Politiques

“Ça va mettre du stress là où il n’y en avait pas”

Comment ça va se passer ? Quel est le budget réellement alloué à ces écoles ?” Ces questions, cette directrice d’un établissement REP+ à Marseille, se les pose depuis l’annonce d’Emmanuel Macron, le 2 septembre 2021 lors de sa visite à Marseille, de lancer une expérimentation pour “l’école du futur”. Cinquante “écoles laboratoires”, dans lesquelles les directeurs auront plus de liberté pour constituer leur équipe pédagogique, avec l’objectif d’améliorer l’offre éducative dans les “quartiers difficiles“. Mais depuis cette annonce, elle n’en sait pas beaucoup plus, elle a simplement reçu très rapidement un formulaire à remplir, assez sommaire. Une simple feuille avec juste : écrire le titre du projet, les besoins identifiés et les objectifs. Je n’ai rien rempli…”, avoue-t-elle. D’autres ont été contactés directement par téléphone par des inspecteurs académiques indiquent les syndicats enseignants.

Le formulaire reçu par les enseignants de Marseille après la visite d'Emmanuel Macron début septembre, à remplir et à renvoyer sous 8 jours.  (CAPTURE D'ÉCRAN)

Cette directrice préfère donc signer un appel au boycott de cette expérimentation, lancée par 40 établissements de la cité phocéenne. D’abord parce que le projet est encore très opaque à ses yeux mais aussi à cause du clivage qu’il engendre entre les écoles. “On va allouer des budgets à telle école, et pourquoi pas à une autre ? Il faudrait que ce soit la même chose pour tout le monde et proposer plus clairement un projet écrit pour toutes les écoles.

À ce jour, selon les informations de franceinfo, 62 établissements ont montré un “intérêt“. pour le dispositif des 50 “écoles laboratoires”. Cette expérimentation prévoit aussi que les chefs d’établissement puissent recruter eux-mêmes leurs enseignants. Un principe inconcevable pour cet autre directeur d’une école en REP+, qui boycotte lui aussi le projet. “Nous sommes entrés dans un service public avec des règles équitables en termes de gestion du personnel et de mouvement. Tout ce que ça va faire, c’est isoler un peu plus le directeur de ses enseignants, le mettre en porte-à-faux, mettre du stress et de la pression là où il n’y en avait pas“, se désole-t-il.

“L’école du futur” prévoit aussi d’allouer des moyens supplémentaires sur la base de projets innovants. Une autre idée qui ne passe pas non plus pour Sébastien Fournier, secrétaire départemental adjoint du SNUipp-FSU 13. Il dénonce une contractualisation des moyens et s’inquiète de la tournure chronophage que peut prendre un tel dispositif. “Aujourd’hui, quand on discute avec des collègues de l’université, ils passent leur temps à répondre à des appels à projets pour avoir des financements, pour mener des recherches ou des projets qu’ils pouvaient faire avant sans rédiger ces projets, observe-t-il. Et c’est une modification centrale du métier. Je dis ça pour les directeurs qui vont demain passer leur temps à écrire des projets pour avoir les mêmes moyens. Aujourd’hui, à l’université, il n’y a pas plus de moyens qu’avant. Donc en réalité, c’est un changement de structure et de fonctionnement qui va alourdir les choses et qui, en plus, crée de l’inéquité.

“Ça attaque le principe de l’école républicaine, l’égalité des moyens entre les différentes écoles, l’égalité d’accès à l’école.”

Sébastien Fournier, secrétaire départemental adjoint du SNUipp-FSU 13

à franceinfo

En plus des 40 signataires de de cet appel au boycott, 40 autres chefs d’établissement refusent aussi cette expérimentation, selon le syndicat SNUipp-FSU 13. Ce qui fait 80 écoles en tout sur les 470 que compte Marseille.

Des “écoles laboratoires” qui ne font pas l’unanimité à Marseille. Reportage de Farida Nouar


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