Santé

Un anticorps hautement neutralisant capable de s’attaquer à tous les variants du SARS-CoV-2


Deux nouveaux anticorps neutralisants, découverts par deux équipes distinctes, sont de taille face aux variants du coronavirus ! L’un d’entre eux est même capable de neutraliser tous les variants testés par les scientifiques.

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  Sans jamais avoir été infectées, certaines personnes présentent des anticorps réagissant à la protéine de pointe du SARS-CoV-2. Cela concerne plus particulièrement les enfants, très exposés aux divers virus saisonniers, et suggère l’existence d’une immunité croisée. Peut-on alors espérer qu’attraper un bon rhume nous préserve de l’infection à la Covid-19 ? 

On dénombre actuellement quatre variants d’inquiétude (VOC) et quatre variants d’intérêt (VOI) du SARS-CoV-2. Ces variants ont en commun une transmission accrue et une résistance partielle aux vaccins et à certains traitements à base d’anticorps. Alors que la pandémie ne ralentit pas, d’autres émergeront dans le futur.

Pour faire face à ce problème, la Haute Autorité de santé préconise l’injection d’une troisième dose vaccinale pour les 65 ans et plus, et celles et ceux qui ont un risque important de déclarer une forme grave de la Covid-19. La troisième dose devra être espacée d’au moins six mois de la deuxième. Mais ce n’est pas la seule stratégie en cours d’investigation.

Deux publications, parues à quelques jours d’écart dans Immunity, présentent chacune un anticorps hautement neutralisant efficace contre les variants du SARS-CoV-2.

Cibler une région conservée de la protéine S

Le premier anticorps monoclonal, appelé SARS2-38, a été isolé par une équipe de la Washington School of Medicine. Il est le seul, parmi les 43 isolés du sérum de souris immunisées avec le receptor binding domain (RBD) du coronavirus, à conserver son activité neutralisante pour tous les variants. En effet, SARS2-38 se fixe avec une grande affinité sur une partie du RBD, la région de la protéine S en contact physique avec le récepteur ACE2, qui varie très peu entre les variants. Ainsi, même si de nombreux variants possèdent une ou plusieurs mutations dans le RBD, l’efficacité de SARS2-38 n’en est pas affectée.

Les scientifiques ont démontré que SARS2-38 peut neutraliser tous les variants testés in vitro, à savoir les variants majeurs Alpha, Bêta, Delta et Gamma et d’autres variants mineurs comme les variants Iota et Kappa. Des expériences sur les souris ont aussi mis en avant sa capacité à endiguer l’infection dans une stratégie prophylactique ou thérapeutique.

« Cet anticorps est à la fois hautement neutralisant (ce qui signifie qu’il fonctionne très bien à de faibles concentrations) et largement neutralisant (ce qui signifie qu’il fonctionne contre tous les variants). C’est une combinaison inhabituelle et très souhaitable pour un anticorps. En outre, il se lie à un point unique sur la protéine de pointe qui n’est pas ciblée par d’autres anticorps en cours de développement », explique Michael S. Diamond, directeur de cette étude.

Un second candidat hautement neutralisant

Le second anticorps monoclonal, isolé par une équipe japonaise, a été obtenu par un processus similaire. NT-93 est aussi largement neutralisant contre le SARS-CoV-2 et ses variants, mais aussi le SARS-CoV-1. Il se fixe sur le RBD, mais pas tout à fait de la même façon que SARS2-38. Les analyses cristallographiques révèlent que la chaîne lourde de NT-93 reconnaît une région hors du receptor binding site (RBS), un sous-domaine du RBD ; tandis que la chaîne légère s’accroche au RBS de la même façon que le fait le récepteur ACE2. Cette double interaction élargit le pouvoir neutralisant de NT-93 au SARS-CoV-1 et aux variants du SARS-CoV-2.

Les scientifiques ont éprouvé l’efficacité de NT-93 chez des hamsters. Un traitement à faible dose réduit le nombre de virions et la morbidité chez les rongeurs.

Ce n’est pas la première fois que les anticorps monoclonaux démontrent un potentiel thérapeutique contre la Covid-19. Les bénéfices de ceux présentés ici doivent encore être confirmés chez l’être humain. Selon le site du ministère des solidarités et de la santé, ils « seront très prochainement disponibles en France ». Dans certains cas très particuliers, des anticorps monoclonaux sont déjà administrés contre la Covid-19. Ils sont envisagés comme complément des traitements déjà en place, ou de la vaccination.

Coronavirus : sur la piste des anticorps neutralisants pour traiter le Covid-19

Article publié le 21 avril 2020 par l’Inserm

Tandis que la réponse immunitaire est faible chez certains patients, elle est au contraire très forte chez d’autres qui produisent des anticorps neutralisant le SARS-CoV-2. Ce sont sur ces anticorps que travaille le laboratoire Immunologie humorale de l’Institut Pasteur (Paris) afin de débusquer le talon d’Achille du coronavirus et d’isoler des anticorps monoclonaux thérapeutiques, voire contribuer au développement d’un vaccin.  

Ouvrir la voie au développement d’un traitement et d’un vaccin contre le Covid-19 grâce à l’utilisation d’anticorps : tel est l’objectif du laboratoire Immunologie humorale (Inserm/Institut Pasteur, Paris) dirigé par Hugo Mouquet. Cette équipe étudie depuis des années la réponse immunitaire de notre organisme aux agents infectieux tels que le VIH-1, les virus des hépatites ou les virus émergents. Elle s’intéresse en particulier au rôle et au fonctionnement des anticorps. Dans le contexte de l’épidémie actuelle, elle applique son savoir-faire au SARS-CoV-2.

« Nous essayons de comprendre pourquoi certaines personnes développent une très bonne réponse immunitaire en produisant beaucoup d’anticorps capables de neutraliser efficacement le SARS-CoV-2, et d’autres pas. Quelles sont les cibles de ces anticorps sur le virus ? Comment bloquent-ils précisément le cycle viral ? Sont-ils capables de détruire des cellules infectées ? Pour répondre à ces questions, nous étudions les interactions moléculaires des anticorps avec le virus, mais aussi leurs propriétés antivirales », explique Hugo Mouquet, responsable du laboratoire.

Trouver le talon d’Achille du virus

L’objectif est de découvrir et de caractériser les anticorps les plus neutralisants, afin de pouvoir en produire et, éventuellement, de les utiliser comme médicament. Ce travail permet aussi d’identifier les sites de vulnérabilité du virus, « leur talon d’Achille », ce qui est très important pour le développement de vaccins.

Pour y parvenir, les chercheurs ont besoin d’anticorps monoclonaux, c’est-à-dire d’anticorps tous identiques, provenant d’un seul lymphocyte B. « Dans le sérum des personnes infectées par un virus, il existe des millions d’anticorps différents, dont plusieurs centaines dirigées contre l’agent infectieux en question. Chaque individu répond de façon unique à une infection, en produisant divers anticorps qui reconnaissent différentes composantes du virus (épitopes viraux). Mais la capacité d’un anticorps à reconnaître un virus ne signifie pas qu’il est capable de le neutraliser. Certains bloquent efficacement le virus, d’autres faiblement, et certains, pas du tout. C’est très difficile de s’y repérer dans cette soupe d’anticorps polyclonaux. Si on veut trouver les bons, il faut les obtenir individuellement à partir de lymphocytes B spécifiques, en travaillant avec un seul lymphocyte à la fois, puis les cloner pour les étudier les uns après les autres », poursuit le chercheur.

Quels sont ces anticorps à fort pouvoir neutralisant ? 

Son équipe dispose justement de prélèvements sanguins issus de patients en rémission du Covid-19. Ces échantillons sont transmis par des équipes hospitalières de l’hôpital Bichat à Paris, et de l’hôpital de Crépy-en-Valois via la cohorte Corser de l’Institut Pasteur. Les chercheurs vont en sélectionner 10 à 20, issus de patients qui ont produit des anticorps anti-SARS-Cov-2 de très grande qualité, possédant un pouvoir neutralisant même à très faibles doses. Ils en isoleront les lymphocyte B mémoires spécifiques du virus, en « capturant » ceux qui se fixent à une protéine de surface du SARS-CoV-2, la protéine Spike.

En l’absence de vaccins, ces anticorps pourraient même avoir une action prophylactique

Une fois qu’ils auront réussi à identifier les meilleurs anticorps neutralisants et les lymphocytes B qui les synthétisent, les chercheurs pourront en produire à l’identique et en grande quantité. Il s’agira alors d’anticorps monoclonaux dits « recombinants », c’est-à-dire générés par des cellules humaines en culture dans lesquelles les chercheurs auront introduit les séquences d’ADN codant pour ces anticorps, issues des lymphocytes B des patients.

Les anticorps ainsi produits seront ensuite testés comme traitement potentiel. « Cela se fait très bien sur le plan industriel : une centaine d’anticorps monoclonaux sont déjà disponibles sur le marché dans d’autres indications », rappelle Hugo Mouquet. En l’absence de vaccin, ces anticorps pourraient même avoir une action prophylactique car on sait désormais les modifier pour leur permettre de circuler pendant plusieurs mois dans le sang. « Nos recherches contribueront également à apporter des connaissances précieuses pour le développement de vaccins, capables de stimuler efficacement l’évolution du type d’anticorps neutralisants que nous aurons mis en évidence », conclut-il.

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