu’elle trouve une place dans son dispositif à Éric Ciotti. Parce que Éric Ciotti c’est quelqu’un d’important, c’est une grosse fédération, les Alpes-Maritimes et elle va avoir besoin de toutes les énergies. J’ai remarqué l’intelligence des premiers déplacements de Valérie Pécresse : dans les Alpes-Maritimes, la Savoie, les Hauts-de-France. Elle joue son rôle de rassembleuse et c’est ce qu’on attend d’elle.

Aujourd’hui, la droite doit d’abord conquérir les classes populaires, reconquérir les jeunes ou au contraire, les CSP+ qui sont plutôt tournés vers Emmanuel Macron ?

C’est un peu tout le monde. Cependant, il y a des priorités. La droite républicaine s’est vidée de sa substance populaire. Ça n’a pas toujours été le cas. L’électorat gaulliste, l’électorat pompidolien, c’était un électorat qui avait renoué avec les couches populaires. La droite était concurrentielle vis-à-vis de la gauche. Là, le gros problème en France, c’est que les grands partis qui ont structuré toute notre vie politique sous la Ve République, le Parti socialiste, l’héritier du RPR et de l’autre côté, Les Républicains, ont perdu leur substance populaire, qui est allée vers les extrêmes, et particulièrement au Front national. Marine Le Pen garde un électorat très profondément populaire. Il y a cette reconquête, en effet, des couches populaires, et même une conquête des jeunes. Même si, on le sait, les jeunes sont plus tentés par l’abstention que d’autres. Donc, parfois, pour beaucoup de politiques, ce n’est pas la priorité. Parce qu’on se dit de toute façon, ils vont s’abstenir massivement. Donc, on préfère se concentrer sur les plus de 65 ans, plus fidèles dans les urnes. Donc, il y a deux grosses priorités pour la droite.




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