Economie

« Avant de relancer le ferroviaire, commençons par le sauver »

Professeur émérite à Sciences Po Lyon, Yves Crozet est un économiste, chercheur au Laboratoire aménagement économie transports (LAET) qu’il a dirigé de 1997 à 2007. Il conseille, sur les sujets de mobilité, la région Ile-de-France, la SNCF et le Comité national routier. Il analyse pour Le Monde les pistes d’un potentiel plan de relance ferroviaire.

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A l’approche du plan de relance, on se remet à envisager de construire des lignes ferroviaires nouvelles. Que pensez-vous de ce revirement ?

Edifier des lignes nouvelles à grande vitesse, cela veut dire dépenser 25 millions d’euros par kilomètre de voie. C’est ce qu’a coûté la LGV Tours-Bordeaux [8 milliards d’euros pour 300 kilomètres]. Et encore, il y avait peu de tunnels à construire. Une nouvelle ligne Marseille-Nice reviendrait plutôt à 15 milliards d’euros compte tenu de la géographie. C’est d’ailleurs à cause de ce coût exorbitant qu’on ne l’a pas faite.

Mais on sent bien qu’on entre dans une période électorale, celle durant laquelle on peut avoir intérêt à reparler grands projets, grands chantiers comme les constructions de nouvelles lignes à grande vitesse. Alors qu’on est quand même un peu dans le rêve. Dans la réalité, le Covid est en train de tuer le TGV, de tuer Eurostar, dont la fréquentation est en dessous du seuil de rentabilité. Dans la réalité, l’ensemble des transports collectifs est en danger et l’urgence est d’éviter leur descente aux enfers.

Oui, mais comment ?

Avant de parler de plan de relance, commençons par parler de plan de sauvetage ! La première chose à faire c’est de compenser les pertes de 3 à 5 milliards qu’aura subies la SNCF cette année avec la crise du Covid. SNCF Réseau [l’entreprise gestionnaire des voies et des gares du réseau ferré national] n’a même pas les moyens humains et financiers de dépenser les 3,6 milliards d’euros qui ont été promis par le gouvernement précédent et qui sont prévus chaque année pendant dix ans pour remettre notre réseau vieillissant à niveau.

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Quitte à relancer par la dépense publique en cette période où il sera difficile de stimuler une consommation de ménages forcés à épargner par les circonstances, autant le faire à travers des investissements stratégiques. En matière ferroviaire, il faut absolument démarrer par la désaturation des nœuds ferroviaires, ces enchevêtrements de voies à l’abord des métropoles françaises : Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, les grandes gares parisiennes… Que vous vouliez améliorer le trafic des trains du quotidien ou créer une nouvelle ligne, il faut commencer par désaturer les gares. Cela fait d’ailleurs partie des travaux prioritaires prévus par SNCF Réseau. Il est donc essentiel, de retrouver notre capacité financière de régénération ferroviaire.

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