Economie

« De retour après un an et demi de désertion des bureaux, les salariés ont développé une intolérance au bruit »

Carnet de bureau. Les irritables se multiplient dans l’open space. En rendant obsolète l’obligation de télétravail, le 30 août, la ministre du travail a redonné la main aux entreprises pour organiser librement le retour sur site. Du côté des salariés, ce n’est pas le grand enthousiasme : dans un sondage Slack/OpinionWay publié le 31 août, 38 % affirment qu’ils préféreraient changer d’employeur plutôt que de revenir à 100 % en présentiel. Quoi qu’il en soit, le travail hybride est la nouvelle norme. Et depuis fin août, les open spaces reprennent doucement vie et bruissent à nouveau.

Mais les salariés, qui ont encore dans les oreilles le clapotis des vagues ou les voix familières de leur domicile, ont perdu l’habitude de supporter l’environnement de travail. De retour après un an et demi de désertion des bureaux, ils ont développé une nouvelle intolérance au bruit. « Les conversations intelligibles sont la gêne la plus intensément perçue », selon l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS).

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Le bruit dans l’open space est évidemment encadré par la législation. La réglementation protège les salariés des niveaux de décibels excessifs et durables, mais pas des nuisances sonores qui les déconcentrent. Les papotages des voisins de bureau, le déclenchement de l’imprimante, le vrombissement de la climatisation, la lecture à haute voix des mails de Patrick, le grésillement de la musique qui s’échappe du casque d’Elodie ont un effet perturbateur que les salariés avaient oublié et qui n’est pas inoffensif.

Protection physiologique

La gêne induite peut générer stress, fatigabilité, troubles du sommeil et tension artérielle, indique Paul Avan, physicien de l’université Clermont-Auvergne et directeur de recherche de l’Institut de l’audition. « Le système auditif est certes capable d’extraire par filtrage les messages pertinents dans un paysage sonore complexe (l’effet cocktail party), mais une pollution sonore peut rendre cette tâche épuisante et induire un stress, préjudiciable non pas forcément à l’audition mais à la santé : le bruit a des effets nuisibles extra-auditifs », écrit-il dans le trimestriel Responsabilité & Environnement de l’Institut Mines-Télécom.

Et les défenses naturelles ne sont d’aucun secours. Si l’organisme a des dispositifs de protection physiologique contre des bruits continus, il en a moins contre les bruits discontinus. Dans une étude sur les bruits impulsionnels (« Bruits impulsionnels, un danger mal connu ? », 2020, de Jonathan Terroir), l’INRS explique que le réflexe de contraction des muscles de l’oreille moyenne pour réduire le nombre de décibels perçus intervient après un certain temps de latence, qui peut être dommageable à l’audition.

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