Economie

« La culture n’est pas qu’un “secteur d’activités” mais une nécessité vitale »

Tribune. Depuis le début de la crise sanitaire, lorsqu’on entend parler de culture, c’est d’abord comme d’un « secteur d’activités » économiques. Il importe certes de défendre ce secteur, de préserver les emplois qu’il génère, d’assurer la viabilité des entités et des individus qui le constituent, et l’on doit être heureux que cela soit fait, mais la culture, ce n’est pas que cela.

Chaque fois que les salles de théâtre ou de concerts, les opéras, les cinémas ou les lieux d’exposition sont fermés, le préjudice n’est pas seulement économique (pour ses acteurs), il est aussi intellectuel, émotionnel et spirituel (pour ses récepteurs, c’est-à-dire pour la nation tout entière). C’est tout aussi grave, même si cela se voit moins.

Il se passe alors à grande échelle ce qui arrive lorsqu’on ne veille pas suffisamment à donner à chacune et chacun accès à la culture, sous prétexte que ce serait un luxe inutile ou un ensemble de valeurs imposé d’en haut : le retour à l’état sauvage.

Perversion

La mission générale du ministère de la culture est claire et devrait faire consensus : il « a pour mission de rendre accessible au plus grand nombre les œuvres capitales de la France et de l’humanité », de favoriser « le développement des œuvres artistiques, dans toutes leurs composantes, dans les territoires et de par le monde » et de garantir « les enseignements artistiques ».

Or, cette mission semble devenue incompréhensible pour de larges pans de notre société, qui affirment inlassablement qu’est dénué d’intérêt tout ce qui ne relève pas d’une utilité instantanée, n’a pas de valeur marchande ou ne contribue pas au bien-être immédiat du plus grand nombre.

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C’est une perversion profonde de la démocratie qui conduit à ne plus envisager la culture qu’en part de produit intérieur brut (PIB) ou, à défaut, en chiffres de fréquentation ou de consommation ; qui conduit à la penser comme relevant peu ou prou des mêmes préoccupations que les salles de sport ou les bars.

La culture peut contribuer à la richesse matérielle aussi bien qu’au divertissement ou aux combats militants, mais ce n’est pas ce qui fait sa valeur première. Les arts, la culture, ont de l’importance parce qu’ils sont un enrichissement de l’esprit et des émotions, parce qu’ils sont une contribution essentielle à la constitution de chacune et chacun en citoyen, autonome, émancipé et libre par rapport à des identités imposées ou à la satisfaction individualiste de besoins immédiats, même les plus légitimes.

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