Santé

Pourquoi les animaux carnivores sont une bombe à retardement pour les épidémies


Les animaux carnivores auraient un système immunitaire déficitaire, ce qui permettrait aux agents pathogènes de se développer incognito et d’acquérir des mutations potentiellement dangereuses et transmissibles à l’Homme.

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En décembre 2020, la France a abattu la totalité des visons présents dans un élevage d’Eure-et-Loir suite à la découverte d’une contamination au SARS-CoV-2. Au Danemark, ce sont plus de 17 millions de visons qui ont dû être abattus suite à la découverte d’une mutation dangereuse et transmissible à l’Homme. Et ce n’est pas un hasard. Selon un rapport de l’OMS Europe, « il existe un risque élevé d’introduction et de propagation du virus de la Covid-19 à partir des élevages d’animaux à fourrure ». Une autre étude de Science explique que le vison ou le chien viverrin (surtout élevé en Chine) pourrait être l’hôte intermédiaire entre la chauve-souris et l’Homme pour la transmission du coronavirus SARS-CoV-2. Mais pourquoi ces animaux sont-ils particulièrement à risque ?

49 % de toutes les espèces de carnivores sont porteuses d’un ou de plusieurs agents zoonotiques uniques

Une nouvelle étude parue dans la revue Cell Reports apporte un éclairage inédit sur ce mystère : les animaux carnivores auraient un système immunitaire défectueux, ce qui en ferait des réservoirs parfaits pour toutes sortes d’agents pathogènes. « 49 % de toutes les espèces de carnivores (vison, chiens, chats…), soit la plus forte proportion de tous les genres de mammifères, sont porteuses d’un ou de plusieurs agents zoonotiques uniques », explique Clare Bryant, chercheuse en médecine vétérinaire à l’université de Cambridge et auteure principale de l’article.

Les chiens et chats sont ainsi couramment porteurs asymptomatiques de salmonelle, et plusieurs cas d’animaux domestiques contaminés au SARS-CoV-2 ont été rapportés durant la pandémie. « Nous avons donc cherché à savoir si c’est parce que les carnivores sont un vaste groupe d’animaux abritant de nombreux agents pathogènes, de sorte qu’ils sont porteurs proportionnellement plus de zoonoses, ou s’il existe d’autres facteurs tels que les différences dans le système immunitaire ».

Une absence de réponse inflammatoire

En comparant la distribution et l’évolution des gènes de l’inflammation chez les carnivores, les chercheurs ont constaté qu’au cours de l’évolution, trois gènes clés responsables de l’inflammation intestinale ont perdu progressivement leur capacité fonctionnelle chez ces derniers. Or, ces gènes activent des complexes protéiques appelés inflammasomes, qui, en réponse à la détection d’agents microbiens, déclenchent la sécrétion de cytokines pro-inflammatoires, ainsi qu’une mort cellulaire programmée appelée pyroptose, chargée d’éliminer rapidement les agents infectieux. « L’absence de ces gènes fonctionnels favorise la capacité des agents pathogènes à se cacher sans être détectés chez les carnivores, à muter potentiellement et à se transmettre, devenant un risque pour la santé humaine », énumère Clare Bryant.

Un régime riche en protéines aurait un effet naturel antimicrobien

Mais comment font ces animaux pour ne pas eux-mêmes tomber malades ? Les chercheurs suggèrent qu’un régime riche en protéines, comme le régime carnivore, aurait des propriétés antimicrobiennes, ce qui compenserait la perte d’immunité induite par l’absence d’activité des gènes.

Faut-il alors se débarrasser de nos chats, chiens et autres furets ? Pas forcément : « Ce n’est que lorsqu’un grand nombre de carnivores sont maintenus ensemble qu’un réservoir d’agents pathogènes peut s’accumuler parmi eux et potentiellement muter », rassure Clare Bryant. En d’autres termes, ce sont surtout les élevages de visons ou éventuellement de gros élevages de chiens qui présentent un risque de zoonose. Il n’empêche que le risque n’est pas nul : en 2018, un patient a été infecté par un coronavirus canin recombiné, et a développé une pneumonie atypique.

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