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La culture cheval du Costa Rica

Quand on pense au Costa Rica, en Amérique centrale, on pense à une variété de couleurs, aux papillons et aux oiseaux. Au point qu’un roman,   le perroquet qui m’aimait de Joanna Burger (Plein Jour), met en scène une scientifique qui adopte Tiko, un perroquet du Costa Rica, amazone à lores rouges. Elle regarde vivre ce volatile qui tombe amoureux d’elle et construit des nids partout dans la maison. Il vient de la forêt  majestueuse, sèche, humide et ourlée d’une mer de nuages. Au Costa Rica, dans le Monteverde, on fait de la tyrolienne, on se promène sur les passerelles suspendues où les singes hurleurs sautent de branche en branche. Ce pays est un paradis, de l’océan Pacifique à la mer des Caraïbes où l’on va trouver de la plage bleu curaçao, de la jungle vert émeraude, des volcans bouillonnants et surtout, des haciendas et des fincas où la passion du rodéo est élevée au rang d’art. Dans une même journée, on passe d’un paysage de forêt à une plage de carte postale. Les Costariciens, dits Ticos (comme Tiko le Perroquet), descendent des premiers colons espagnols. Ils vénèrent la Negrita, Vierge miraculeuse et patronne du pays. Ils aiment les chevaux, de père en fils et de mère en fille. Riche de ses traditions équestres ancestrales, le pays est le fief des derniers cowboys et cowgirls du territoire. C’est dans le Guanacaste, l’une des sept provinces du pays que les pâturages et les élevages de bétail sont le plus vivaces ainsi que la culture sabanero. Au Costa Rica, le cheval est emblématique, on en croise sur les routes, doublés par un truck aux chromes rutilants, dans les champs et jusque dans la bijouterie où le crin est recherché. On y monte des chevaux de race ibéro-américaine (père andalou, mère criollo) appréciés pour leur endurance et leur bon caractère. Il y a peu de femmes sabaneros mais il y en a, se frayant une place dans ce monde d’hommes. Comme eux, elles sont en jean, santiags, portent une chemise à rivets et un chapeau aux bords retroussés. Coquettes, elles suivent la mode sur Instagram et frondeuses, se lancent dans des compétitions de course au baril à l’étranger. Réservée aux femmes, cette discipline de vitesse et de dextérité consiste en un galop autour de tonneaux. Chaque baril renversé ajoute une pénalité de temps. Ces Calamity Jane des temps modernes ont leur propre hacienda, qu’elles gèrent d’une main de fer, les plus jeunes vivent d’autre chose, pharmaciennes ou thérapeutes, elles s’adonnent aux joies du rodéo (les «  topes  » et les «  montaderas  ») le week-end. Traditionnellement, les hommes sabaneros ont deux métiers, robotisation oblige, les fermes n’ont désormais besoin d’eux que pour les tâches difficiles, entretien du ranch, travail dans les champs avec les bœufs et les taureaux. Les femmes sabaneros sont traditionnellement à la cuisine, à la supervision et à la production. Et elles montent, pour le plaisir et le show. Le western à l’heure espagnole. Hola, chicas  !

Emilia, maîtresse femme à la tête de la finca Emilio

A la Maison de la culture, association culturelle pour préserver la culture et l’architecture située dans le quartier El Ceros de Liberia, on nous aura expliqué le quotidien des sabaneros, leurs difficultés pour vivre aujourd’hui de leur savoir-faire et leurs fêtes, dont le Dia del Sabanero au mois d’octobre. Dans le Guanacaste, il y a une trentaine de grandes haciendas. C’est à Quebrada Grande de Liberia que vit Emilia Leiba, 64 ans, deux fois grand-mère. La ferme portait déjà le nom de San Emilio lorsque son père l’a achetée. La finca au patio ensoleillé est au bout d’un long chemin de terre. Rustique mais moderne, équipée de la fibre. Hyper connectée, Emilia a le portable dans la poche révolver et parle avec fierté de ses éoliennes et de la reforestation. Elle nous raconte ses journées en servant le petit déjeuner à base de fruits et de riz aux haricots noirs, le plat national. Chaque matin, Emilia se lève à quatre heures, le vacher arrive dans le coral pour le nettoyer. Elle orchestre, supervise, c’est le travail invisible mais capital de la femme. Deux sabaneros travaillent ici en permanence et des saisonniers viennent entretenir avec eux le jardin, couper du bois et redresser les clôtures souvent malmenées par les coyotes. Sans ce personnel, le ranch ne survivrait pas. Le vétérinaire vient chaque jour voir si la trentaine de vaches est en bonne santé puisque la finca vit de la production et de la vente de lait. Le camion citerne passe tôt le matin, pour le compte de Dos Pinos, la plus grande coopérative du pays qui exporte le lait en Amérique Centrale, Amérique du Sud, au Guatemala, au Panama et en République Dominicaine. Emilia cuisine pour les gens de la maison avec une aide ménagère et fabrique du fromage. Seule femme propriétaire d’une finca dans tout le pays, elle étonne et reçoit des propositions de coups de main, comme si elle ne savait pas s’y prendre. Elle n’est pourtant pas seulement la fille de son père. Nous allons ensuite dans une finca voisine, la finca San Martini où Laura, 85 ans, petit bout de femme à la longue tresse blanche nous montre comment elle prépare les tortillas au maïs cuites au feu de bois. Laura danse le bolero, brode des nappes et cuisine. Dans sa modeste demeure peinte en bleu, on voit des photos d’elle jeune avec son époux.

Adriana, rodéo-girl et équithérapeute

Pour aller voir Adriana Pena, 33 ans, dans son ranch à Canas Dulce de Liberia, nous passons devant l’école d’application du quartier de Los Angeles. Une longue et jolie murale retrace l’histoire de Liberia depuis l’arrivée des conquistadors espagnols au XVIe siècle. Adriana, jolie brune au regard pétillant, vient à notre rencontre et nous emmène à l’écurie. Ses deux chevaux attitrés, Oran Alazana et El Jacote ne sont pas là mais vers chez elle. Sa passion du cheval lui vient de son grand-père et c’est son frère qui l’a initiée au rodéo. Elle avait sept ans quand elle a commencé à monter. Elle sourit tout le temps, Adriana, et son visage s’illumine particulièrement lorsqu’elle s’installe sur une botte de paille pour nous parler des compétitions. Elle a gagné quatre ceintures et participé à des compétitions internationales à Cuba, au Nicaragua et à Panama. Au mois d’août, elle participera à San Carlos, une compétition importante. Il y a beaucoup de femmes lors de ces rencontres mais le double d’hommes. Un univers macho, dit-elle. A cause de cela, elle a divorcé et élève seule ses deux enfants. Psychothérapeute de métier, elle a ajouté une corde à son arc en proposant à l’hôpital où elle travaille auprès des adultes et des ados une nouvelle discipline  : l’équithérapie, le cheval devenant un vecteur de réconciliation et de réconfort envers soi-même. Mais à 33 ans, on est surtout une jeune femme coquette et Adriana repère des modèles de vêtements sur Instagram qu’elle fait réaliser par une couturière dans le coloris de son choix. La sabanero girl sera belle ou ne sera pas.

Maria-José, rodéo-girl et pharmacienne

C’est à 1,5 km au nord de El Triunfo, à l’hacienda El Aromal que nous rencontrons Maria-José Rivas, 31 ans. Une plastique de top model, un sourire de publicité pour dentifrice, Maria-José nous reçoit dans la hacienda familiale en compagnie de sa sœur Laura, de sa mère et de son grand-père. C’est une famille aisée où l’on est avocat ou pharmacien et on l’on parle un anglais parfait. Elle nous montre ses trophées, les ceintures de la victoire au baril gagnées en Colombie et au Costa Rica puis nous emmène faire le tour du propriétaire où paissent les chevaux. La maman est en cuisine et prépare le déjeuner. La belle Maria part se changer pour la séquence photos en tenue traditionnelle et une démonstration de manège au pas et au trot. Ayant grandi dans cette hacienda, Maria a toujours eu la passion du cheval mais n’a pas voulu en faire un métier, plutôt un loisir. Il y a cinq ans, son mari rencontré lors d’une parade, faisait déjà du rodéo, et l’y a sensibilisée. Ils participent ensemble à des compétitions. Forte de six cent vaches et vingt cinq chevaux, l’hacienda propose des journées portes ouvertes avec des balades à cheval, de la tyrolienne dans la canopée, et un déjeuner à la maison ou dans le mirador. C’est vraiment à faire, pour l’immersion totale dans le Costa Rica authentique. Gracias  !

Plongée dans un bain de nature

L’expérience du pont suspendu, Sky Walk Adventures, dans le Monteverde, plusieurs passerelles au-dessus du vide, permet de s’enfoncer dans la jungle qui sent bon le sous-bois et les traces des singes hurleurs. Il ne faut pas s’égarer du sentier sous peine de se trouver nez à nez avec un serpent ou une tarentule mais cela, le guide l’anticipe. Les plus téméraires feront de la tyrolienne après être montés au sommet de la montagne en télécabine. Belle vue sur la mer de nuages. A trois heures de route de là, autre décor, cette fois, la côte Pacifique avec des plages de rêve auxquelles on accède par des chemins escarpés. Autant dire qu’on a la plage pour soi. Changement de cadre avec une excursion dans le volcan, une belle balade qui permet de découvrir les oiseaux et les cratères, certains bouillonnants, d’où ce spectacle étonnant de roche brune, de verdure et de vapeurs laiteuses. Enfin, nous embarquerons pour le vol de retour après une demi-journée vers San José, à la réserve d’animaux Zooave où nous découvrirons toute la faune du Costa Rica. Mention spéciale pour la zone dédiée aux perroquets où nous retrouvons des dizaines de Tiko, le héros de Le perroquet qui m’aimait, qui se nourrit de fleurs et de fruits, des papayers, des arbres à pain, des pommes à coque. «  Les tribus d’Amérique centrale  », nous apprend le roman, «  croient que si les perroquets parlent, c’est parce qu’ils ont une âme humaine  ». Au Costa Rica, tout est possible.

Remerciements à Costantino Carabaguiaz, Costastravel, guide touristique. Photos Brice Charton

Carnet Pratique :

Y aller  : vol direct Paris-San José avec Air France et vols Paris-Madrid/ Madrid-San José avec Iberia. Environ 14h. A partir de 509 €.

Y séjourner

  • -Boutique hotel Fondavela à Monteverde. Des maisonnettes en pleine forêt, pour un bain de chlorophylle et de calme. 106€ par nuit et par personne, petit déjeuner inclus.
  • -Hôtel Bosque del Mar à Playa Hermosa. Une infrastructure moderne, haut de gamme, dans la nature et au bord de la mer. Jardins tropicaux et restaurant gastronomique. 137€ la chambre double avec petit déjeuner.

Shopping  :

  • -Folk crin à Liberia  : des bijoux en crin de cheval à petits prix faits maison. Montres, bracelets, BO et colliers.
  • -El Jardin Liberia  : un grand magasin où trouver souvenirs et cadeaux de bonne qualité. Des hamacs colorés et solides, des lots tee-shirts et casquettes bien coupés. De la déco.

A lire  : Guides Voir Costa Rica (Hachette). Des dessins et des plans en 3D, beaucoup de photos, de longs chapitres sur la faune et la flore.

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