Economie

A Nantes, la crise des vocations en Ehpad n’est plus une fatalité

Par

Publié aujourd’hui à 09h24, mis à jour à 09h53

« Tu veux bien m’aider ? On y va ! Un, deux, trois ! » : les deux blouses blanches redressent la frêle silhouette de Madeleine D., 99 ans, dans son fauteuil roulant. Par l’ascenseur puis le long couloir jusqu’à la grande salle qui donne sur le parc, le trio arrive avant le chariot des petits gâteaux pour l’heure du goûter. Le tandem Agnès Janeau et Patricia Thibaud a commencé sa journée à 7 h 45. Cette fin juillet, pour lever, doucher, aider à se laver, habiller 70 résidents, elles étaient cinq : quatre aides-soignantes et Patricia Thibaud, « volante ». « En renfort sur tous les étages, sans cesse à cavaler, dit-elle, sans se plaindre. Ah ! les escaliers, ça y va ! »

A 57 ans, teint hâlé, yeux noisette, masque orange sur le nez, Patricia est encore une novice dans l’ancien couvent de Notre-Dame-du-Chêne. Dans l’immense bâtisse du XIXe siècle – reconvertie en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) par le groupe VYV 3, la quinquagénaire embauchée au printemps est surtout une exception. Elle est la seule agente d’accompagnement de l’établissement. A ne pas confondre avec les agents de soins, encore moins les aides-soignantes.

« Elle nous accompagne pour les prises en charge les plus difficiles », explique Agnès Janeau, aide-soignante et tutrice de Patricia. « Elle intervient aussi auprès des résidents les plus autonomes. Ce qui nous laisse du temps pour mieux nous occuper des autres », ajoute Maxime (le prénom a été modifié), un agent de soins.

Patricia Thibaud, agente d’accompagnement, dans l’Ehpad Notre-Dame-du-Chêne, à Nantes, le 29 juillet 2021.

« Méconnaissance du métier »

Après « seize ans dans la vente », Patricia en a « fait le tour ». En 2019, elle démissionne puis pousse la porte de Pôle emploi, qui, en janvier 2020, lui propose de suivre une formation pour travailler en Ehpad. « Je n’aurais jamais pensé à ce travail, confie-t-elle, si on ne m’avait pas proposé cette formation. » Elle qui veille sur sa maman en maison de retraite se laisse tenter. Après six semaines de stage, dont deux en immersion dans l’Ehpad, l’ancienne vendeuse est embauchée, en avril. « Je me sens épanouie dans ce job, heureuse d’être au service des personnes âgées pour leur confort et leur bien-être. »

Former avant de recruter : la solution semble évidente. Elle est quasi expérimentale en Ehpad. Hormis les aides-soignantes ou les infirmières, tous les profils apprennent le métier sur le tas, sans qualification spécifique. Certains agents de soins finissent même par « faire fonction » d’aide-soignant sans avoir le diplôme. « Parfois, ça fait mal au cœur de voir des gens sans expérience s’occuper des personnes âgées, observe Agnès Janeau. Patricia est motivée. On sent qu’elle en veut, ça donne envie de l’aider. »

Il vous reste 64.43% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.


Source link

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page