Economie

le rachat de Grail par Illumina agace l’Union européenne

Les bureaux de la biotech Illumina, à San Diego, en Californie, en octobre 2020.

C’est un pied de nez plutôt osé, et qui n’a pas manqué d’irriter Bruxelles. Faisant fi de l’enquête toujours en cours de la Commission européenne, le géant mondial du séquençage de l’ADN, l’américain Illumina, a annoncé, mercredi 18 août, la finalisation du rachat pour 7,1 milliards de dollars (6 milliards d’euros) de son compatriote Grail, une biotech spécialisée dans le dépistage précoce du cancer.

« Les régulateurs de l’Union européenne [UE] examinent la transaction, mais une décision est prévue après l’expiration de l’accord », s’est justifié la société californienne, lors de l’annonce. Illumina avait jusqu’au 20 décembre pour conclure le rachat de Grail, sans quoi, elle aurait dû payer à la biotech des frais de résiliation de 300 millions de dollars.

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Pas de quoi attendrir Bruxelles, qui a répliqué, vendredi 20 août, en ouvrant une autre enquête, cette fois pour évaluer si ce rachat précipité constitue une violation de l’obligation de statu quo de la réglementation européenne, qui stipule aux entreprises d’attendre le feu vert de l’UE en cas d’enquête sur un projet d’acquisition. « Nous regrettons profondément la décision d’Illumina (…). Les entreprises doivent respecter nos règles et procédures de concurrence », a commenté la commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager. L’entreprise risque une amende qui peut atteindre jusqu’à 10 % de son chiffre d’affaires.

Crainte pour « la concurrence et l’innovation »

Un épisode de plus dans la saga de ce rachat. Peu connu du grand public, Illumina conçoit, fabrique et vend des machines de séquençage de l’ADN aux hôpitaux et laboratoires de recherche du monde entier. C’est notamment sur l’un de ses appareils qu’a été réalisé, le 11 janvier 2020, le premier séquençage complet du génome du Covid-19.

Il y a un an, l’américain avait annoncé son intention d’acquérir la jeune biotech Grail, son ancienne filiale. Fondée en 2016 avec le soutien d’une ribambelle d’investisseurs, dont le patron d’Amazon, Jeff Bezos, et le milliardaire Bill Gates, cette dernière a mis au point un test innovant de dépistage précoce du cancer, dont la commercialisation a débuté en juin. A partir d’une prise de sang, celui-ci est capable de détecter, grâce au séquençage génomique, les signes d’une cinquantaine de types de cancers chez des patients encore asymptomatiques.

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Le projet s’est cependant heurté aux autorités de la concurrence européennes. A la requête de la France, la Commission avait décidé, fin avril, d’examiner le rachat, craignant que l’opération ne « réduise la concurrence et l’innovation ». Bruxelles redoute qu’Illumina, en position dominante, augmente les prix de ses séquenceurs ou en dégrade la qualité pour les concurrents de Grail. Illumina avait riposté en lançant une action – encore en cours – auprès de la Cour de justice de l’UE, contestant la compétence de Bruxelles sur le dossier. L’Europe n’est pas la seule à s’interroger sur ce rachat. L’Autorité de la concurrence américaine s’est aussi saisie de l’affaire. Mardi 24 août, un procès administratif doit s’ouvrir aux Etats-Unis pour statuer sur le sujet.


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