Economie

« Entre Soros et BlackRock, Wall Street se déchire sur la Chine »

Après dix ans d’effort, BlackRock triomphe en Chine. Mais est-ce le bon timing ? Le plus gros investisseur financier mondial a enfin décroché le Graal. Il est la première société financière étrangère autorisée à lancer un fonds d’investissement dans le pays sans passer par un intermédiaire local. Baptisé New Horizon, ce fonds, à peine lancé, a déjà rempli sa mission. Il a recueilli l’engagement de 110 000 professionnels chinois qui ont investi 6,7 milliards de renminbi (880 millions d’euros).

Le nouvel horizon visé par l’américain est celui de la considérable épargne chinoise en mal de valorisation. Tout ce que Wall Street compte de banquiers et de fonds en tout genre lorgne sur ce magot. Fidelity s’apprête également à lancer un fonds commun de placement (mutual fund) du même acabit et tous préparent aussi des offres en direction des grandes fortunes du pays. BlackRock a lancé la sienne en mai, avec la China Construction Bank et le fonds souverain de Singapour (Temasek), et Goldman Sachs a fait de même avec la banque chinoise ICBC.

Douches froides

Cet enthousiasme est donc compréhensible, mais il devient soudain délicat, voire politiquement explosif… Dans le monde des affaires chinoises, il y aura un avant et un après Ant Group (ex-Ant Financial), cette filiale du géant Alibaba brutalement interdite d’introduction en Bourse en 2020 sur décision politique. Cet épisode a marqué le début d’un tour de vis spectaculaire de Pékin en direction, notamment, des entreprises du numérique. Après Alibaba, il y a eu Didi Chuxing, le Uber chinois bloqué administrativement juste après son introduction à la Bourse de New York, puis les entreprises de soutien scolaire interdites de profits sur leurs activités, et enfin l’assaut sur les jeux vidéo dont la Chine est le leader mondial avec Tencent. Beaucoup de douches froides, notamment pour les investisseurs étrangers qui ont vu les valorisations de ces groupes s’effondrer d’un coup.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi La Chine renforce encore plus son emprise sur Internet

C’est pourquoi, dans une tribune au vitriol du Wall Street Journal, le 6 septembre, le célèbre investisseur George Soros fustige « l’erreur dramatique » de BlackRock et de son patron Larry Fink, mauvaise pour ses investisseurs et aussi pour la démocratie américaine. Pour lui, le fonds américain ne voit pas que pour le leader chinois Xi Jinping, toutes les entreprises du pays doivent être au service du parti, qu’elles soient nationalisées ou privées. Or Pékin, si dur avec Washington, a encore besoin de la finance américaine pour résoudre des questions de fond comme le vieillissement de la population et l’endettement colossal de son secteur immobilier. Le découplage des économies doit-il toucher la finance ? Entre George Soros et Larry Fink, Wall Street se déchire et s’interroge. Le reste de la finance mondiale aussi.


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