Economie

La difficile équation du pouvoir d’achat

Editorial du « Monde ». La reprise économique est bien là. Tout autant que le recul du chômage ou la progression du PIB, un indicateur l’atteste pour ceux qui en doutaient encore : le débat sur le pouvoir d’achat est de retour, après avoir été mis entre parenthèses au plus fort de la pandémie. L’élection présidentielle approchant, les candidats déclarés, ou en passe de l’être, se positionnent déjà sur ce thème. A gauche, Anne Hidalgo réclame le droit pour chacun de « recevoir une rémunération juste », tandis que Jean-Luc Mélenchon veut « porter immédiatement le smic mensuel à 1 400 euros net », soit 14 % de plus qu’aujourd’hui. A droite, Valérie Pécresse parle de baisse des prélèvements obligatoires sur le travail, en promettant une progression de 10 % du pouvoir d’achat, « mais sans que cela coûte plus cher aux entreprises ».

Le problème du pouvoir d’achat en France existait avant la crise pandémique. Il n’a pas disparu avec elle. Des initiatives ont bien été prises au cours du quinquennat. Mais, malgré les baisses d’impôts sur le revenu, la disparition de la taxe d’habitation, la prime d’activité, la réduction des cotisations salariales, les revalorisations dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’aide à la personne, malgré le soutien de l’Etat à l’économie, qui a permis au pouvoir d’achat des Français de progresser pendant la crise, pour bon nombre de salariés, le compte n’y est toujours pas, d’autant que l’inflation menace.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Rentrée sociale : « La question du pouvoir d’achat va se poser pour des fractions de la population »

Les raisons sont multiples. Comme dans l’ensemble de l’OCDE, l’évolution du partage de la valeur ajoutée au cours des vingt dernières années a profité plus au capital qu’au travail. Ensuite, la part des dépenses contraintes (immobilier, abonnements Internet, assurances, énergie…) a fait un bond spectaculaire, réduisant le revenu réellement disponible comme peau de chagrin. Enfin, rappelons que la générosité de notre modèle social, basé quasi exclusivement sur la solidarité, a un coût qui se retrouve sur la feuille de paye de chacun.

Jeu à somme nulle

Poser la question du pouvoir d’achat en France est tout à fait légitime, à condition d’en donner les tenants et les aboutissants. Réduire les cotisations sociales, comme le propose la droite, revient à priver les comptes sociaux de précieuses recettes au moment où ces derniers affichent des déficits historiques. Dès lors, il faut choisir : réduire les prestations sociales ou compenser le manque à gagner par une hausse de la TVA ou de la CSG. Mais ce jeu à somme nulle ne dupe personne.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le gouvernement scrute la rentrée sociale

Augmenter les salaires, comme le revendique la gauche, nécessite des compromis avec les chefs d’entreprise qui s’annoncent compliqués au regard de la faiblesse des syndicats. Certes, un nouveau rapport de force en faveur des salariés peut s’instaurer dans les secteurs qui n’arrivent pas à recruter. Mais la recette n’est pas généralisable. La hausse massive du smic n’est pas plus une solution pérenne car elle nuirait à l’embauche des moins qualifiés. Quant à l’Etat, ses marges de manœuvre n’ont jamais été aussi réduites, avec l’explosion de la dette et du déficit en raison de la crise.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Salaire minimum européen : comment Paris tente de convaincre les pays nordiques

Augmenter le pouvoir d’achat implique d’imaginer la refonte du financement de notre modèle social, pas seulement de laisser miroiter un relèvement des prestations sociales, des salaires ou une baisse de la fiscalité. Le débat est trop sérieux pour se contenter d’incantations.

Le Monde


Source link

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page