Santé

La principale cause des épidémies n’est pas celle que vous pensez


La plupart des épidémies sont stoppées à temps et se limitent à moins d’une centaine de cas. Mais certaines se propagent à une vaste échelle et infectent des milliers personnes. Et le facteur prédominant pour expliquer cette dissémination n’est ni les voyages ni les contacts avec les animaux.

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Bien avant la pandémie de Covid-19, de grandes épidémies ont causé des milliers de morts à travers le monde. La grippe de 2009-2010, par exemple, aurait entraîné entre 123.000 et 395.000 décès au niveau mondial. Mais peu se souviennent de l’épidémie de salmonellose qui a infecté plus de 160.000 personnes aux États-Unis en 1985 ou de la fièvre à virus Oropouche, qui a touché 227.000 personnes au Brésil en 1978.

Quelque 70 % des maladies humaines sont des zoonoses, c’est-à-dire qu’elles sont transmises par les animaux. Chaque année, des milliers d’épidémies de zoonose se déclenchent ainsi aux quatre coins du monde, mais fort heureusement, la plupart se limitent à moins de 100 cas. Parfois, l’épidémie se répand pourtant à une échelle beaucoup plus large, et peut même se transformer en pandémie mondiale comme avec la Covid-19. Mais quel est le facteur qui provoque ce dérapage ?

Plus de 4.000 épidémies passées au crible

Pour répondre à cette question, des chercheurs de l’université de Georgie aux États-Unis ont passé au crible 4.463 épidémies intervenues depuis 1974 et identifié les 100 plus importantes en nombre de cas. Ils ont ensuite comparé ces épidémies de vaste ampleur à une épidémie « classique », comprenant en moyenne 43 cas. Ils ont ensuite compilé une liste de 48 facteurs pouvant favoriser l’émergence des grandes épidémies, comme le contact avec les animaux sauvages, les voyages, l’urbanisation, la température, le commerce international, ou encore la nourriture ou l’eau contaminée.

L’eau souillée, principale cause des grandes épidémies

Contrairement à l’intuition, les déplacements ne sont pas le premier facteur de dissémination. C’est l’eau contaminée qui arrive de loin en tête, avec 40 % des causes pour les épidémies de grande ampleur. La dysenterie (causée par une bactérie ou un parasite), l’hépatite E ou la typhoïde sont ainsi bien connues pour se propager via l’eau souillée. Viennent ensuite la mauvaise gestion des eaux usées (31 %), les conditions climatiques (29 %), l’augmentation de la population du vecteur (comme les moustiques, 21 %) et la nourriture contaminée (par exemple la salmonelle, 14 %). À l’inverse, des facteurs environnementaux souvent mis en cause, comme l’urbanisation ou la perte d’habitat pour les animaux sauvages, n’interviennent que de façon marginale, avec moins d’un cas pour 100 épidémies. De même, la perte de biodiversité ou les changements démographiques n’entrent en jeu que pour 0,33 % des épidémies. Dans le cas de la grippe ou du SARS, ce sont toutefois les voyages internationaux et les contacts avec les animaux qui ont entraîné l’explosion du nombre de cas.

Les virus se propagent à plus de monde que les bactéries

La deuxième conclusion étonnante de ce rapport, c’est la grande diversité des sources épidémiques. « On pourrait s’attendre à ce que les pathogènes hautement transmissibles, comme la salmonelle, le virus de la grippe ou la typhoïde soient les principaux vecteurs des grandes épidémies. En fait, nous avons compté plus de 27 pathogènes différents parmi les 100 épidémies les plus larges », observe Patrick Stephens, principal auteur de l’étude parue dans Royal Society journal Philosophical Transactions B. Après la typhoïde et la dysenterie on trouve ainsi la salmonellose, l’anthrax, la tuberculose et trois infections virales (hépatite E, grippe, et encéphalite japonaise). « Les très grandes épidémies ont toutefois davantage tendance à provenir de virus que de bactéries, sans doute en raison de la bonne efficacité des antibiotiques pour prévenir l’extension de la maladie », notent les auteurs.

Quel est le rapport entre épidémie et téléphone ?

Bien entendu, il existe des nombreux biais possibles à une telle étude. Les chercheurs ont par exemple noté une forte corrélation entre les chances qu’une épidémie se trouve dans le top 100 en nombre de cas et le nombre de lignes téléphoniques. « Cela suggère que les pays bien équipés en infrastructures de communication sont plus à même de détecter et de documenter les épidémies de faible ampleur », reconnaissent les auteurs. Mais de manière contre-intuitive, des facteurs comme la densité de population ou la pauvreté ne semblent pas avoir un grand rôle dans la capacité d’une épidémie à se propager massivement (les études donnent des résultats contradictoires à ce sujet).

La bonne nouvelle, c’est que si le nombre de zoonoses a tendance à augmenter, le nombre moyen de cas de chaque épidémie tend lui à se réduire, grâce sans doute aux progrès dans la détection précoce des maladies et la vaccination. Mais, comme nous l’a montré la Covid-19, nous ne sommes jamais à l’abri que les choses nous échappent.

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