Economie

Le drame des sans-abri, plus choquant que jamais sur la côte Pacifique des Etats-Unis

Un homme sans-abri cherche à se protéger de la vague de chaleur dans un parc de Portland (Oregon), le 13 août 2021.

En cette fin de journée caniculaire, jeudi 12 août, le centre-ville de Portland, dans l’Oregon, était désert. Nulle âme qui vive dans les rues, par 37 °C, si ce ne sont les sans-abri. Dans l’enfoncement d’un pas-de-porte, un homme d’origine asiatique dort, entièrement nu, derrière son fatras. Plus loin, une femme balaie curieusement une fontaine asséchée, qui lui sert manifestement d’abri. Au bout de cent mètres, trois jeunes fument du cannabis. Dans un campement de tentes, une femme clopine, urinant debout.

A Portland, la dignité humaine est bafouée dans toutes les rues. Et c’est la même chose à Seattle, 280 kilomètres plus au nord, dans l’Etat de Washington. Dans le quartier touristique Market, passé 17 heures, il ne reste que des SDF, drogués, errant dans la cité, souvent avec leur chien. Quant au centre-ville, il est quasi impossible de l’arpenter à pied, tant chaque espace de bitume est occupé par une tente de sans-abri.

L’arrivée à Seattle est un choc. Comment ce bastion de gauche, connu depuis les émeutes antimondialisation en 1999, mais aussi cité des corporations géantes (Boeing, Starbucks) et des hommes les plus riches du monde (Bill Gates, fondateur de Microsoft, Jeff Bezos, patron d’Amazon), a-t-il pu en arriver là ? A force de vivre ainsi, les habitants semblent ne plus vraiment se poser de questions, alors que l’Etat de Washington fait partie des Etats les plus riches et les plus socialisés, eu égard aux standards américains.

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« Pas de droit au logement dans un refuge »

Ce n’est pas faute d’avoir des œuvres charitables, censées pallier les carences des pouvoirs publics, comme c’est le cas aux Etats-Unis. L’une d’entre elles est Mary’s Place, centre d’accueil pour les familles sans logement. Pour s’y rendre, nous avons vérifié à deux reprises l’adresse : c’est juste à côté du siège d’Amazon et de ses deux sphères de jardins tropicaux, symboles de pouvoir mondial de Jeff Bezos, l’homme le plus riche de la planète.

C’est normal : l’immeuble est mis à disposition gracieusement par Amazon, qui envoie aussi ses avocats et ses volontaires pour aider les sans-abri dans leurs démarches. La directrice, Marty Hartman, qui accueille des familles à Seattle (tout le monde, sauf les hommes seuls), donne une première explication à la situation : « A la différence de New York, il n’y a pas le droit au logement dans un refuge. »

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Cette dirigeante dynamique nous fait visiter l’immeuble flambant neuf : une lingerie, un terrain de jeu pour les enfants, des salles à manger, une infirmerie et des logements individuels par famille qu’on ne visitera pas pour cause de Covid-19 : le bâtiment comporte 200 lits, et a été une aubaine lorsque la pandémie a éclaté. « Nous devions créer une distanciation de deux mètres. Résultat, nous avons dû fermer deux refuges. Notre nombre de lits est passé de 800 à 500 », déplore-t-elle. Heureusement que le bâtiment d’Amazon a été inauguré à point nommé. « Le bâtiment a ouvert le 9 mars 2020 », nous confie-t-elle. « Cela a été un incroyable cadeau d’amour. J’appelle ce bâtiment “notre grâce salvatrice” », se réjouit Marty Hartman. Le prêt d’Amazon est valorisé 22 millions de dollars (18,8 millions d’euros) dans les comptes de l’association.

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