Politiques

“J’ai des clients qui me parlent d’excréments sur les murs, de mouches”, déplore un avocat


La Contrôleure générale des lieux de privation de liberté a dénoncé mardi 21 septembre “la totale indignité des conditions d’accueil dans les locaux de garde à vue”, dans un rapport publié le même jour au Journal Officiel. “C’est tout à fait commun”, a réagi mardi matin sur franceinfo, Gaspard Lindon, avocat au barreau de Paris, alors que Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur, a évoqué un constat qui “se fonde sur la visite d’un nombre limité de locaux”. “J’ai des clients qui me parlent d’excréments sur les murs, de mouches”, a-t-il déploré. Selon lui, cela provoque chez les gardés à vue “un vrai choc”, “une conscience de n’être plus grand-chose et d’être vraiment à la merci de la police.”

franceinfo : Ce constat de cellules indignes est-il aussi minoritaire que le dit le ministre ?

Gaspard Lindon : On ne peut pas faire abstraction du fait que c’est tout à fait commun, cela revient souvent de la part de nos clients. Cela affecte énormément de gens. Il faut rappeler que la garde à vue est une mesure extrêmement courante, il y a beaucoup de délits routiers qui se terminent en garde à vue, il y a énormément de Français qui passent par là et donc ce n’est pas du tout un épiphénomène.

Que cela provoque-t-il chez les gardés à vue ?

Il faut se figurer ce qu’est la garde à vue. 24 heures c’est long, 48 heures encore plus. On arrive, on a été interpellé parfois aux aurores, à 6 ou 7 heures du matin. Quand on n’a jamais été en garde à vue, c’est très impressionnant. Peut-être que votre domicile a été perquisitionné au moment de votre interpellation, vos tiroirs ouverts, éventrés, tout ce qu’il y a dedans mis par terre. En garde à vue, c’est un rapport totalement disproportionné, on vous notifie votre droit le plus rapidement possible mais il arrive que cela soit un peu tardif. On vous explique que vous avez le droit à un avocat mais on vous le dit d’une façon qui vous incite peut-être à ne pas faire appel à lui, parce que cela va rallonger la durée de la mesure. Si vous êtes étrangers, on a tendance à considérer que vous parlez bien le français même quand vous ne le parlez pas si bien. Une fois tout cela mis ensemble, figurez-vous des locaux de garde à vue vétustes, avec des toilettes à la turque. Moi j’ai des clients qui me parlent d’excréments sur les murs, de mouches. Une cliente me parlait d’infection urinaire après être allée aux toilettes. Il y a un vrai choc, une conscience tout d’un coup qu’on est plus grand-chose, et qu’on est vraiment à la merci de la police.

Y a-t-il une volonté de laisser ces endroits dans un état vétuste ? Quels sont les recours pour le gardé à vue ?

Je ne sais pas s’il y a une volonté de les laisser dans cet état-là, mais je crois qu’il y a une utilité dans le cadre de la garde à vue, une forme d’annihilation du gardé à vue. Ce n’est pas forcément un effort concerté mais cela fonctionne, de la même manière que le tutoiement en garde à vue est souvent de mise. Il y a une forme de disproportion qui est la résultante d’une stratégie qui fonctionne. D’ailleurs en garde à vue, quand on conseille à quelqu’un de garder le silence, il est très rare qu’il y parvienne. Concernant la question des recours, il est tout à fait possible d’engager la responsabilité de l’Etat sur ces manquements-là mais si vous avez fait 24 heures de garde à vue ou même moins, est-ce-que vous allez le faire ? Bien sûr que non. Ce sont des recommandations mais cela demande beaucoup d’efforts et il n’est pas certains que ces efforts seront déployés.




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