Economie

« Le lien entre les modèles climatiques et les valeurs des actifs des entreprises est complexe à établir »

Tribune. Sous la pression des opinions, des pouvoirs publics et de la communauté scientifique, la gestion des risques associés au changement climatique s’est progressivement imposée à l’agenda des entreprises. Ces risques peuvent être décomposés en plusieurs dimensions :

le risque physique, qui concerne les dommages causés aux actifs (infrastructures, bâtiments, réseaux, etc.) ou aux personnes par l’émergence ou l’accroissement de phénomènes climatiques extrêmes ;

le risque de transition, qui est lié au fait que les politiques climatiques susceptibles d’être mises en place par les pouvoirs publics vont affecter les modèles économiques des entreprises ;

le risque de litiges associés au non-respect de la législation environnementale ou à des demandes de dommages et intérêts, comme cela a été le cas par exemple dans l’industrie du tabac ou de l’amiante.

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Dans ce contexte, il serait légitime de penser que les valorisations des entreprises doivent intégrer les risques et les opportunités associés au changement climatique. Or, l’observation des pratiques ne permet pas de répondre clairement par l’affirmative. Si la communauté financière reconnaît l’importance du changement climatique, elle a du mal à en quantifier les impacts.

Difficile consensus sur les décisions des acteurs économiques

De manière générale, évaluer une entreprise en prenant en compte le risque climatique suppose en effet de résoudre une série de problèmes qui n’ont aujourd’hui pas encore de réponse.

Tout d’abord, les modèles d’évaluation reposent sur l’estimation de la trajectoire financière des entreprises dans le futur (appelé aussi « plan d’affaires »). Ces prévisions sont la plupart du temps limitées à quelques années, ce qui est trop court pour appréhender pleinement les risques associés au changement climatique. S’agissant du long terme, les financiers se reposent sur le concept de « valeur terminale » pour mesurer toute la valeur générée au-delà de l’horizon du plan d’affaires.

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Malheureusement, cette valeur terminale est bien souvent appréhendée de façon rudimentaire. Elle n’est généralement qu’une extension des dernières années du plan d’affaires et elle repose bien souvent sur la perpétuation ad vitam aeternam d’une performance moyenne passée considérée comme acceptable pour le futur. Or, si le risque climatique est déjà une réalité, ses effets vont s’amplifier dans les années à venir. Et dans le cas du risque physique, les données passées ne permettent pas d’estimer correctement l’avenir, dans la mesure où les marges d’erreur sont considérables.

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