Economie

Face aux foires aux vins, les cavistes en ordre dispersé

Le Repaire de Bacchus a pris la profession par surprise. « On arrête la foire aux vins », annonçait en juin dans un communiqué Paolo Bouca Nova, directeur des achats pour cette enseigne qui compte quarante cavistes en Ile-de-France. Une décision mûrie pendant trois ans. « La grande distribution a créé la foire aux vins pour se faire une place sur un marché qui lui échappait, et les cavistes ont suivi pour s’aligner, explique-t-il. Il est temps de casser cette dynamique. Nous autres cavistes devons trouver une alternative, un moment propre à notre profession. Car on ne pourra jamais s’aligner sur les promotions des grandes surfaces, qui ont des marges proches de zéro pendant la foire aux vins. » Le Repaire de Bacchus va néanmoins maintenir une opération promotionnelle durant la rentrée de septembre, qu’elle nomme « fête des vendanges ». L’idée est de se distinguer des supermarchés, mais le principe reste tout de même proche d’une foire aux vins…

« C’est un moment de rencontre où on peut parler du vin, mettre en avant une sélection spécifique. » Louis de Montille, des caves Nysa

Alors, faire ou ne pas faire la foire quand on est caviste ? La question divise toujours. Dans une enquête publiée en 2019, 50 % des cavistes interrogés déclaraient avoir organisé un événement promotionnel en septembre. Qu’il s’agisse d’une foire aux vins… ou d’une antifoire aux vins. Cette proportion est stable depuis plusieurs années. « Des confrères font la foire aux vins car ils ont trouvé une formule qui marche bien. D’autres ont essayé pendant quelques années et, au vu des résultats, ne l’organisent plus », constate Jean Guizard, président de la Fédération des cavistes indépendants et caviste à Montpellier. Ce dernier a jeté l’éponge après trois éditions. « J’ai eu deux années très moyennes, avec un chiffre d’affaires supérieur de 3 % seulement aux autres mois. La seule qui a fonctionné coïncidait avec les 70 ans de la cave, parce que je faisais des animations autour de l’événement. »

La clé de la réussite, selon Jean Guizard, est de faire venir des vignerons dans la boutique, de proposer des soirées, des cours d’œnologie… « Nombre de confrères sont farouchement opposés aux foires, préférant vendre toute l’année au juste prix, sans écraser ni le producteur ni sa marge, tout en pratiquant régulièrement de coups de cœur ou des promos du mois. »

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Foires aux vins : la sélection du « Monde »

A la tête de Nysa, Louis de Montille ne se pose plus la question. Sa jeune chaîne – il l’a créée en 2006 –, déjà forte de 59 magasins pour la plupart implantés en Ile-de-France, pratique la foire aux vins depuis ses débuts. Cette année, elle se distingue avec une offre 100 % bio (certifié ou en cours de conversion) : « Contrairement à la grande distribution ou à certains sites en ligne qui font 30 % de leur chiffre d’affaires annuel sur cette période, ce n’est que 8 % pour Nysa, précise Louis de Montille. Ma foire n’a pas pour but de faire du volume et ne constitue pas une opportunité commerciale. Nos clients ont rarement des caves donc ils ne vont pas acheter pour stocker sur l’année. C’est un moment de rencontre où on peut parler du vin, mettre en avant une sélection spécifique. »


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