Economie

« L’Europe a autant besoin du gaz russe que Gazprom de clients européens »

A Moscou, le 16 avril 2021.

Alexeï Miller, inamovible patron de Gazprom depuis vingt ans et proche de Vladimir Poutine, se frotte les mains. Le géant gazier a annoncé, lundi 30 août, un bénéfice de 6 milliards d’euros au deuxième trimestre 2021 et le doublement de son chiffre d’affaires, pas vu depuis longtemps. Un retour à meilleure fortune puisque, en 2020, pénalisé par la crise sanitaire, il n’avait dégagé que 1,5 milliard de profits, près de neuf fois moins que l’année précédente.

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Gazprom a bénéficié de la forte hausse des prix du méthane… dont il est en partie responsable. Car sa politique restrictive s’est ajoutée à d’autres facteurs, comme la reprise mondiale, la hausse du pétrole, la flambée du gaz naturel liquéfié (GNL) et la reconstitution de stocks tombés au plus bas en dix ans pour une période estivale, pour faire exploser les cours. Et les tarifs réglementés de vente pratiqués par Engie en France : + 10 % en juillet, suivis de + 5,3 % en août et de + 8,7 % en septembre.

Marché volatil

Rien n’empêchait Gazprom de faire transiter plus de gaz par le « brotherhood », le « tuyau » l’acheminant vers l’Europe à travers l’Ukraine. Rien, sinon la volonté de Moscou de ne pas faire ce cadeau à Kiev, tenté de rallier l’Union européenne et en guerre depuis 2014 avec les séparatistes du Donbass soutenus par la Russie. Car plus de gaz en transit, c’est davantage de royalties dans les caisses ukrainiennes. Et, surtout, la preuve que le gazoduc Nord Stream 2, construit sous la Baltique pour alimenter plusieurs pays européens, n’est pas nécessaire. Or la Russie se bat depuis trois ans pour achever son projet. Il doit aboutir en 2021 après la levée du veto américain, à moins que Bruxelles n’en bloque l’exploitation.

L’Europe, dont les réserves diminuent, ne s’approvisionne pas qu’en Russie. Mais le pays assure un tiers de sa consommation et reste son premier fournisseur. « Le seul capable de mettre de manière sûre des volumes supplémentaires à disposition de ses clients en Europe », répètent les dirigeants de Gazprom. Pour montrer les avantages des gazoducs et des contrats à long terme, ils profitent aussi du marché volatil et concurrentiel du GNL, où les méthaniers venus du Qatar, d’Australie ou des Etats-Unis peuvent se détourner du jour au lendemain de l’Europe et approvisionner des clients plus offrants, souvent chinois.

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Mais l’Europe a autant besoin du gaz russe que Gazprom de clients européens lui assurant la plus grosse part de ses revenus. Trop peu diversifiée, la Russie reste dépendante de sa rente gazière et pétrolière. Le couple Poutine-Miller a toujours su − en dehors des « guerres du gaz » avec l’Ukraine − ne pas aller trop loin.


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