Politiques

comment les équipes d’Eric Zemmour courtisent élus et militants des Républicains


“Bonjour, on est les jeunes avec Zemmour.” La petite dizaine de soutiens du polémiste déambule dans les allées du parc floral de Paris, samedi 4 septembre. C’est la rentrée politique des jeunes LR et ces pro-Zemmour interpellent les militants pour attirer des adhérents et des élus derrière la bannière de leur champion. Eric Zemmour, condamné définitivement trois fois pour “incitation à la haine” après des propos sur l’islam et l’immigration, n’est pas encore candidat à l’élection présidentielle, mais ses soutiens s’activent déjà en coulisses depuis plusieurs mois.

“Beaucoup de jeunes sont venus faire des photos avec moi et me parler”, raconte à franceinfo le porte-parole des Amis d’Eric Zemmour, Antoine Diers. Cet ancien du syndicat étudiant de droite UNI, passé par le Mouvement pour la France (MPF) de Philippe de Villiers, répète à l’envi que le commentateur controversé de CNews est le seul “à avoir une crédibilité” pour rassembler les courants de droite et faire mieux que Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse au premier tour de la présidentielle. “Les mecs me disent : ‘Antoine, tu as raison, on est d’accord avec toi’. Les militants attendent maintenant des signaux de leurs cadres.”

“Il y a une envie de Zemmour chez les jeunes LR.”

Antoine Diers, porte-parole des Amis d’Eric Zemmour

à franceinfo

Ses partisans pensent détenir la preuve qu’Eric Zemmour plaît à la jeunesse de droite : une tribune publiée fin août dans Le Point en soutien à une candidature du polémiste. “Il y a beaucoup d’anciens LR, qui ne veulent pas pour autant du Rassemblement national”, explique ainsi Stanislas Rigault, responsable de Génération Z, un collectif de soutien très actif sur les réseaux sociaux et dans la rue pour coller des affiches.

Le texte a été lancé avec cent signatures, mais la liste s’est allongée. “On en est à 750”, affirme Baptiste Laroche. Ce jeune militant LR, impliqué dans la campagne de Rachida Dati lors des municipales de 2020 à Paris, a coordonné l’initiative. “La tribune est partie d’amis chez LR qui ne veulent pas de Bertrand ou de Pécresse, car c’est la même droite sclérosée qui perd depuis des années, qui n’est pas claire avec Macron.”

Guilhem Carayon, président du mouvement de jeunesse des Républicains dégonfle les chiffres : “Sur 10 500 membres, il y a seulement 30 jeunes LR qui ont signé la tribune”. Il dénonce “une stratégie pour faire croire à une emprise de Zemmour” sur cette jeunesse de droite. Difficile de vérifier si les signataires sont d’anciens militants ou des sympathisants, car une majorité de noms parmi les 100 premiers signataires n’a aucune existence numérique. “Sur les 750, il y a environ 550 sympathisants ou adhérents. Ce sont des gens qui ne sont pas forcément à jour de cotisation”, admet Baptiste Laroche. Un député LR ironise de son côté sur le pedigree de ces vrais-faux militants : “Vous avez vu les noms des signataires ? J’ai cru que c’était le retour de la monarchie, avec le nombre de noms à particule !”

Un autre député LR raconte que son fils lui a offert un livre du polémiste pour tenter de le rallier à la cause. “Il me dit qu’il ne croit plus à la sincérité des partis traditionnels. Que la droite au pouvoir, ça n’a rien donné et que Zemmour est le seul qui va au bout de ses idées sans pour autant être un fasciste, raconte ce parlementaire. Je reconnais volontiers à l’homme une vraie intelligence, mais il reste un commentateur, pas un chef d’Etat.” Guilhem Carayon doute aussi des capacités de l’éditorialiste du Figaro : “Beaucoup de jeunes le trouvent très cultivé, brillant, mais ne le considèrent pas pour autant comme un homme politique.”

“Il a un discours trop caricatural, il nous faut un candidat sérieux.”

Guilhem Carayon, président des jeunes Républicains

à franceinfo

Il n’empêche qu’à droite, certains se cherchent toujours un candidat. “Beaucoup se sentent orphelins après le renoncement de Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau. La nature a horreur du vide, donc il y a un espace politique potentiel qui s’ouvre”, explique Sébastien Pilard. Ce conseiller national de LR et cofondateur du mouvement Sens commun souhaite qu’Eric Zemmour participe à la primaire pour défendre une ligne conservatrice de droite assumée.

“Les soutiens de Zemmour se sont dit : ‘Puisqu’il n’y a pas Wauquiez, on s’engouffre !’, analyse un député LR. Ils tentent de recruter en disant que Bertrand représente ‘la droite molle’.” Les soutiens d’Eric Zemmour se souviennent bien que Laurent Wauquiez, alors président du parti, avait déclaré au polémiste en 2019 qu’il était “chez lui” aux Républicains. Quant à Eric Ciotti, candidat à la potentielle primaire de la droite, il ne convainc pas tous les tenants d’une ligne dure. “Il pourrait incarner cette ligne, mais il n’a pas la même puissance politique, ni la même autorité intellectuelle”, tacle le sénateur LR Etienne Blanc, partisan d’une candidature d’Eric Zemmour à la primaire. Une hypothèse fermement rejetée par le président du Sénat, Gérard Larcher.

“LR est un conglomérat très divers des droites, explique à franceinfo le politologue Erwan Lecœur. Il y a une partie de la droite qui est autoritaire, voire réactionnaire, et qui pourrait être tentée par une candidature Zemmour, car il incarne bien leurs idées.”

Pour l’instant, le nombre d’élus LR tenté par une candidature Zemmour reste assez faible. Le sénateur du Val-d’Oise Sébastien Meurant, partisan de longue date d’un dialogue avec le RN, a rencontré Eric Zemmour à plusieurs reprises ces dernières semaines. “Aujourd’hui, il est concentré sur la sortie de son livre, mais s’il décide finalement d’y aller, c’est qu’il pense avoir ses chances”, estime-t-il.

S’il soutient pour l’instant Eric Ciotti, Sébastien Meurant a aussi commencé à fédérer un réseau d’élus de droite destiné à porter une éventuelle candidature Zemmour. “Je l’ai fait rencontrer un certain nombre de personnes, confie-t-il. Il y a des contacts et des choses se mettront en place si Eric Zemmour se présente.” Le sénateur estime qu’au palais du Luxembourg un “petit tiers” de ses collègues LR pourrait le soutenir. France Télévisions a contacté l’ensemble des parlementaires des Républicains pour les interroger sur leur candidat favori ce en vue de 2022. Un seul sénateur a répondu “Eric Zemmour”, mais plus de 80 élus se disent encore “indécis” quant au choix de leur candidat.

“Parmi les parlementaires LR, plusieurs dizaines ont pu rencontrer Zemmour dans les derniers mois et ils constituent un groupe informel qui s’interroge sur le fait de basculer le moment venu”, assure Antoine Diers. Le député Pierre-Henri Dumont réfute ce scénario. “Il y a strictement zéro parlementaire prêt à aller chez Zemmour. Antoine Diers dit ça pour faire penser que Zemmour est soutenu, conteste le secrétaire général adjoint de LR. Je sais qu’ils ont récupéré quelques attachés parlementaires, mais ça se compte sur les doigts d’une main.”

Les proches d’Eric Zemmour n’hésitent pas à séduire dans l’entourage des députés ou des sénateurs. Sarah Knafo, énarque de moins de 30 ans et discrète conseillère politique du polémiste, est à la manœuvre. “Elle est venue piocher à l’Assemblée des attachés parlementaires. C’est aussi un moyen de toucher les députés, raconte un député LR dont l’un des collaborateurs a été approché. Mais bon, pour l’instant, elle n’agrège que des gens foncièrement d’extrême droite et qui n’ont pas envie de rejoindre le RN.”

Dans les premières prises, on trouve Diane Ouvry, ancienne collaboratrice du député LR Jean-François Parigi, passée par la très à droite maison d’édition Ring, et qui signe désormais ses mails en tant que “porte-parole des Amis d’Eric Zemmour”. Elle s’est chargée ces dernières semaines de contacter les maires afin de recueillir un “engagement solennel au parrainage d’Eric Zemmour”. Pour l’instant, l’auteur du Suicide français, qui est allé à la rencontre d’élus locaux pendant l’été, ne compte qu’une centaine de promesses de parrainage, selon Antoine Diers.

“Les 500 signatures, c’est un vrai obstacle, concède Olivier Pardo, avocat et ami d’Eric Zemmour. Avant, vous sortiez avec les documents signés, désormais vous n’avez que des promesses.” Le Parlement a changé les règles en 2016. Les élus doivent envoyer par courrier leur parrainage au Conseil constitutionnel. En outre, pour plus de transparence, la liste intégrale des élus ayant parrainé un candidat est désormais publiée.

“Il n’y a rien d’écrit pour cette présidentielle… Le jeu est plus que jamais ouvert”, estime le sénateur Sébastien Meurant. Les proches du polémiste sont de plus en plus convaincus qu’il va se lancer dans la course. “Je serais extraordinairement étonné s’il renonçait”, confie Olivier Pardo. Pour le timing, la date du mois de novembre est régulièrement évoquée.

L’espace politique disponible pour Eric Zemmour dépendra cependant des décisions du parti Les Républicains. Y aura-t-il une primaire de droite ? Qui sera le candidat désigné ? “Je trouve difficile de faire campagne pour Xavier Bertrand quand on sait qu’il a quitté LR en disant que Laurent Wauquiez était plus proche du RN que de la droite”, prévient Sébastien Pilard. “Il y a une portion de la droite qui peut être tentée par une aventure Zemmour, mais ce n’est qu’une aventure, estime le politologue Erwan Lecœur. C’est un candidat médiatiquement très fort mais politiquement très faible, il n’a pas de troupes ou d’organisation.”

“Macron avait un profil de président, de gestionnaire. Zemmour c’est un clown de ce point de vue, il a un côté Coluche.”

Erwan Lecœur, politologue

à franceinfo

La candidature d’Eric Zemmour s’est invitée dans toutes les têtes à droite, y compris celle d’Eric Ciotti, qui a envoyé un signal clair en déclarant qu’il choisirait Eric Zemmour en cas de duel face à Emmanuel Macron au second tour. Dans les rangs de LR, on commence à élaborer des stratégies en intégrant l’inconnue Z à l’équation. “Zemmour ne peut pas gagner, mais qu’il enlèvera peut-être des voix au RN pour permettre à la droite d’être au second tour”, calcule un député LR. “Pour moi, Zemmour est le meilleur agent électoral de Macron, il lui garantit le duel face à Marine Le Pen, et donc la victoire”, envisage au contraire Pierre-Henri Dumont.

Selon les derniers sondages, le polémiste est crédité d’environ 8% des intentions de vote. Un score “non négligeable”, pour Brice Teinturier, délégué général d’Ipsos, avec un électorat qui “vient à peu près mordre autant sur le RN que sur LR”. Surtout qu’Eric Zemmour n’est pas encore candidat…




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