Economie

Météo, mildiou… la saison en enfer d’un viticulteur alsacien

Jean-Pierre Frick n’a pu sauver qu’un tiers de sa future récolte (ici, dans ses vignes, à Pfaffenheim, en 2012).

De hautes herbes entourent son exploitation viticole, à Pfaffenheim, en Alsace. Jean-Pierre Frick, 65 ans, est un pionnier du vin nature, ces pinots gris et autres rieslings cultivés sans produits de synthèse et élevés sans aucun intrant. A la vue du viticulteur, on comprend vite que ce « laisser-faire » n’est qu’apparent. Grand, sec et réfléchi, il raconte son travail sans filet et la vigilance de chaque instant qu’il exige. Cet été, Jean-Pierre Frick doit faire face à des conditions climatiques inédites. Il a plu de façon ininterrompue durant les mois de juin et de juillet sur les coteaux du sud de Colmar, pourtant réputés parmi les plus secs de France.

Le mildiou, cette maladie de la vigne qui nécrose feuilles et fruits, s’est développé de façon exponentielle, sans possibilité pour le vigneron d’y répondre efficacement. En viticulture bio, seuls les traitements de surface sont autorisés, mais ils sont vite lavés par la pluie. L’exploitant est alors obligé de pulvériser encore et encore, lors des courts épisodes sans averses. ­Jean-Pierre Frick a ainsi effectué une dizaine de traitements en quelques semaines, deux fois plus que l’an dernier. « On a tenu tant bien que mal tout le mois de juin, mais en juillet la situation a empiré et on a totalement perdu le contrôle, se désole le viticulteur. En cinquante ans, je n’avais jamais vu ça. »

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A un mois des vendanges, prévues pour fin septembre, alors que la maladie a stoppé sa progression et que ses vignes reverdissent, Jean-Pierre Frick fait ses comptes : sur 12 hectares de vignes, seul un tiers de la future récolte a pu être sauvé. Le viticulteur, qui vend la totalité de sa production en direct, en France mais aussi en Italie, en Suède, en Corée du Sud et au Japon, craint de ne pas pouvoir satisfaire ses clients.

La profession a demandé aux préfets de déposer auprès du ministère de l’agriculture une demande de classement de l’Alsace en zone de calamité agricole, et des réunions sont prévues pour réaliser un zonage précis des dégâts. « Le Bas-Rhin est moins touché que le Haut-Rhin, où quasiment toutes les exploitations enregistrent des pertes de 15 % à 30 %, voire 50 % pour certains, estime Gilles Erhart, président de l’Association des viticulteurs d’Alsace. Dans le bio, 60 % à 80 % des vendanges sont perdus. »

Un hurluberlu pour ses collègues

Il est loin le temps où cet adepte de la biodynamie passait pour un hurluberlu aux yeux de ses collègues. Un tiers du vignoble alsacien est aujourd’hui cultivé en bio, et la région compte bon nombre d’éleveurs de vin nature. Une évolution qui vient conforter le choix fait par son père, il y a cinquante ans, de se passer des produits chimiques, alors vantés par les fabricants pour leur côté pratique.

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