Economie

A Melun, l’arrivée du passe sanitaire pour les salariés, entre « confiance » et « tensions inévitables »

Un serveur contrôle le passe sanitaire de clients d’un restaurant, à Paris, le 9 août 2021.

Dans le centre-ville de Melun (Seine-et-Marne), le patron de la brasserie Le Francilien soupire : pour lui, « la rentrée n’a pas vraiment commencé ». La place Saint-Jean est presque vide, dans la matinée du lundi 30 août, et la grande roue installée pour l’été ne tourne plus.

Le retour progressif de la clientèle laisse aux professionnels le temps de s’adapter à de nouvelles règles : depuis lundi, la présentation d’un passe sanitaire valide (schéma vaccinal complet, test virologique négatif de moins de soixante-douze heures ou certificat de rétablissement) est obligatoire pour tous les salariés des établissements dans lesquels le document était déjà demandé aux visiteurs.

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Si les clients du Francilien sont systématiquement hélés à leur arrivée et leur QR code examiné, il n’y a pas eu de vérification de celui du personnel avant la prise de service. « Vous voulez que je contrôle qui ? lance le gérant qui, faute de donner son véritable nom, nous propose de l’appeler Joseph. Je suis tout seul avec un serveur et un aide en cuisine. Ils sont vaccinés, on se fait confiance. »

Joseph espère un retour dès le lendemain d’une serveuse de son équipe, qui a posé un jour de congé après avoir reçu sa deuxième injection. Il n’attendra pas les sept jours de délai obligatoire après la deuxième dose pour obtenir le passe en bonne et due forme. « Je n’ai pas le choix, je ne trouve personne pour la remplacer », justifie-t-il. Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, s’est engagé, dimanche, à ce que l’entrée en vigueur de la mesure démarre par une semaine « de souplesse, de pédagogie, de rodage, de tolérance », et il a écarté des sanctions immédiates.

« En cas de contrôle de police, on sera en règle »

Derrière le bar du Bistrot français, quelques rues plus loin, Erwan Khettab a, lui aussi, repris le service deux jours après avoir reçu sa seconde dose. Juste à temps pour être en règle lorsque les contrôles deviendront plus stricts, à partir du 6 septembre. En face du restaurant, de grandes banderoles accrochées à la façade de l’hôtel de ville affichent le slogan « Mieux vaut être vacciné que confiné ». Embauché depuis trois mois, lui « ne voulait pas risquer de perdre son boulot ». « On a des enfants à nourrir », enchérit l’un de ses collègues en s’affairant à la machine à café. Lundi matin, en salle comme en cuisine, les quatre employés n’ont pas eu besoin de sortir leur attestation. « On en a discuté entre nous, tout le monde est vacciné, explique Erwan Khettab. En cas de contrôle de police, on sera en règle. C’est le principal. »

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Les vingt-six salariés du Musée de la gendarmerie nationale de Melun, sous la tutelle du ministère de l’intérieur, ont dû faire preuve d’un peu plus de formalisme. Ici, le passe sanitaire est obligatoire pour toute personne en contact avec le public, mais il n’est pas demandé aux employés de bureau. C’est également le cas dans les cinémas, théâtres, bibliothèques, parcs d’attractions et entreprises de transport où l’obligation est aussi instaurée.

« La direction a vérifié tous les passes la semaine dernière », assure Magali Dufour, responsable de la communication du musée. Les salariés étaient tous vaccinés à temps, le passe ne sera plus demandé sauf si les règles actuelles, en vigueur jusqu’au 15 novembre, sont modifiées. Dans l’équipe, deux militaires – seuls à ne pas être des employés civils – ont reçu, eux, une instruction du service de santé des armées les obligeant, comme une grande partie de l’armée française, à recevoir leurs deux injections avant le 15 septembre.

« Les vraies difficultés arrivent dans les prochaines semaines »

A Melun, l’employeur confronté à la gestion du plus grand nombre de passes sanitaires parmi son personnel s’est trouvé être la mairie : environ 190 fonctionnaires, sur le millier embauché par la collectivité, doivent s’y soumettre. « Les débats avec les syndicats ont été longs, c’est un sujet qui pose de multiples questions au quotidien », témoigne Marie-Liesse Dupuy, adjointe au maire de Melun, notamment chargée du dialogue social au sein du personnel communal.

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Plusieurs rencontres du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail ont été nécessaires pour constituer un protocole. Les chefs de service effectuent une vérification hebdomadaire des passes. Seule la direction des ressources humaines est habilitée à consulter une liste complète de la situation des agents, sur laquelle figure seulement la validité (ou non) de l’attestation, sans préciser si le salarié est vacciné ni s’il s’est soumis à un test de dépistage. En conformité avec le règlement général de protection des données européen, aucune donnée de santé n’est conservée.

« Une minorité » des équipes n’est pas vaccinée, selon la mairie. « Nous n’allons mettre personne sur le banc de touche », assure Mme Dupuy, qui veut faire preuve de « souplesse » et multiplier les rencontres avec chaque agent sans passe valide avant d’éventuelles sanctions. « L’année a été compliquée pour tout le monde et le passe sanitaire est créateur de tensions inévitables », affirme l’élue, pour qui « les vraies difficultés arrivent dans les prochaines semaines ». Au début d’octobre, la fin de la gratuité des tests virologiques va restreindre, pour certains salariés, l’accès à une alternative à la vaccination contre le Covid-19, les contraignant à recevoir une injection où à risquer la suspension de leur contrat de travail.


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