Economie

« Au XIXe siècle, un mouvement “populiste” a influencé la politique des Etats-Unis »

Les oppositions entre les partis de gouvernement et les partis dits « populistes » sont au cœur de notre actualité politique. L’histoire de la « révolte populiste » aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle, méconnue en France, peut aider à y réfléchir (Ages of American Capitalism, Jonathan Levy, Random House, 944 pages, non traduit).

Une longue phase de déclin des prix exacerbe alors les tensions sociales. Affectant particulièrement les produits agricoles (le prix du blé baisse de moitié de 1870 à 1900), elle conduit les fermiers et les milieux ruraux du Midwest à se rebeller contre les élites du nord-est, perçues comme arrogantes et inféodées à la grande industrie ou à la finance internationale.

Réduction de la base monétaire

Les fermiers (qui représentent encore près de la moitié de la population active) s’insurgent en particulier contre leur dépendance aux grandes compagnies de chemins de fer, localement en position de monopole. L’inflation consécutive à la guerre de Sécession (1861-1865) a conduit en 1873 à la suspension de la frappe des pièces d’argent afin de stabiliser la monnaie, basée de fait sur l’étalon-or.

Les mines d’argent sont victimes de la dépréciation qui en résulte (d’autant que le phénomène n’est pas cantonné aux Etats-Unis – la France et l’Allemagne, entre autres, abandonnant aussi l’argent) ; surtout, dans un système monétaire métallique, cette réduction de la base entraîne aussi une baisse du crédit et des prix, aggravant le poids des dettes, alors qu’au moins un tiers des terres sont hypothéquées. L’étalon-or est ainsi perçu dans l’ouest agricole et minier comme le choix de banquiers new-yorkais souhaitant insérer les Etats-Unis dans le système de crédit international au détriment du peuple.

Le Parti populiste a semé des graines. Le mouvement progressiste qui se développe après 1900 dans les grandes villes reprend une grande partie de ses revendications

L’Alliance des fermiers, créée en 1877, est d’abord une société d’assurance mutuelle dynamique. Elle obtient quelques régulations des chemins de fer, mais échoue à développer des coopératives de crédit. Elle débouche en 1891 sur la création du Parti populiste, qui renouvelle une tradition nationaliste, religieuse, hostile aux grandes entreprises, aux grandes villes, aux intellectuels et à l’internationalisme du Nord-Est, mais hétérogène idéologiquement, notamment sur la question raciale. Il revendique la nationalisation des chemins de fer et du télégraphe au nom du monopole naturel, l’impôt sur le revenu, un système monétaire bimétalliste voire fiduciaire, et envisage même le vote des femmes.

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