Technologie

le service qui aide la ville de Paris à comprendre les flux cyclistes

Sujet sensible s’il en est, l’usage des données personnelles est généralement cantonné à la rubrique « scandale » des journaux. Pas aujourd’hui puisque, pour une fois, le moulinage de nos données se transforme en une jolie histoire que nous change de l’éternel ciblage publicitaire.

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On va vous parler ici d’un réseau à part et d’une population, elle aussi, un peu à part : comment des gens qui courent et font du vélo aident une mairie à mieux comprendre les déplacements dans les rues de la ville. Le réseau, c’est Strava. Les gens étranges, ce sont les sportifs qui l’utilisent et la ville, c’est Paris. Le tout se retrouvant dans un drôle de service appelé « Strava Metro ».

Metro anonymise et compile les données que lui envoient les utilisateurs de Strava. Concrètement, dès qu’un sportif commence sa course ou son trajet à vélo, outre l’usage personnel que l’utilisateur va pouvoir en faire (carnet de bord des activités, mesures de la performance, etc.), les serveurs de Strava vont aussi se nourrir de ces données. Et offrir, via le service Metro, un système de cartographie de type heatmap qui va permettre aux municipalités de déceler les axes les plus empruntés par les coureurs et les cyclistes, la durée des trajets ou encore les horaires de pointe.

Pour nous en parler, nous avons rencontré le fondateur de Strava, Michael Horvath. De passage à Paris cet été à l’occasion de la fin du tour de France, M. Horvath a profité de son escapade hexagonale pour nous parler de différents développements de Strava. Ainsi que de Metro, un service pas si nouveau que ça, en fait.

« Les données de Metro étaient déjà disponibles sous la forme d’une souscription payante. Mais les données partagées l’étaient sous la forme de fichiers bruts à télécharger, sans interface dédiée et peu de municipalités souscrivaient. Nous avons donc décidé de développer une interface graphique d’exploitation des données. Et d’offrir un accès gratuit aux municipalités qui en feraient la demande », raconte M. Horvath.

Et c’est à ce moment que le service a décollé : « nous avons désormais plus de 1500 villes qui utilisent désormais Strava Metro », se réjouit M. Horvath. Et parmi elles, la capitale du pays des râleurs : Paris. Devenue un des emblèmes de la transition rapide vers le vélo, avec des aménagements réalisés très rapidement ces dix-huit derniers mois, Paris a vu le nombre de trajets à vélo croître de manière importante. Et a donc besoin d’outils pour comprendre les flux. « Strava Metro est un des outils que nous avons décidé d’intégrer à notre panel de mesure de la fréquentation des artères de la ville », nous explique ainsi Benoît Chaumeret, responsable de la mission aménagements cyclables de la Ville de Paris.

« Les données récoltées par Strava sont surtout centrées autour du vélo, alors on les recoupe avec d’autres données. Mais l’atout phare de Strava Metro, c’est que par rapport à d’autres services, les données sont gratuites et précises. Et si Strava Metro a forcément un biais sportif, sa ‘’heatmap’’ ou carte de chaleur de l’occupation des artères est la meilleure. », explique M. Chaumeret.

La question bien légitime étant de savoir comment Strava se rémunère. Et la réponse est surprenante : « Nous n’avons pas d’arrière-pensée avec Metro. La version payante était imparfaite et ne fonctionnait pas. Nous avons donc décidé de rendre le service gratuit. En libérant ces données anonymisées, nous faisons le calcul suivant : plus nous luttons contre les injustices en matière d’infrastructures, plus il y a de gens qui courent ou font du vélo. Et plus il y a de sportifs, plus il y a de potentiels utilisateurs de Strava. Et dans le tas, quelques-uns payeront pour le service. Voilà tout. », lâche très naturellement ce patron non pas baba cool, mais pragmatique.

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Cet usage « vertueux » des données rattrape un peu les débuts difficiles de Strava avec la gestion des données de utilisateurs. Loin d’un péché facebookien à base de vente sauvage de données à des tiers, mais un usage qui pouvait potentiellement être détourné. En publiant sa heatmap des trajets des coureurs en 2018, les données Strava avaient incidemment révélé des bases miliaires, notamment américaines, plus ou moins secrètes.

Depuis, l’entreprise a appris et le partage automatique des données est désactivé par défaut. Et sa collecte des données, de même que l’usage de celles-ci, n’a rien à voir avec les réseaux sociaux « normaux ». « Nous ne cherchons pas à captiver nos utilisateurs. D’ailleurs, selon nos mesures, nos utilisateurs passent en moyenne 1 min “sociale” sur l’app par tranche de 15 minutes passées à faire du sport », promet Michael Horvath.

Dernier atout de Strava Metro : le respect de la loi. « Les données récoltées par Strava Metro sont le produit d’un choix des utilisateurs et sont totalement anonymisées par Strava. Elles sont donc totalement compatibles avec le RGPD », se félicite M. Chaumeret

Alors, un service parfait ? Pas tout à fait : « Strava Metro apporte une source complémentaire très centrée autour du vélo et c’est ce que l’on cherche dans nos plans de développement actuels. Mais d’autres brokers de données sont aussi capables de générer un gros volume d’informations très précises », tempère Benoît Chaumeret. Strava Metro serait incontournable « si tous les usagers activaient l’app quand ils marchent, quand ils prennent un Vélib ou leur propre vélo, etc. » conclut-il.

En clair : il y a un futur où ce genre de service sera le fuit d’une récolte massive et non maîtrisée de nos données personnelles. Et un autre où les utilisateurs pourraient payer et faire confiance à un tiers – ici Strava – pour réellement anonymiser les données et fournir uniquement des données avec notre consentement. À nous de choisir ?  


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