Technologie

Les innovations surprenantes (et parfois flippantes) du salon Milipol

On n’entre pas au salon Milipol comme dans n’importe quelle autre exposition professionnelle. Après la présentation du pass sanitaire, on a droit à une fouille au corps et une inspection des sacs avant de devoir montrer sa carte d’identité. C’est normal, car cet « évènement mondial de la sûreté et de la sécurité intérieure des États » est un lieu de rencontre entre fournisseurs technologiques, dirigeants des forces de l’ordre et responsables gouvernementaux.

L’évènement ne présente pas seulement des solutions conventionnelles du maintien de l’ordre — armes à feu, boucliers, gilet pare-balles, véhicules blindés… – mais aussi, et de plus en plus, des produits high-tech dernier cri, à commencer par les robots et les drones. À peine avons-nous franchi les contrôles de sécurité que nous tombons nez à nez avec Vision 60, un « drone terrestre quadrupède semi-autonome, agile, endurant et résistant », comme on peut lire sur sa fiche technique.

L’engin ressemble au robot-chien Spot de Boston Dynamics. Il est développé par le concurrent Ghostrobotics, une entreprise domiciliée à Philadelphie. « C’est la première fois qu’il est présenté en France, où il n’a pas encore été testé. Nous voulons recueillir les besoins », nous explique un porte-parole de Scopex, son distributeur dans l’Hexagone. Les principales missions qu’il pourrait remplir sont l’exploration, la patrouille et le déminage. Si vous le rencontrez un jour, rassurez-vous, il ne peut pas être armé (pour l’instant).

Mais le robot à quatre pattes reste encore une exception à Milipol. Les autres robots terrestres sont dotés de roues ou de chenilles, ce qui ne les empêche pas de gravir des escaliers et de se déplacer sur un terrain modérément accidenté. Leurs missions sont plus ou moins les mêmes que leurs cousins quadrupèdes.

Mais les vraies stars du salon sont incontestablement les drones aériens, que l’on retrouve un peu partout et sous toutes les formes. Deux modèles ont remporté le Milipol Innovation Awards 2021. Loki Mk2, de la société belge Sky-Hero, est un petit drone particulièrement résistant, dédié aux forces spéciales pour les opérations en intérieur. Son rôle d’éclaireur permet d’avoir un coup d’avance sur les éventuels forcenés qui se sont retranchés dans un bâtiment. Il peut même être doté de capacités défensives, comme les flashs stroboscopiques ou les tirs assourdissants.

Plus étonnant, le drone Orion 2 de la société française Elistair est tenu en laisse comme un chien à l’aide d’un câble de 70 ou 100 mètres de longueur. Ce dernier permet d’assurer les transferts de données et l’alimentation électrique de l’engin. L’avantage, c’est que celui-ci peut rester en l’air jusqu’à 24 heures d’affilée. Pratique pour surveiller les grands évènements sportifs ou culturels.

Évidemment, les exposants de Milipol proposent aussi des systèmes anti-drone, comme cette espèce de bazooka baptisé Skywall Patrol. Il permet de tirer un projectile spécial qui, juste avant de percuter l’aéronef, libère un filet et un parachute pour venir le capturer en toute sécurité. La portée est de plus d’une centaine de mètres.

Les spécialistes de la surveillance optique ne font jamais défaut à Milipol. L’un des produits les plus effrayants est certainement ce système multicaméra dédié à la surveillance des frontières et des grands sites industriels. Réalisé par la société hongroise Logipix, il assemble 16 caméras de 20 Mpix pour fournir un flux vidéo permanent de 320 Mîx à 20 fps. Ce flux est décortiqué en temps réel par des algorithmes de reconnaissance d’image pour révéler les éventuels intrus. « Le système permet de détecter un humain jusqu’à 5 km », nous indique l’exposant sur un ton fier.

Mais on peut encore faire mieux. La caméra thermique tournante Spynel du français HGH fournit deux fois par seconde une image haute résolution à 360 degrés, permettant de détecter un humain ou un véhicule thermique à plus de huit kilomètres à la ronde.

Pour aller au-delà, il faut aller voir la société française Noxant sur un stand voisin. Leur impressionnante caméra thermique permet de détecter un humain ou une voiture jusqu’à… 30 km. Toutefois, comme le système est unidirectionnel, l’usage est plus limité. En situation de mobilité, le professionnel se tournera plutôt vers la société israélienne BeeSense et son Firefly 500, un système intégrant radar, caméras HD et caméras thermiques. Il ne pèse que 2,5 kg et rentre dans une petite valise.

La surveillance électromagnétique fait également partie des grands classiques du salon, comme ce fourgon IMSI-catcher développé par la société polonaise Matic. L’avantage par rapport à la valise ou au sac à dos, c’est que les opérateurs sont bien planqués et à l’abri de tout rayonnement. Le détail qui tue : les antennes sont camouflées dans les barres de toit du véhicule.

Direction ensuite le stand d’All Virtual, une start-up française qui a également été primée à l’occasion de Milipol Innovation Awards 2021. Elle propose aux dirigeants des forces de l’ordre un système collaboratif et immersif permettant de positionner des données stratégiques sur une carte 3D, que ce soit pour une préparation de l’opération ou un suivi en temps réel des intervenants sur le terrain. Le système présenté s’appuie sur les casques de réalité augmentée HoloLens de Microsoft.

L’accueil est glacial en revanche sur le stand de Cognyte, un autre lauréat de cette année. Cette entreprise israélienne propose une solution de désanonymisation des cryptomonnaies baptisée « Blink ». Elle utiliserait une « approche innovante » pour démasquer les auteurs de blanchiment d’argent et de trafic de drogue. Mais quand on se présente comme journaliste, on est gentiment prié d’aller voir ailleurs.

À l’inverse, les analystes de Darkowl, un fournisseur de données de renseignement sur le Darknet, sont très sympathiques et abordables. L’un d’entre eux nous explique disposer d’une série de faux profils de hackers pour se connecter à des forums particulièrement fermés et accéder, ainsi, à des informations sensibles. Selon lui, le Darknet serait désormais largement noyauté par les forces de l’ordre. « J’ai un ami à la CIA qui opère directement une trentaine de forums de hackers sur le Darknet », nous dit-il. On comprend mieux pourquoi beaucoup de trafic illégal se fait désormais sur les réseaux sociaux comme Telegram…


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