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F1 – Comment Sergio Pérez peut (davantage) peser sur la course au titre

L’équipier de Max Verstappen chez Red Bull cultive sa science de la course pour peser davantage dans la course au titre.

Il y a un an, Sergio Pérez venait de remporter son premier Grand Prix de Formule 1 à Sakhir (Bahrein), mais n’avait pas de contrat pour la saison suivante. Aujourd’hui, il pilote sans doute la meilleure monoplace du monde mais ne soutient pas (encore ?) la comparaison avec son équipier, Max Verstappen. Il faut dire que le Mexicain échappe souvent aux corrélations logiques. « Checo » est issu de la petite classe moyenne de Guadalajara mais il fut repéré dès le karting par le multimilliardaire Carlos Slim. Médiocre lors de son premier passage dans une équipe de pointe (1), il est aussi capable d’exploits au volant de monoplaces passables. Le pilote de 31 ans n’a toujours pas dissipé la brume autour de son niveau réel.

Pourtant, les points forts sont bien identifiés. Le laudateur le plus convaincant est sans doute l’ingénieur Andrew Green, qui a cotoyé Pérez pendant sept saisons chez Force India puis Racing Point : « Niveau gestion des pneus, il fait partie des deux ou trois meilleurs pilotes du plateau, confiait-il il y a quelques mois au podcast Beyond the grid. Il sent ce que fait le pneu, ce dont il a besoin. Sa maîtrise de l’accélérateur en sortie de virage est simplement remarquable. C’est comme s’il avait un anti-patinage intégré à son pied droit ».

Adepte des trajectoires classiques – il est « en ligne » de bonne heure en sortie de virage – l’homme qui murmure aux oreilles des pneus relativise la portée de son style dans son usage économe des Pirelli : « On ne peut pas dire que mon pilotage correspond au pneu. Parfois la limitation d’adhérence vient des gommes, parfois de la voiture. La clé c’est avant tout de pouvoir s’adapter en fonction des circonstances et des conditions ». Température, graining, fenêtre d’utilisation, hard, soft… Ce langage lui a aussi été enseigné par un autre maître ès-gomme : son premier équipier en Formule 1, Kamui Kobayashi (2). Les deux hommes récoltaient alors des podiums grâce à d’astucieuses stratégies décalées.

=> Hamilton évoque sa Mercedes et son duel avec Verstappen

L’opportuniste

Et puis il y a l’art d’être au bon endroit au bon moment. « C’est quelque chose que j’ai toujours eu » expliquait le pilote à la même émission audio, évoquant ses débuts en Allemagne en Formule BMW. Ou encore ses années en GP2, où il ferrailla avec quelques déménageurs comme Nico Hülkenberg, Romain Grosjean ou Pastor Maldonado. Sa rudesse en combat rapproché – typique de sa génération – s’est muée en dextérité dans le peloton. Quand résister ? Quand doubler ? Quand ménager la monoplace et attendre son heure ? Les statistiques soulignent les bonnes habitudes du Mexicain : Sergio Pérez gagne en moyenne 1,88 place entre l’extinction des cinq feux rouges et le drapeau à damiers. Parmi les pilotes en activité comptant plus de 50 Grands Prix au compteur, seuls Fernando Alonso (2,56), Lance Stroll (2,30) et Carlos Sainz (1,94) se montrent plus opportunistes.

Photo : Red Bull Content Pool

Mais il y a deux manières de lire ce chiffre. Pour les optimistes, cela souligne l’excellence des prestations du numéro 11 le dimanche. Pour ceux qui voient le verre à moitié vide, il souligne surtout la médiocrité de ses performances en qualifications. Depuis son arrivée chez Red Bull, le bilan est d’ailleurs édifiant. 9 pole positions en 2021 pour Verstappen, zéro pour Pérez. Moins bien placé sur la grille, le Mexicain doit davantage remonter le courant en course.

Numéro complémentaire ?

Mais gare aux comparaisons hâtives. Être l’équipier de Max Verstappen est difficile, comme peuvent en témoigner Pierre Gasly ou Alexander Albon, boutés hors du top team au cours des trois dernières années. Biberonné par l’influent Dr. Helmut Marko, le Néerlandais obtient logiquement davantage d’attention à l’usine de Milton Keynes. La RB16B – comme ses devancières – est aussi adaptée son pilotage, naturellement souverain dans les virages lents et à l’aise dans une monoplace pointue générant beaucoup d’appui. Pas facile de s’adapter quand on a un pilotage plus académique et que l’on est le « nouveau ».

D’où le dilemme de Sergio Pérez au cours de cette saison 1 chez Red Bull. Faut-il se fondre dans le moule Verstappen en imitant son style et ses réglages ? Ou bien faut-il adapter la monoplace à ses propres caractéristiques ? « Je pense que la réponse est un peu entre les deux, explique le Mexicain à Auto Moto. Max sait parfaitement extraire le maximum de la voiture et il a davantage d’expérience que moi avec cette monoplace. Ça marche pour lui. Il est donc essentiel pour moi de comprendre comment il opère ». Mais quelques jours après notre entretien, le pilote reconnaissait face à nos confrères de The Race prendre davantage de libertés qu’en début de saison : « J’ai fait plus de courses avec la voiture et je connais un peu mieux mon groupe d’ingénieurs. Nous essayons maintenant de faire les choses un peu plus à notre manière ».

Photo : Red Bull Content Pool

A l’automne de cette première saison, cet écartement de la « ligne Verstappen » semble porter ses premiers fruits. Après un triste été, Sergio Pérez a décroché trois podiums consécutifs à Istanbul, Austin et Mexico. Surtout, il a bataillé avec Lewis Hamilton sous la pluie turque comme sous le soleil de son Grand Prix national. Devant son public, il a même pesé sur la stratégie de Mercedes en contraignant le Britannique à anticiper son arrêt aux stands. Puis Pérez a poussé le septuple champion du monde à faire surchauffer ses Pirelli neufs en restant en piste 11 tours de plus.

Voilà exactement le type de piège que souhaitait tendre Christian Horner, le patron de Red Bull Racing, en recrutant un pilote mature hors des murs (3). En brouillant régulièrement les tactiques de la principale équipe concurrente, l’homme de Guadalajara peut devenir encore plus précieux pour l’équipe violette. En 2022, Mercedes jouera la carte de la pointe de vitesse, en alliant George Russell à Lewis Hamilton, au prix d’une potentielle rivalité interne. En prolongeant le Mexicain pour douze mois, Red Bull opte pour la complémentarité avec Verstappen. Et si le meilleur atout de Checo était de faire du Sergio Pérez ?

(1) Recruté chez McLaren, il ne parvint pas à se hisser au niveau de Jenson Button.

(2) Chez Sauber, en 2011 et 2012.

(3) Sergio Pérez est le premier pilote recruté par l’écurie hors de la Red Bull Academy depuis Mark Webber fin 2006. Sergio Pérez faisait lui partie de la Ferrari Academy, dont il fut membre jusqu’en 2012.

Palmarès

  • 2e en GP2 en 2010
  • 2011 : 16e, 14 points (Sauber-Ferrari)
  • 2012 : 10e, 66 points, 3 podiums (Sauber-Ferrari)
  • 2013 : 11e, 49 points (McLaren-Mercedes)
  • 2014 : 10e, 59 points, 1 podium (Force India-Mercedes)
  • 2015 : 9e, 78 points, 1 podium (Force India-Mercedes)
  • 2016 : 7e, 101 points, 2 podiums (Force India-Mercedes)
  • 2017 : 7e, 100 points (Force India-Mercedes)
  • 2018 : 8e, 62 points, 1 podium (Force India-Mercedes)
  • 2019 : 10e, 52 points (Racing Point-Mercedes)
  • 2020 : 4e, 125 points, 1 victoire (Racing Point-Mercedes)
  • 2021 : 4e, 203 points, 1 victoire (Red Bull-Honda)

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