Politiques

Le portrait rhétorique de Yannick Jadot


Trois signatures rhétoriques singularisent Yannick Jadot dans ses interventions depuis qu’il est officiellement candidat à la présidence de la République pour Europe Écologie-Les Verts (EELV). Tout d’abord, il y a une personne dont Yannick Jadot parle beaucoup. “Moi ce que je veux, c’est gouverner ce pays, affirme le candidat EELV /  Moi j’ai rassemblé toute la gauche. / Moi je ne vois pas de problèmes avec l’immigration. / Moi je veux…” C’est assurément l’un des candidats qui prononce le plus le mot “moi” ! Bien sûr, cela peut relever au moins partiellement d’un tic de langage : Yannick Jadot à tendance à redoubler le sujet de ses phrases.

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Il n’empêche que ce n’est pas un élément neutre : Yannick Jadot parle facilement de lui. Son enfance picarde a été le fil rouge de son discours, samedi 11 décembre. Yannick Jadot dit souvent “moi”. Autant d’éléments qui laissent penser que, consciemment ou non, il intériorise le caractère gaullien de l’élection présidentielle, comme rencontre d’un homme avec les Français. Mais le candidat EELV ne parle pas que de lui, loin de là. “Vous avez mentionné ma visite sur les plateformes Decathlon et Leroy Merlin, liste Yannick Jadot  / Comme je l’ai dit aux Fonderies du Poitou ou aux Fonderies de Bretagne. / Je discutais avec des médecins de Necker (…) Je défends là une usine qui est en train der fermer.” 

C’est la deuxième chose frappante en l’écoutant : il ne rate jamais une occasion d’évoquer ses déplacements et ses entretiens auprès des citoyens. Alors, ne soyons pas dupes : il y a bien sûr une part de rhétorique. Au fond, parler des autres, c’est montrer qu’on s’intéresse à eux. Parler du terrain, c’est montrer qu’on le connaît bien ; ce qui revient, in fine, à parler de soi. Mais cela offre aussi à Yannick Jadot l’occasion d’évoquer, au fil des émissions, une grande pluralité d’enjeux politiques. Et d’ailleurs, il ne se contente pas de le faire en rapportant des paroles : le candidat EELV a également à cœur de citer des données. C’est d’ailleurs la troisième caractéristique de sa rhétorique

“On a un viol toutes les six minutes dans notre pays, précise Yannick Jadot  / Quand vous avez seulement 4% de vaccinés en Afrique. / Quand vous avez un taux de pauvreté de 30%. / (…) C’est 10% du PIB nos marchés publics, c’est énorme.” Sa parole est saturée de chiffres que Yannick Jadot égrène au fil des sujets pour appuyer ses raisonnements et ses arguments. On ne peut pas le lui reprocher, bien sûr, mais on peut tout de même s’interroger. Quand on écoute Yannick Jadot, on a parfois le sentiment d’être ballotté de données en témoignages, de sujet en sujet, sans que l’on parvienne à distinguer aisément le lien entre tous ces éléments. Au fond : il est parfois difficile de retracer l’histoire qu’il cherche à nous raconter. Or, la politique, cela ne consiste pas seulement à avancer des faits. Mais surtout à proposer un récit qui leur donne du sens.  

C’est d’autant plus frappant que le candidat EELV attaque vigoureusement la droite patriote ou nationaliste, chacun choisira le terme qui lui convient… Or, elle s’appuie, elle, sur une narration très claire. Hier, la France était grande, aujourd’hui, son identité est menacée, demain, elle peut être sauvée. On en pense ce qu’on veut, mais c’est d’une limpidité diaphane.  D’où cette question quel est donc le fil rouge qui sous-tend tout le discours du candidat EELV, sinon, bien sûr, le fait de parler de lui ?

À l’issue de ce portrait rhétorique, Yannick Jadot a répondu: “Le récit c’est quoi aujourd’hui ? C’est la capacité de notre pays à se réconcilier, à se projeter dans l’avenir. Quand je parle de tout ce terrain. L’inquiétude qui taraude, l’angoisse qui taraude nos concitoyens, c’est que le futur va être très dur pour les jeunes. Très dur pour nos enfants qui potentiellement vivront moins bien que nous. 66% des jeunes sont très angoissés par l’avenir du fait du chaos climatique. Le récit de l’écologie c’est de considérer qu’en luttant contre le dérèglement climatique, contre l’effondrement du vivant, on recrée une perspective de mobilisation d’action dans les entreprises, dans les fermes, dans les centres de recherche, dans les associations. Et que cette perspective non seulement nous redonne un projet collectif, un projet de vie, un projet d’entre aide, de bienveillance, de justice sociale. Se réconcilier avec son avenir aujourd’hui, c’est éviter ces débats nauséabonds sur le passé. Quand une société se projette sur son avenir, elle retrouve de la lucidité sur son passé. Et quand elle arrive à se projeter sur son avenir, elle retrouve le sens. Elle retrouve le projet partagé, une réconciliation entre les Françaises et les Français. Au XVIIIe siècle, le récit de notre pays, pour l’ensemble de l’humanité, c’est la raison : ce sont les Lumières. Au XIXe siècle, c’est la démocratie. Au XXe siècle ce sont les conquêtes sociales. Et bien moi je veux que notre pays, non seulement se mobilise parce que le climat est une urgence absolue mais fasse de la France à nouveau un leader mondial, une lumière pour l’Europe et pour l’humanité, à partir du dérèglement climatique et du vivant. “




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