Politiques

la gauche conserve ses cinq régions hexagonales, mais reste dans le flou à 10 mois de la présidentielle


C’est un succès qui était inespéré il y a encore dix jours. La gauche est parvenue à déjouer les pronostics en conservant l’ensemble de ses régions hexagonales à l’issue du second tour des élections régionales, dimanche 27 juin. Cerise sur le gâteau, le PS peut se réjouir d’avoir le meilleur score de France grâce à Carole Delga (PS), qui a remporté le second tour en Occitanie avec 57,8% des suffrages, et ce, sans aucune alliance. Mais comme au premier tour, la forte abstention, estimée à 65,7% par Ipsos/Sopra Steria pour France Télévisions, a joué en faveur des têtes de listes sortantes de la gauche, toutes issues du Parti socialiste. 

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“C’est un succès pour les têtes de listes PS sortantes et c’est une situation figée en France, ce qui est rarissime, a estimé dimanche soir, à l’issue du second tour, Brice Teinturier, directeur général d’Ipsos, sur le plateau de France 2 .

Dans les régions où la gauche s’est présentée unie au second tour, comme dans les Pays de la Loire ou en Ile-de-France, les scores des têtes de listes PS et EELV se sont quasiment additionnés, sans permettre une réelle progression. Ainsi, le bloc de gauche représentait 35,02% dans les Pays de la Loire au premier tour et Matthieu Orphelin (EELV) a réuni 34,87% au second tour, grâce aux voix de Guillaume Garot, le candidat PS avec qui il a fait alliance. Là où a eu lieu une union de la gauche, “il y a eu plutôt une bonne discipline chez les électeurs de gauche, mais il n’y a pas eu de dynamique”, résume Rémi Lefebvre, politologue, professeur à l’université de Lille 2 et chercheur au Centre d’études et de recherches administratives, politiques et sociales (CERAPS). “Les listes d’union n’ont pas permis des renversements de situation”, pointe également Bruno Cautrès, chercheur CNRS au Cevipof, professeur à Sciences Po Paris.

De son côté, Najat Vallaud Belkacem (PS), qui a rallié Fabienne Grébert (EELV) au second tour en Auvergne-Rhône-Alpes, a estimé sur le plateau de France 2 que dans sa région, la gauche “allait au-delà de l’arithmétique et ce que faisaient les trois listes de gauche fusionnées” (31,46 % au premier tour contre 33,4% au second). “Il y a une appétence pour une gauche rassemblée”, a estimé l’ancienne ministre de l’Education nationale. “Le rassemblement de la gauche est payant. La gauche a un avenir. Il faut simplement qu’elle soit incarnée”, a également réagi Marie-Guite Dufay, la présidente socialiste sortante qui a remporté le second tour en Bourgogne-Franche-Comté. Elle a malgré tout refusé de tirer des conclusions trop nationales à ces scrutins locaux et a rappelé qu’il fallait “laisser chaque chose à sa place”. 

Si le PS peut se targuer d’avoir remporté les cinq régions qu’il dirigeait, il doit parfois sa victoire aux alliances passées avec les écologistes, comme dans le Centre-Val de Loire ou en Bourgogne-Franche-Comté. Dans les autres, les alliances n’ont pas été nécessaires pour l’emporter, même si en Bretagne, Loïg-Chesnais Girard, dont le score au second tour ne lui permet pas d’avoir une majorité absolue en sièges, aurait pu s’offrir une plus large victoire.

En plus de Carole Delga en Occitanie, Alain Rousset, président sortant dans la région voisine de la Nouvelle-Aquitaine, a aussi largement battu ses poursuivants. Il est parvenu à remporter le second tour avec 39,5 %, sans alliance avec les écologistes. “C’est un gâchis de ne pas avoir réussi à discuter avec eux”, a-t-il déploré après sa victoire, en n’écartant pas un futur rapprochement.

Dans les régions où la gauche n’était pas sortante, elle a surtout été portée par les élus écologistes, souvent en tête des listes de gauche. C’est le cas notamment dans les Hauts-de-France où Karima Delli (EELV) est finalement arrivée en troisième position, derrière Xavier Bertrand (DVD) et Sébastien Chenu (RN). Cette région ne figurait pas parmi les chances de victoire à gauche, à la différence des Pays de la Loire et de l’Ile-de-France, selon les calculs d’Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, sur RTL.

Lors du premier tour, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, le bloc de gauche (incluant le Parti socialiste, Europe Ecologie-Les Verts, La France insoumise, le PCF et des listes divers gauche) a obtenu environ 35% des voix au niveau national. Des résultats meilleurs que prévu.

Au lendemain du premier tour, le premier secrétaire du Parti socialiste n’avait pas caché son enthousiasme, au micro de France Inter : “Nous ne sommes pas condamnés à vivre le duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen l’année prochaine”, avait-il estimé. Pour autant, malgré des alliances locales, l’idée d’un candidat unique à gauche reste toujours aussi incertaine au niveau national. Et ces élections régionales n’ont rien réglé. “Le leadership à gauche est toujours en suspens“, estime Rémi Lefebvre. “La question d’une candidature unique reste posée”, assure, de son côté, Bruno Cautrès.

Avant les régionales, deux réunions organisées avec les principaux leaders des formations de gauche n’avaient débouché sur aucune décision concrète et la question sera à nouveau abordée à l’automne. En attendant, Jean-Luc Mélenchon, qui a déjà fait acte de candidature à la présidentielle, n’entend pas s’effacer tandis que d’autres candidats, comme la socialiste Anne Hidalgo ou l’écologiste Yannick Jadot, se préparent sans avoir encore franchi le pas. La question de l’élection présidentielle sera certainement à l’ordre du jour du 79e congrès du PS, prévu les 18 et 19 septembre. Au moment même où EELV doit, de son côté, tenir sa primaire interne.




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