Economie

l’extension de Port-la-Nouvelle, chantier pharaonique et contesté

Par

Publié aujourd’hui à 15h00

Assis sur le quai, les pêcheurs, stoïques, couvent leurs lignes des yeux. Le bruit et le va-et-vient incessant des navires qui participent à la construction de trois kilomètres de nouvelles jetées ne semblent pas les gêner. « On se croirait sur la Seine », plaisante l’un. « Le bruit, ça attire les poissons », prétend un autre. Une centaine de mètres plus loin, une tractopelle s’active depuis une plate-forme flottante. Tel un animal au long cou, son bras articulé plonge régulièrement dans l’eau et en ressort d’énormes rochers entre ses mâchoires.

Mathieu, 39 ans, l’un des neuf pêcheurs indépendants de Port-la-Nouvelle, se dit inquiet et stressé par la fermeture de l’actuelle entrée du port et la longueur de la nouvelle route qu’il devra emprunter pour sortir en mer. A Port-la-Nouvelle (Aude), le 9 juillet 2021.

Le chantier de Port-la-Nouvelle (Aude), une petite station balnéaire populaire et atypique de 5 700 habitants et un port industriel d’importance moyenne à l’échelle française, s’annonce pharaonique. Près de la nouvelle route qui longe la réserve naturelle de Sainte-Lucie s’élève une colline d’énormes blocs de béton, des tétrapodes en attente d’être immergés. Des millions de tonnes de matériaux sont nécessaires pour bâtir le futur port : ses deux digues interminables, ses quais renforcés, ses nouvelles plates-formes de stockage…

La superficie des installations attenantes au port doit quadrupler. La profondeur des bassins doit doubler et passer de 8,60 mètres à 16 mètres de hauteur d’eau. Ils pourront ainsi accueillir des navires deux fois plus gros – de 145 mètres de long aujourd’hui à 225 mètres demain –, capables de transporter jusqu’à 80 000 tonnes de marchandises. Environ dix millions de mètres cubes de sable et de vase vont être extraits.

« Des emplois et du bonheur »

Le port, qui gère deux millions de tonnes de trafic par an, en espère le double grâce à l’agrandissement. Lors de l’enquête publique menée en 2018, la région Occitanie, propriétaire du port, a mis en avant le maintien ou la création de 1 700 à 1 800 emplois pendant le temps du chantier et d’environ 800 grâce au futur surcroît d’activités du port. Selon elle, 22 % des habitants vivent ici sous le seuil de pauvreté, le taux de chômage s’élève à 29 %.

Romain et Viny, 18 et 19 ans, restent chaque été dans leur ville de Port-la-Nouvelle (Aude) pour des jobs saisionniers. Les jeunes voient d’un bon œil l’extension du port de commerce, espérant une potentielle hausse de l’activité économique. Ici, le 9 juillet 2021.

Henri Martin (DVD), le maire de la ville, croit dans le projet. « C’est un pari basé sur une vision optimiste de l’avenir, ça va créer des emplois et du bonheur, promet-il. Est-ce qu’on va gagner de l’argent ? Je ne sais pas. Mais quand il y a une mare, il peut venir des grenouilles… De toute façon, le port, ou on le fait évoluer, ou il est fichu, et on est morts. » Ses administrés ont approuvé le projet à 85 % en 2014. Lui qui en est à son cinquième mandat ne les a pas sondés depuis. Moyennant dédommagement, les pêcheurs ne trouvent rien à redire à haute voix au chantier.

Il vous reste 74.12% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.


Source link

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page