Santé

vers une nouvelle ère pour la médecine ?


Une récente revue systématique couplée d’une méta-analyse d’essais cliniques randomisés vient de sortir concernant l’efficacité du cannabis médical dans la gestion de la douleur. Elle suggère une efficacité faible de ces thérapeutiques dans différentes indications. Cependant, l’étude comporte certains biais qui limitent la portée de ces conclusions.

Selon le Syndicat professionnel du Chanvre cité par Le Point, plus de 400 boutiques proposent actuellement des produits à base de cannabidiol (CBD) contre quatre fois moins en 2018. Les solutions hypothétiquement thérapeutiques à base de molécules actives issues du cannabis fleurissent un peu partout et se démocratisent dans de nombreux pays. Pourtant, l’efficacité de ces dernières est loin d’être démontrée rigoureusement. C’est un secteur à mi-chemin entre le bien-être et la science médicale en train de se faire. Afin d’en savoir plus sur ces questions, nous avons interrogé Nicolas Authier, médecin psychiatre, spécialisé en pharmacologie et addictologie, auteur du Petit livre du cannabis médical paru aux éditions First.

Utilisation historique et cohérence mécaniste

La plante dont sont issus les principes actifs servant à l’élaboration des produits à base de cannabis est utilisée depuis des millénaires. Pris isolément, cet argument serait des plus faibles pour en soutenir l’usage. Toutefois, depuis plusieurs décennies maintenant, on sait que les dérivés chimiques des substances contenues dans cette plante agissent sur un système biologique : le système endocannabinoïde. Nous pouvons donc penser que l’usage de ces produits puisse avoir un effet sur notre organisme : « certaines substances contenues dans la fleur du cannabis, notamment le tétrahydrocannabinol (THC) et le CBD vont interagir avec des récepteurs cellulaires (les deux principaux étant nommés CB1 et CB2). Dans le cadre de la douleur, ces derniers participent à la transmission du message douloureux car on a découvert qu’ils pouvaient se fixer également sur d’autres récepteurs qui ont un rôle bien connu dans l’influx et la genèse de la douleur », explique le professeur en pharmacologie médicale.

Des résultats cliniques mitigés

Une fois n’est pas coutume, avoir un rationnel préclinique ne suffit pas. Notre organisme est souvent plus complexe que ce que l’on pense. De fait, la revue de la littérature publiée dans le British Medical Journal conclut avec une évidence forte, que les produits à base de cannabis ont probablement une efficacité très limitée sur la douleur. Néanmoins, cette revue n’est pas parfaite et, si ces résultats sont intéressants et nécessaires, ils sont aussi critiquables. « Dans cette étude, les chercheurs parlent de “medical cannabis” et comparent beaucoup de produits qui n’ont pas grand-chose en commun au niveau de leur composition chimique. Dès lors, les propriétés pharmacologiques seront différentes entre ces médicaments et l’efficacité et la sécurité dans différentes indications thérapeutiques pourront l’être également », précise Nicolas Authier. 

Ni l’alpha ni l’oméga

Les produits médicaux à base de cannabis ne deviendront ni l’alpha ni l’oméga du traitement contre la douleur. C’est ce point qu’il faut retenir des essais cliniques randomisés de grande envergure. Néanmoins, cet état de fait ne veut pas dire qu’ils ne seront pas utiles : « On doit considérer ces médicaments comme un outil thérapeutique intéressant là où les traitements habituels échouent. La douleur chronique est une indication complexe et la physiopathologie des douleurs est très variable (inflammatoire, ostéo-articulaire, etc.). Ces thérapeutiques ne seront certainement pas actives et efficaces dans certaines indications mais on peut espérer qu’elles puissent fournir une efficacité, même modeste, dans d’autres, argumente le spécialiste avant d’ajouter : l’approche moderne de la douleur est composite et multidimensionnelle. On essaie de soulager la perception et le vécu de la douleur. Il y a donc beaucoup de paramètres à évaluer et cela n’a pas encore été fait dans les essais d’envergure. »

La médecine de demain 

Les essais cliniques randomisés avec une forte puissance statistique sont indispensables. Cependant, nous gagnerons peut-être à reconsidérer des notions comme la population cible et les preuves en médecine. Avec le progrès toujours plus croissant de la technique, l’ère du « médicament blockbuster » semble révolue et des études avec une méthodologie innovante doivent être réalisées afin de dépasser les limites des essais actuels : « l’avenir du cannabis à usage médical réside dans la bonne composition de molécules actives pour la bonne indication et pour le bon patient. Le défi de la médecine du futur consiste à identifier des profils de patients pour ne plus traiter à l’aveugle comme cela se fait actuellement », conclut Nicolas Authier. L’Agence nationale de la sécurité du médicament (ANSM) livrera prochainement ses résultats dont nous suivrons la sortie avec la plus grande attention.

Ce qu’il faut retenir

  • Les solutions à base de cannabis thérapeutiques ne sont pas dénuées de rationnel scientifique.
  • Les essais cliniques qui testent ces médicaments évaluent de nombreuses thérapies dans beaucoup d’indications différentes. 
  • Il faut réaliser des essais innovants pour que les médicaments à base de cannabis puissent apporter un effet plus ou moins modeste dans les indications utiles.

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