Economie

« L’occupation du sol urbain et sa densité répondent à des préoccupations environnementales »

Tribune. A la faveur de la crise sanitaire, la densité, ce vieil outil de la géographie classique, refait surface. Il a le mérite de la rigueur – puisqu’il permet de rapporter directement à une surface un phénomène démographique (nombre d’habitants) ou social (effectifs d’ouvriers ou de cadres supérieurs) –, mais pas de l’exactitude.

Au cours des derniers mois, on a vu fleurir, à travers lui, toutes les analyses et les projections les plus fantaisistes, en général non chiffrées, sur le déclin des métropoles, l’exode urbain des grandes agglomérations, le retour vers les villes petites et moyennes, le triomphe de la maison individuelle sur l’appartement citadin, le tout justifié par la contagiosité supposée du coronavirus dans les hautes densités.

C’est bien la pauvreté urbaine et la misère des conditions d’habitat qui sont en cause

Nous avons pourtant montré, dans une étude conduite en collaboration avec Raymond Ghirardi, cartographe, Maxime Schirrer, géographe, et Pierre-Régis Burgel, pneumologue, que la densité démographique brute devait être sérieusement relativisée dans la propagation du Covid (« Le coronavirus dans le Grand Paris : démographie et société »).

La surmortalité dans le Grand Paris au cours du 1er semestre 2020 témoigne que la ville dense n’est pas mortifère en soi. Elle n’est pas facteur direct de contagiosité : la Seine-Saint-Denis a une densité deux fois moins forte que la ville de Paris, mais elle est beaucoup plus affectée par l’épidémie.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Jean Nouvel : « Pour sauver les banlieues, il faut contenir l’expansion urbaine »

Les chaînes de contagion passent certainement par les salariés actifs vivant dans des logements exigus en raison d’une forte cohabitation intergénérationnelle. C’est bien la pauvreté urbaine et la misère des conditions d’habitat qui sont en cause plus que la densité de la ville.

Et dans une tribune plus récente (Le Monde du 14 août), mon collègue Yankel Fijalkow insiste en matière de santé publique sur la notion de « bien-être » individuel des habitants, avec « la liberté de chacun de pouvoir s’espacer ». Tout semblerait donc entendu : avant d’être une mesure objective, la densité est d’abord un processus social, où l’échelle (ville, quartier, îlot, logement) joue sur la perception des résidents et leur état physique et moral.

Mais le même texte renvoie à une prise de position beaucoup plus ambiguë d’Ian Brossat, adjoint à la maire de Paris chargé du logement, dans l’édition du Monde du 16 décembre 2020. L’argumentation n’a pas pris une ride, et vaut d’être rapportée.

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