Economie

« Le risque d’une inflation forte et durable est-il pertinent ? »

Tribune. Quand l’économiste américain Milton Friedman (1912-2006) s’adressait à des étudiants en Inde en 1963 au travers d’un texte qu’il avait intitulé « Cherchez la monnaie », il leur répétait une phrase désormais bien connue : « L’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire. » L’économiste prenait bien garde de préciser que par « inflation », il entendait une hausse stable et durable du niveau général des prix : les hausses passagères n’étaient pas l’objet de son propos.

Aujourd’hui, et ce depuis plus d’un an, on voit se dessiner une forte hausse des agrégats monétaires dans de nombreux pays. La masse monétaire telle que mesurée par l’« agrégat M1 » a, par exemple, crû de près de 14 % en un an en zone euro après le début de l’épidémie (hausse que la Banque centrale a l’habitude d’attribuer principalement à ses achats d’actifs lors de ses conférences de presse), ou de près de 27 % au Canada sur la même période.

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Cela est singulier comparé à 2008, où la masse monétaire n’avait que très peu augmenté pendant et après la crise. Cela se rapproche cependant de quelques expériences du passé. Un récent rapport de la Réserve fédérale d’Atlanta (Etats-Unis) rappelait par exemple que la masse monétaire avait quasiment doublé en cinq ans pendant la seconde guerre mondiale aux Etats-Unis, et que l’inflation avait par la suite atteint près de 20 % en 1947. Alors, pourquoi ne pas s’attendre à une poussée inflationniste durable cette fois-ci ?

Anticipations des ménages et des entreprises

La théorie quantitative de la monnaie est souvent le cadre d’analyse qui fait référence pour répondre à cette question. Elle est souvent interprétée très rapidement comme la considération que « plus de monnaie implique inexorablement une augmentation du niveau général des prix des biens et services ». En réalité, les prix dont il est question dans l’une des versions les plus commentées de la théorie quantitative, celle d’Irving Fisher (1867-1947), sont les prix des biens et services comme ceux des actifs financiers.

Au Japon, par exemple, la forte croissance de la masse monétaire depuis les années 1990 semble surtout s’être retrouvée dans le prix des actifs financiers. Si on lit de manière attentive les écrits de Milton Friedman, on observe aussi que l’un des principaux canaux, par lequel une augmentation de la masse monétaire augmenterait le prix des biens et services, est celui de la hausse des prix des actifs financiers (et donc une baisse des taux), qui elle-même entraînerait une hausse de l’activité, et in fine, des prix.

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