Economie

La SNCF pourrait perdre la ligne TER Marseille-Nice


Pour la première fois, la SNCF est sur le point de perdre une ligne de TER en France, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, dirigée par la droite, ayant proposé à ses élus de choisir Transdev pour exploiter la liaison Marseille-Nice. Si les élus régionaux confirment ce choix le 29 octobre, il s’agirait de la première ligne ferroviaire échappant à la SNCF dans le cadre de la mise en concurrence.

“SNCF Voyageurs souhaite le meilleur succès à Transdev, dans l’intérêt des voyageurs et du développement du transport ferroviaire dans la région”, a réagi la SNCF dans un communiqué, actant ainsi la perte du marché. “Ce choix marque (…) la concrétisation de l’ouverture à la concurrence à laquelle nous nous préparons de longue date, où nos autorités organisatrices ont la liberté de choisir d’autres opérateurs que nous”, affirme Christophe Fanichet, PDG de SNCF Voyageurs, cité dans le communiqué.

Trois entreprises étaient en lice pour remporter cette liaison via Toulon, qui concerne 10% du trafic régional en nombre de trains proposés: l’opérateur public historique SNCF, le groupe privé français de transports Transdev et Thello, filiale de la compagnie publique des chemins de fer italienne Trenitalia. Le contrat de concession de 10 ans est estimé à 870 millions d’euros.

“Dès 2025, le trafic sera doublé”

Avec l’offre de Transdev, “dès 2025, le trafic sera doublé” passant de sept allers-retours quotidiens à 14, selon la Région, pour “un prix équivalent”. Fruit de la fusion en 2011 de Transdev et de Veolia Transport, Transdev transporte 11 millions de passagers au quotidien via ses différents modes de transport (autobus, cars, trains). La Région a par ailleurs proposé que la SNCF conserve l’exploitation des lignes “Azur” incluant les liaisons entre Les Arcs/Draguignan et Vintimille (Italie), ainsi que Nice-Tende et enfin Cannes-Grasse où l’entreprise publique était seule en lice.

Ce deuxième lot représente 23% du trafic régional et le contrat, également de 10 ans, est estimé à 1,5 milliard d’euros. De 69 allers-retours quotidiens, l’offre bondira à 120, affirme la Région. L’exploitation doit débuter en décembre 2024 pour ce deuxième lot et en juillet 2025 pour Marseille-Toulon-Nice, le temps d’acheter des trains et de construire des ateliers.

L’ouverture à la concurrence “permettra d’améliorer très significativement l’offre pour les usagers”, s’est félicitée la Région dirigée par Renaud Muselier (Les Républicains). “On va avoir des prix +canonissimes+” proposés par les opérateurs publics ou privés, français ou étrangers, qui répondront à ces appels d’offres”, s’était-il enthousiasmé en décembre 2019 lors du lancement de l’ouverture à la concurrence. “On va avoir les trains à l’heure, on va avoir des rabais, avec une qualité de service!”, promettait-il.

Des syndicats inquiets

“C’est historique dans le monde ferroviaire, c’est la première fois qu’un lot de cette importance serait accordée à un autre opérateur que la SNCF”, a confié à l’AFP Philippe Tabarot, sénateur LR des Alpes-Maritimes et ex-vice-président chargé des transports à la région Paca, qui a géré ce dossier jusqu’au dernières élections régionales, en juin. “Nous ne sommes pas étonnés car cela démontre la volonté de la Région de donner à la concurrence les marchés les plus profitables”, a réagi auprès de l’AFP Jean-Marie Valencia, responsable communication pour CGT Cheminots Paca qualifiant lui aussi “d’historique” cette décision.

“Nous sommes inquiets car ce ne sera pas sans coût pour les cheminots”, s’est-il alarmé. “Nous sommes attristés de cette décision car cela va entraîner le transfert de 166 agents” de la SNCF vers Transdev, a souligné de son côté Didier Mathis, secrétaire général de l’Unsa ferroviaire, deuxième syndicat à la SNCF. “Cette décision n’est pas du tout une surprise, car la Région Sud aurait été embêtée si elle avait retenu deux fois la SNCF dans les deux appels d’offres, alors qu’elle disait être mécontente de la SNCF. La Région aurait perdu toute crédibilité”, a-t-il ajouté.

Quatre autres régions de France ont également annoncé leur volonté d’expérimenter l’ouverture à la concurrence de leur TER: le Grand-Est, les Hauts-de-France, l’Ile-de-France et les Pays-de-la-Loire. L’Angleterre, une des pionnières de la privatisation des lignes ferroviaires dans les années 1990, a annoncé en mai une réforme censée mettre fin aux nombreux dysfonctionnements du secteur, notamment en terme de ponctualité.

(Avec AFP)


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