Technologie

la folle histoire d’un logiciel qui a changé le monde

Joyeux anniversaire Linux ! Il y a 30 ans jour pour jour, Linus Benedict Torvalds publie un message historique sur un newsgroup consacré à l’OS Minix. « Je crée un système d’exploitation libre (c’est juste un hobby, ce ne sera pas gros et professionnel comme GNU). J’y travaille depuis le mois d’avril, et il commence à être prêt ».

Quelle modestie : Torvalds ne se doutait pas à l’époque que Linux, cet OS qu’il développait par passion pour les processeurs x86, deviendrait en quelques années une brique essentielle de l’informatique moderne. Car aujourd’hui, Linux est partout. Il est au cœur de l’ensemble des smartphones Android. Il anime une bonne partie des serveurs, la quasi-intégralité des supercalculateurs… On le trouve aussi dans d’innombrables appareils électroniques ou des ordinateurs embarqués. Il n’y a guère que sur le poste de travail –nos bons vieux ordinateurs personnels- qu’il n’a jamais vraiment décollé : malgré d’excellentes distributions gratuites (Mint, Ubuntu…), GNU/Linux reste un système prisé des geeks et des développeurs, mais peu du grand public.

Le hobby d’un étudiant solitaire

Son succès incroyable, Linux le doit avant tout à la personnalité de celui qui l’a conçu. Torvalds, brillant nerd finlandais qui le 2 janvier 1991, à 21 ans, acheta un PC flambant neuf (33 Mhz, 4 Mo de Ram…) à crédit grâce à ses menues économies. Le PC était livré avec DOS, l’OS de Microsoft. Mais Torvalds le remplaça illico par Minix, une variante d’Unix. Comme il le raconte dans son excellente autobiographie, Il rencontra toutefois des problèmes avec une application de Minix, son émulateur de terminal, qu’il utilisait pour se connecter via un modem au serveur de l’université d’Helsinki.

Lui prit alors l’idée qui allait le conduire à la création de Linux : plutôt que de créer un autre émulateur de terminal pour l’OS Minix, Torvalds décida de le développer au niveau du matériel. Une tâche dantesque, puisqu’il devait du coup apprendre comment le processeur de son ordinateur fonctionnait. « C’était l’hiver à Helsinki, j’avais un ordinateur incroyable. Le plus important dans mon projet, c’était de comprendre comment marchait cette machine et de m’amuser avec ».

Il parvint ainsi en quelques semaines à créer son émulateur de terminal en assembleur, après avoir pénétré les arcanes de l’architecture x86. Mais il eut rapidement envie d’étendre les fonctions de son programme. « Je voulais pouvoir enregistrer des choses sur le disque. Pour cela, mon émulateur de terminal nécessitait un pilote pour le lecteur de disquettes. Il avait aussi besoin d’un pilote pour système de fichiers » écrit-il. Un travail de titan. « A un moment, j’ai réalisé que mon programme accumulait tant de fonctions qu’il s’était métamorphosé en un nouveau système d’exploitation en devenir ».

Ce sera Linux : programme par programme, Torvalds crée au fil des mois un système de toutes pièces… qui était cependant loin de tourner parfaitement. « Il fonctionnait comme un Unix estropié » avoue-t-il dans son livre. Un fois Bash porté sous Linux, il prend alors une mesure radicale : il décide de distribuer gratuitement son programme sur un serveur FTP. Cette version 0.01 a été livrée le 17 septembre 1991. « Je l’ai fait principalement pour montrer que ce n’était pas bidon, que j’avais vraiment créé quelque chose ».

Du projet solo au plus important des logiciels

Malgré ses énormes bugs de jeunesse, Linux a très rapidement rencontré le succès. Dès janvier 1992, de nombreux utilisateurs de Minix switchaient déjà vers l’OS gratuit de Torvalds, passionnés par ce projet qui faisait souffler un vent d’air frais sur l’informatique. D’autant que Linus décida rapidement d’opter, à partir de la version 0.12, pour la licence GNU GPL. Linux était devenu officiellement un logiciel libre. Dès 1993, plus d’une centaine de développeurs de par le monde aidaient déjà Torvalds à développer son kernel (ils sont aujourd’hui des milliers). Les premières « distributions » intégrant le noyau Linux, les programmes GNU, une interface graphique et de nouveaux outils virent le jour à la même époque, comme Slackware, puis Debian.

Dans la seconde moitié des années 90, Linux est également adoubé par la plupart des géants de l’informatique avec l’émergence du mouvement open source : partager du code ouvert, profiter de la gratuité de Linux, participer à son amélioration est pour les entreprises un excellent moyen d’innover plus vite… et de gagner de l’argent.

Le témoin le plus spectaculaire de cette stratégie, c’est sans conteste IBM, qui, en 2000, choisit d’embrasser Linux pour l’ensemble de ses serveurs et logiciels, avant d’y investir pas moins d’un milliard de dollars. D’innombrables entreprises suivront son exemple pour intégrer Linux, un logiciel fiable, sécurisé et gratuit dans leurs produits, du serveur au lecteur MP3 en passant par les ordinateurs embarqués dans les voitures…

Aujourd’hui, la Linux Foundation compte dans ses rangs (presque) toutes les entreprises les plus innovantes du monde, de Google à Facebook en passant par Samsung ou Huawei. Même Microsoft, l’ennemi juré du logiciel libre dans les années 90, a changé son fusil d’épaule pour embrasser Linux ! 

30 ans après son lancement, ce projet fou d’un seul homme est devenu le plus important logiciel au monde. Et ce n’est qu’un début, comme le rappelait en 2016 Jane Silber, ancienne patronne de Canonical : « avec les progrès exponentiels du machine learning, les sociétés du futur s’appuieront demain encore plus sur les logiciels pour leurs besoins quotidiens. Et je suis heureuse que cela se fasse grâce à des programmes partagés, gratuits pour tous, et qui peuvent être examinés et améliorés par quiconque. L’intérêt public dépend de l’innovation privée et le fait que Linux existe permet de voir l’innovation arriver de partout. » Merci, monsieur Torvalds ! 

Ndr : cet article est une mise à jour d’un article publié à l’occasion des 25 ans de Linux.


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