Economie

reprise à risque pour les télétravailleurs au long cours

« Le mal a rapidement été diagnostiqué : il était atteint du syndrome de la cabane, cette difficulté à réintégrer l’environnement social dont on s’est, un temps, soustrait.»

Le retour au bureau un jour par semaine avait été programmé courant juin dans l’entreprise de Bastien (le prénom a été modifié). Après quinze mois en télétravail intégral lié au Covid-19, la nouvelle a alors été un véritable choc pour ce cadre dans la publicité. Une angoisse l’a saisi à l’idée de reprendre contact avec un « monde extérieur » qu’il ne fréquentait plus. Le mal a rapidement été diagnostiqué : il était atteint du « syndrome de la cabane », cette difficulté à réintégrer l’environnement social dont on s’est, un temps, soustrait. Ce n’est qu’à petits pas et au prix d’efforts douloureux qu’il a finalement réussi à sortir de son isolement.

Trois mois plus tard, les choses vont mieux pour Bastien. Mais bien d’autres salariés vivent aujourd’hui une trajectoire similaire. Alors que la plupart des entreprises s’engagent dans une phase de reprise et de retour partiel au bureau, des phénomènes d’anxiété se font jour au sein des effectifs. Si elles sont minoritaires, ces pathologies sont parfaitement identifiées par les professionnels de santé. « Le retour sur site pose question, le sujet est fréquemment abordé lors de mes visites médicales », indique ainsi une médecin du travail francilienne.

Au cœur du problème, pour Olivier Coldefy, psychologue expert, « ce retour peut être vécu comme une régression. Les périodes de confinement ont été subies, mais elles ont pu apporter des bénéfices secondaires : plus de transport, plus de promiscuité, une redécouverte de la vie familiale… ». « Les gains sur le temps de sommeil ont également pu être considérables », relève la professionnelle de santé francilienne. Autant d’avantages auxquels les salariés vont devoir, au moins partiellement, renoncer. « Certains d’entre eux sont par ailleurs très angoissés face au risque épidémique, poursuit la médecin du travail. Et d’autres vivent douloureusement le retour dans des bureaux où ils vont à nouveau croiser des collègues ou des responsables qu’ils n’apprécient pas. »

Règles collectives

Le retour à la « vie d’avant » passe donc mal pour certains collaborateurs. D’autant qu’ils ont désormais la conviction qu’une alternative existe. « Beaucoup n’avaient jusqu’à la crise pas goûté à l’autonomie offerte par le télétravail, indique Jérôme Chemin, secrétaire général adjoint CFDT Cadres. Or ils ont constaté, à l’occasion des confinements, qu’ils étaient capables de travailler seuls. » Le choc provoqué par le retour au bureau peut donc inciter certains d’entre eux à chercher à obtenir un maintien en télétravail intégral. « Nous recevons ce genre de demande », reconnaît la médecin du travail.

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