Economie

« La cryptomonnaie stable est un OVNI juridique »

Tribune. Le bitcoin voulait, dès 2009, être la première monnaie privée numérique. Mais son utilisation insignifiante comme moyen de paiement l’a, pour l’instant, disqualifié en tant que monnaie. Le véritable électrochoc est venu du projet Libra de Facebook. Annoncé en 2019 comme une cryptomonnaie internationale, il a immédiatement provoqué un tollé des gouvernements. Rappelé vigoureusement à l’ordre par Washington, Libra s’est renommé Diem, a promis d’attendre une autorisation fédérale et se limite à n’être qu’un « stablecoin » (une cryptomonnaie stable) du dollar. Comme un jeton de casino, c’est une représentation pratique d’un dollar, garantie par un montant égal de billets dans un coffre, échangeable directement et sans frais entre smartphones.

Cette monnaie privée permettrait aux transferts internationaux, prélevés à 6,5 % aujourd’hui, de devenir quasi gratuits. Elle promet des comptes bancaires sans frais – 1,7 milliard de personnes sont débancarisées –, des prêts instantanés et des services bancaires améliorés grâce au big data. Plusieurs stablecoins sont déjà opérationnels, mais ne sont utilisés que pour le marché des cryptoactifs. Il s’agit des milliers de biens virtuels issus de la blockchain et dont la valeur résulte de l’offre et de la demande.

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Le bitcoin est un cryptoactif et non une monnaie privée. Il est certes utilisé comme moyen de paiement par Paypal ou Mastercard, et intronisé comme « monnaie légale » par le Salvador. Mais il y est testé en priorité pour les transferts transfrontaliers, qui pèsent 20 % du PIB du pays, pour bancariser 70 % de la population et desserrer l’étreinte du dollar. Sa volatilité empêchera son adoption en tant que monnaie réelle. En fait, il ressemble plus à de l’or moderne, donc à un actif, qu’à de la monnaie.

Délai entre innovation et réglementation

L’intérêt plus pérenne du bitcoin et des autres cryptoactifs est de fournir une infrastructure à des milliers d’applications pour sécuriser identité, argent, biens matériels et immatériels, pour prêter, emprunter, assurer, investir, prédire, parier, échanger, partager ou coconstruire sans intermédiaire. La multitude des projets en cours dessine un scénario d’innovation puissant pour les prochaines années : les monnaies communautaires, inspirées des monnaies locales comme le wir en Suisse ou l’eusko au Pays basque, se multiplient pour privilégier des territoires ou des réseaux sociaux.

Les cartes de fidélité de type Fnac ou Auchan deviennent des assistants d’achat, en fonction de préférences pour le commerce équitable ou d’intolérances alimentaires. Les micropaiements permettent d’acheter en un clic une musique ou un article. Les microrémunérations permettent à chacun de monétiser ses datas ou de rendre des petits services en ligne. Les microcontrats d’auteurs permettent à chaque contributeur d’un projet collectif de recevoir sa part si ce projet porte des fruits marchands, par exemple un équivalent de Wikipedia ou un projet innovant. Grâce à leurs interfaces sociales immersives, les Big Tech organisent des collaborations massives avec de nouveaux outils dérivés des réseaux sociaux, wikis, jumeaux numériques, documents partagés et visioconférences. Sur le modèle économique d’Uber, ces plates-formes attirent une génération de professionnels accoutumés aux jeux vidéo, aux missions courtes, aux objectifs multiples, au télétravail collectif, à la créativité et à la rémunération calculée automatiquement.

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