Economie

Changement de gouvernance pour « Arrêt sur images »

Photo du journaliste Daniel Schneidermann prise le 02 octobre 2003 à Paris sur le plateau de l'émission littéraire

« J’ai rédigé ma première chronique télé dans Le Monde en 1992. Je ne fais que cela, la critique des médias, depuis tout ce temps. A un moment, il faut se diversifier. » Ce moment, Daniel Schneidermann l’a fixé au 1er octobre. A cette date, celui qui dispose de « tous [s]es trimestres » pour une retraite complète depuis le 1er juillet confiera définitivement la propriété et la responsabilité du site qu’il a créé en 2007, Arrêt sur images (ASI), à son équipe. Un conseil d’administration devrait le même jour le nommer président (un rôle qu’il espère tenir moins d’un an, le temps de former ses successeurs), et les nouveaux statuts de la société seront adoptés.

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Après avoir étudié la possibilité de se constituer en société coopérative, décision (collégiale) a été prise de demeurer une société par actions simplifiée (SAS), aux statuts établis sur mesure sous la houlette de l’avocat Benoît Huet et la professeure d’économie Julia Cagé (présidente de la Société des lecteurs du Monde), coauteurs de L’information est un bien public (Seuil, 264 p., 15 euros), paru en février. « Ce que nous avons établi en termes d’horizontalité de la gouvernance est un peu unique », se félicite Emmanuelle Walter, journaliste d’ASI de la première heure (lorsqu’il s’agissait d’une émission de télévision diffusée sur France 5), rédactrice en chef depuis quelques mois et désormais directrice générale.

« N’ayant pas une âme de chef, je n’ai accepté ce titre que parce que nous aurons un fonctionnement collaboratif, horizontal », précise-t-elle. « Tous les salariés deviennent actionnaires à parts égales, et sont décisionnaires à toutes les étapes » de la vie de l’entreprise, ajoute Antoine Streiff, assistant de production et « couteau suisse » de l’équipe de 9 salariés. En cas d’embauches supplémentaires, les nouveaux salariés deviendront automatiquement associés, au terme de douze mois. En cas de départ, chacun rendra ses actions. Nul ne peut prétendre au versement de dividendes (le bénéfice net de la société a doublé en 2020, à 41 000 euros, indique le site).

25 000 abonnés

Ces changements administratifs ne devraient pas déboussoler les quelque 25 000 abonnés et lecteurs revendiqués par le site. « Le cœur d’ASI reste la déconstruction des récits médiatiques », précise Emmanuelle Walter, qui souhaite varier les formats et proposer plus d’interviews et de portraits. Le site va même davantage « s’autoriser à valoriser, dire du bien du journalisme et des journalistes » dont le travail aura été remarqué, comme cela a été le cas cet été avec la série « Un journaliste, une idée fixe », une succession de rencontres avec des enquêteurs dont le travail a permis de « faire bouger les lignes » (Inès Léraud et l’agroalimentaire en Bretagne, Marine Turchi et les violences sexuelles, etc.).

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Quant au fondateur du site lui-même, il n’est pas près d’éteindre la télé et la radio ni de refermer les journaux : son billet quotidien « Le matinaute  » demeure, de même qu’il reste aux commandes de l’émission hebdomadaire deux fois par mois et du rendez-vous cinéma « Post-pop ». Son activité devrait toutefois prendre une nouvelle tournure : désireux de renouer avec le terrain, le journaliste s’est remis aux enquêtes: « J’ai envie de parler à d’autres gens que des journalistes. Et je ne suis pas certain d’avoir envie, à l’heure où Eric Zemmour risque de se présenter à la présidentielle, où le dérèglement climatique accélère, de consacrer toute l’énergie qui me reste à la critique des médias. Je souhaite travailler aussi directement sur ces sujets. »


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