Economie

« Ça a été long, fastidieux, violent, mais la lutte paye ! »

Manifestation des salariés de Goodyear à Amiens, le 18 novembre 2013. (
Manifestation des salariés de Goodyear à Amiens, le 18 novembre 2013. ( DENIS CHARLET / AFP

C’est un jugement qu’ils espéraient depuis longtemps. Six ans après la fermeture de leur usine, les 832 salariés du site Goodyear d’Amiens Nord, qui contestaient leur licenciement économique en justice, ont obtenu gain de cause. Jeudi 28 mai, le tribunal des prud’hommes d’Amiens a condamné le géant du pneumatique pour « licenciement sans motif économique valide ».

« C’est le couronnement d’années de lutte acharnée des salariés de ce site, qui avaient décidé de ne pas se laisser faire, souligne leur avocat, MFiodor Rilov. Le juge reconnaît qu’ils avaient raison, qu’il n’y avait pas de justification économique aux licenciements et à la destruction des emplois. Et que Goodyear ne l’a fait que pour accroître ses bénéfices et les dividendes versés aux actionnaires, alors même qu’ils réalisaient, cette année-là, 1,7 milliard de dollars [1,5 milliard d’euros] de résultat ! »

« C’est un signal fort envoyé »

Répétant la défense soutenue à l’audience, selon laquelle « cette fermeture était nécessaire pour sauvegarder la compétitivité de l’entreprise », Goodyear France a réagi par un court communiqué, indiquant « examiner ces décisions avant de décider de faire appel ». Même si c’est le cas, « ils devront d’abord payer les indemnités », relève MRilov, la condamnation étant assortie d’une exécution provisoire.

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« On est très heureux. Ça a été long, fastidieux, violent, mais la lutte paye !, se réjouit Mickaël Wamen, ex-délégué CGT du site, qui aimerait que cette victoire inspire d’autres salariés. Plein d’entreprises vont utiliser l’excuse fallacieuse du Covid pour lancer des plans sociaux prévus depuis longtemps. Il faut se battre ! »

« C’est un signal fort envoyé, alors que nous allons assister à une avalanche de licenciements, renchérit M. Rilov. Si les politiques ont renoncé, les juges font la démonstration qu’il est possible de faire quelque chose face aux multinationales, en osant appliquer la loi. »

« J’aurais préféré garder mon boulot »

Cette victoire a pourtant un goût amer. « Goodyear ne rouvrira pas pour autant ce site industriel. 1 143 emplois ont été supprimés », rappelle M. Wamen. « Ce jugement nous rend notre dignité, mais il n’effacera pas les drames sociaux et familiaux », a regretté l’ex-déléguée CGT, Evelyne Becker.

Nombre d’ex-salariés du site n’ont, depuis six ans, jamais retrouvé de CDI. Comme Emile, 56 ans, qui n’a travaillé qu’en intérim. « J’ai accepté des places horribles, comme vider des cuves de purin… » En ce moment, il est au chômage. « Alors le jugement m’a fait chaud au cœur. Les indemnités vont me mettre un peu mieux. »

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