Politiques

Il s’est faufilé discrètement dans la salle d’audience

Il s’est faufilé discrètement dans la salle d’audience, esquivant les caméras et micros qui l’attendaient. Alexandre Benalla a fait profil bas, au premier jour de son procès devant le tribunal correctionnel de Paris, lundi 13 septembre. Dans un costume sombre trop serré, relevé par une cravate à pois, le trentenaire, ancien chargé de mission à l’Elysée, s’est assis en premier sur le banc des prévenus, bientôt rejoint par trois autres hommes : son ami et ex-employé de LREM Vincent Crase et deux policiers gradés.

Tous les quatre comparaissent dans le cadre de l’affaire qui a déclenché toutes les autres, celle par laquelle le scandale politique est arrivé : des violences commises et filmées en marge de la manifestation du 1er mai 2018 à Paris. Les premiers mots du rapport lu en préambule par la présidente Isabelle Prévost-Desprez résument le point de départ : “Les réseaux sociaux ont montré un individu portant un casque de la police nationale en train de porter des coups” à un homme. Le 18 juillet, “le journal Le Monde présentait cet individu comme étant Alexandre Benalla”.

L’ex-proche collaborateur d’Emmanuel Macron est notamment renvoyé devant la justice pour avoir usurpé la fonction de policier. Il s’en est pourtant fallu de peu qu’il ne le devienne un jour. Invité à la barre en premier, ce natif d’Evreux déroule son CV devant le tribunal. Après un bac économique et social, il poursuit jusqu’en licence à l’université de Rouen avant de décrocher à Clermont-Ferrand un master 1 en droit “spécialité sécurité publique”.

A l’aise sur ce terrain, le prévenu répond avec entrain au feu roulant des questions de la magistrate.

“J’aurais souhaité passer un M2 et devenir commissaire de police mais j’ai eu une proposition de travail dans le domaine de la sécurité.”

Alexandre Benalla

devant le tribunal correctionnel de Paris

Depuis l’âge de 18 ans, Alexandre Benalla navigue entre sécurité privée et sécurité publique. Formé comme réserviste de la gendarmerie en 2009, il commence en parallèle à travailler pour le service d’ordre du Parti socialiste. Il grimpe rapidement les échelons. “J’ai commencé comme bénévole, puis j’ai assuré la protection de la première secrétaire Martine Aubry et après, on m’a envoyé sur François Hollande”, candidat à l’élection présidentielle. Il devient le bras droit du patron de la sécurité du PS.

Sa “carrière” se poursuit à l’“international”, avec la “protection” du président de “l’Office européen des brevets”. Alexandre Benalla garde un pied en France, en exerçant pour le délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer, Jean-Marc Mormeck. “Quel intérêt de travailler” avec un champion du monde de boxe, “il avait besoin de vous ?” feint de s’étonner la présidente. “Il a pensé que je pouvais l’aider dans sa mission, j’organisais ses déplacements, notamment dans les quartiers populaires”, répond du tac au tac le prévenu, derrière son masque chirurgical.

Vient la période qu’il aime le plus évoquer, comme le souligne avec malice Isabelle Prévost-Desprez. Quand En marche ! vient le chercher pour assurer la sécurité de la campagne présidentielle de 2017, celui qui gagnait “3 500 euros” par mois n’hésite pas à travailler gracieusement pendant trois mois pour le nouveau mouvement. “L’aventure humaine me plaisait plus que le côté financier”, justifie-t-il. Sauf que c’est aussi à cette époque qu’il est soupçonné d’avoir commis un premier délit, également jugé pendant ce procès.

En septembre 2018, dans le sillage des révélations en cascade provoquées par le dérapage initial du 1er mai, Mediapart exhume un selfie pris en avril 2017 pendant l’entre-deux-tours dans un restaurant de Poitiers. Une serveuse, tout sourire, est entourée par deux membres du service d’ordre d’Emmanuel Macron et par Alexandre Benalla, qui la vise dans le cou avec ce qui semble être un pistolet Glock. Malgré ses demandes réitérées, le directeur de la sûreté et de la sécurité d’En marche ! n’avait pourtant pas obtenu l’autorisation de port d’arme en dehors de son domicile et du QG du parti.

La photo s’affiche en grand sur l’écran de la salle d’audience. Alexandre Benalla avait évoqué pendant l’instruction “un montage” puis “un pistolet à eau”. Beaucoup moins à l’aise qu’au début de son interrogatoire, il maintient en regardant l’image qu’il s’agit d’une “arme factice” sortie pour une “saynète idiote de trois secondes”.

“Je n’ai jamais eu dans ma main une vraie arme en dehors des autorisations.”

Alexandre Benalla

devant le tribunal correctionnel de Paris

Pointant l’écran au-dessus d’elle, Isabelle Prévost-Desprez est sceptique. D’où venait alors ce jouet ? La réponse se fait attendre à la barre. “Monsieur, pardonnez-moi mais s’il y a un neuneu qui sort un pistolet à eau qui a l’air d’un Glock, qui joue avec ça, personne ne s’en souvient ? Il atterrit dans votre main avec ce geste parfaitement inadapté et vous ne vous souvenez pas de ça, franchement ?”

“C’est plus moi le neuneu dans l’histoire”, tente Alexandre Benalla. Ses explications peinent à convaincre tant le garde du corps semblait collectionner les armes. En plus des trois Glock censés rester au QG d’En marche !, trois autres pistolets reposaient dans un coffre à son domicile – coffre disparu après sa garde à vue. Une fois à l’Elysée, Alexandre Benalla finit par obtenir en octobre 2017 une autorisation de port d’arme. Emmanuel Macron dispose pourtant des hommes du Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR). Mais cette protection est “réduite dans les déplacements privés”, soutient son ex-collaborateur, qui finit par admettre avoir voulu se protéger lui “d’abord”.

“On est exposé en tant que collaborateur du président, qui plus est dans les déplacements privés, il y a eu un précédent à Magnanville”, illustre-t-il. La référence au double assassinat d’un couple de fonctionnaires de police par un terroriste en 2016 fait bondir la magistrate : “C’est très limite, monsieur Benalla, je vous le dis, très limite.” L’audience est suspendue sur ce premier échange à bâtons rompus de près de trois heures. Alexandre Benalla, jugé jusqu’au 1er octobre, devra aussi répondre de l’utilisation frauduleuse de passeports diplomatiques. Il encourt sept ans de prison et 100 000 euros d’amende.

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