Santé

on fait le point sur les traitements


Du 30 août au 1er septembre 2021, les Journées nationales d’infectiologie se sont déroulées au sein du Corum de Montpellier. L’occasion pour les différents experts de la spécialité la plus mobilisée depuis le début de cette pandémie d’échanger et de revenir sur plusieurs sujets. L’un d’entre eux était l’avancée concernant les traitements contre la Covid-19. 

Cela vous intéressera aussi


[EN VIDÉO] Tocilizumab : que sait-on sur ce traitement ?
  Un récent communiqué de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) suggère que le tocilizumab, un anticorps monoclonal, pourrait être efficace pour éviter le recours à la ventilation respiratoire mécanique dans le cadre du Covid-19.  

C’est sous le soleil de l’Occitanie que s’est réunie la communauté des infectiologues du lundi 30 août au mercredi 1er septembre. Une édition marquée naturellement par la pandémie de coronavirus. À cette occasion, le professeur Karine Lacombe, cheffe de Service des maladies infectieuses et tropicales à l’Hôpital Saint-Antoine à Paris, a présenté un état des lieux concernant les thérapies contre la Covid-19. Nous vous en proposons un bref résumé.

Des mesures simples et efficaces 

Pour une discipline très empirique comme la médecine, une nouvelle maladie est toujours un défi. De nouveaux signes cliniques à identifier, de nouveaux biomarqueurs à rechercher, de nouvelles stratégies thérapeutiques à mettre en place. Si le flou dominait lors de la première vague, les choses sont désormais plus claires. Par exemple, le décubitus ventral, qui était initialement controversé, est maintenant reconnu comme ayant une efficacité significative sur la mortalité des patients atteints de la Covid-19, de même que les anticoagulants. Du côté des antiviraux, rien de neuf. Il semble que l’essai Solidarity ait apporté une réponse claire et définitive concernant l’inefficacité de la totalité des antiviraux repositionnés contre la Covid-19, comme nous le disions dans l’article ci-dessous. 

L’espoir des anticorps monoclonaux

Les anticorps monoclonaux sont rapidement devenus un espoir face à la Covid-19. Une récente analyse publiée dans la revue mAbs montre que de nombreux essais sont encore en cours dans différentes indications thérapeutiques. Dans l’essai Recovery, une chose intéressante est d’ailleurs à souligner. Si la mortalité globale n’est pas impactée par la prise d’anticorps monoclonaux, la mortalité selon la sérologie du patient l’est. Cela constitue un argument de taille pour tester ces thérapeutiques lors des phases très précoces de la maladie. Mais un problème logistique se pose : comment traiter les patients lors de la phase précoce étant donné que durant cette phase, ces derniers n’ont généralement pas de symptômes et ne se présentent donc pas dans des services de soins ? L’essai Recovery a également conclu à l’inefficacité de la transfusion de plasma sanguin. 

Les corticoïdes sur le devant de la scène

Sans surprise, les corticoïdes, notamment la dexaméthasone, sont devenus le traitement standard dans la gestion des formes graves de la Covid-19. Ils ont un impact fort sur la mortalité bien qu’il faille être prudent lorsqu’on les utilise. En effet, la réponse inflammatoire étant diminué (ce qui sauve la vie du patient), il existe des risques de complications infectieuses non négligeables, surtout dans un contexte Covid où la prescription d’antibiotiques a été exacerbée à l’hôpital (contrairement en médecine de ville où elle semble avoir chuté) alors que les surinfections ne surviendraient que dans 5 % des cas chez les patients Covid+. D’autres traitements sont en cours d’étude, certains ont déjà démontré leur inefficacité, tandis que pour d’autres il est trop tôt pour connaître les résultats.

Solidarity : aucun traitement testé n’est efficace contre la Covid-19

Par Julien Hernandez le 20/10/2020

Les quatre traitements testés contre la Covid-19 sont inefficaces selon l’essai d’envergue Solidarity piloté par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Pour faire face à la pandémie de Covid-19, nous avions besoin de réponses. Des réponses que nous ne possédions pas. Dès lors, la communauté scientifique s’est mise au travail. Quelques brebis égarées se sont réfugiées dans l’argument de l’urgence. Ce n’était pas une position tenable. Que ce soit d’un point de vue scientifique ou d’un point de vue éthique.

Cela a d’ailleurs probablement entraîné une difficulté à recruter des patients pour certains essais cliniques. Les scientifiques sérieux ne se sont pas précipités. Ils ont gardé la tête froide. Le temps de la science médicale moderne n’est pas celui de l’observation clinique isolée. Pour savoir si l’on soigne correctement une nouvelle maladie, cela prend du temps.

Aujourd’hui, nous savons que les quatre médicaments anti-viraux repositionnés pour lutter contre la Covid-19 sont inefficaces. Ils ne procurent aucun bénéfice supplémentaire au-delà de l’effet placebo et des soins standards. C’est une déception, mais nous savons. Nous pouvons chercher ailleurs en laissant cela sereinement derrière nous.

Un essai d’envergure

Les médicaments à l’étude étaient les suivants : le remdesivir, le lopinavir, l’interféron bêta et l’hydroxychloroquine. C’est un essai randomisé de phase 3, contre placebo + soins standards, et multicentrique étant donné qu’il a été conduit dans pas moins de 405 hôpitaux de façon simultanée à travers le monde. Au total, c’est plus de 11.200 patients qui ont été intégrés à l’expérience. L’étude est actuellement en pré-publication. Pour s’assurer la fiabilité des résultats, il faudra donc attendre sa publication, d’ores et déjà prévue dans le New England Journal of Medicine.

Le remdesivir était administré en intraveineuse à hauteur de 100 mg par jour pendant 9 jours, hormis le premier jour où une dose de charge de 200 mg était injectée. L’hydroxychloroquine, quant à elle, fut délivrée par voie orale à hauteur de 1.240 mg le premier jour, puis 620 mg par jour pendant 10 jours. Même chose pour le lopinavir, à hauteur de 400 mg par jour pendant 14 jours avec 50 mg de ritonavir en plus pour contrer les effets délétères du lopinavir sur notre foie.

Les interférons bêta ont été utilisés en sous-cutané, à hauteur de 132 microgrammes sur 6 jours (3 administrations de 44 microgrammes chacune). Les critères retenus pour juger de l’efficacité des traitements étaient la mortalité à 28 jours dans un premier temps, et le besoin de ventilation et la durée d’hospitalisation dans un second temps. 

Des résultats décevants mais fiables

La conclusion des auteurs est sans appel : « Les principaux critères de jugement que sont la mortalité, le besoin de ventilation et de la durée d’hospitalisation n’ont été clairement réduits par aucun médicament de l’étude ». Avec un échantillon aussi important, il semble que ce soient les résultats les plus robustes dont on dispose jusqu’à présent avec l’essai Recovery. En effet, plus la taille de l’échantillon est élevée, plus on a de chance de détecter des effets mineurs, mais potentiellement utiles pour sauver des vies à l’échelle d’une population. 

Désormais, la recherche médicale mondiale va pouvoir tourner la page concernant ces quatre traitements. Elle va se concentrer sur d’autres pistes thérapeutiques en attendant l’élaboration d’un vaccin. Les rares médecins partisans de l’hydroxychloroquine, qui continuent de le prescrire en traitement contre la Covid-19, le font désormais à contresens des données scientifiques en notre possession. 

Intéressé par ce que vous venez de lire ?


Source link

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page