Politiques

un reconfinement serait “un sacré coup sur la tête des Français”, estiment des psys


Freiner l’épidémie de Covid-19 qui se propage à une vitesse galopante en France, tout en limitant les conséquences économiques et psychologiques pour la société. C’est tout l’enjeu des deux conseils de défense qui se sont tenus les mardi 27 et mercredi 28 octobre. Dans la foulée du second, Emmanuel Macron doit s’exprimer à 20 heures, pour annoncer de nouvelles restrictions sanitaires.

 >> Covid-19 : suivez l’évolution de l’épidémie et les nouvelles annonces de l’exécutif dans notre direct

Plusieurs pistes sont à l’étude, et le scénario d’un reconfinement généralisé pour quatre semaines serait même privilégié. Cette perspective inquiète notamment les associations de soutiens psychologiques. Troubles du sommeil, angoisse, isolement social… Le confinement, décrété en mars, avait eu des conséquences importantes sur le bien-être des Français. Alors, quelles pourraient être les répercussions psychologiques de nouvelles restrictions sanitaires ? 

“Déjà, depuis plusieurs jours, on voit à nouveau augmenter les angoisses et la prise d’anxiolytiques chez une partie de la population”, a constaté Jocelyn Raude, enseignant-chercheur en psychologie sociale à l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP) de Rennes (Ille-et-Vilaine). Cette hausse du stress a notamment été observée depuis la mise en place du couvre-feu, le 17 octobre.

“A partir du moment où il y a des signaux indiquant un danger, une partie de la population est gagnée par l’anxiété.”

Jocelyn Raude, chercheur

à franceinfo

L’anxiété est d’autant plus forte “qu’il y a eu un déni, ces dernières semaines, concernant la reprise de l’épidémie”, avance le psychiatre Serge Hefez à franceinfo. “Personne n’a voulu le voir et l’entendre, parce que ça a un côté insupportable”, ajoute-t-il. Selon le spécialiste, un reconfinement serait donc “un sacré coup sur la tête des Français”.

Si le confinement du mois de mars a été une épreuve plus ou moins difficile selon les situations personnelles, il avait toutefois un caractère “exceptionnel” qui permettait de le rendre acceptable, selon Serge Hefez. “Puis c’était un effort avec l’espoir de jours meilleurs”, poursuit le psychiatre. 

Pour une partie de la population, notamment celle bénéficiant “de bonnes conditions matérielles”, cette période d’isolement a même pu être une “expérience enrichissante”, permettant par exemple “de se retrouver en famille”, selon Jocelyn Raude, qui a réalisé des études sur le moral des Français au sortir du confinement. A cela s’est ajoutée l’instauration de nouveaux rituels sociaux “pour se retrouver les uns les autres” à travers les outils de visiocommunication, poursuit Serge Hefez.

Mais l’impression d’”exception” qui primait en mars a désormais disparu. “Nous sommes entrés dans une temporalité incertaine, avec la crainte d’être dans un tunnel sans fin”, estime le psychiatre. “Plus personne ne se dit ‘chouette, on va refaire des apéros Zoom'”, sourit-il.

“Un reconfinement, ce serait comme si on nous avait demandé de courir un sprint, et qu’à peine la ligne d’arrivée franchie, on nous avait dit de repartir, sans avoir eu le temps de souffler.”

Serge Hefez, psychiatre

à franceinfo

Une forme de “fatalisme” et de “lassitude” s’est installée, ajoute Jocelyn Raude. Certaines personnes, notamment celles vivant seules, seraient plus susceptibles de mal vivre un nouveau durcissement des mesures sanitaires. De plus, en cas de reconfinement, Jocelyn Raude estime que la peur principale chez une partie de la population ne serait plus tant celle du virus, mais des conséquences d’un nouvel arrêt de l’activité économique.

“Ceux qui travaillent par exemple dans l’hôtellerie et la restauration risquent de moins bien accepter des restrictions car ils ont déjà beaucoup donné.”

Jocelyn Raude

à franceinfo

Serge Hefez évoque également le risque d’une moindre acceptation d’un reconfinement chez les jeunes, qui font face à “moins de risques en matière de santé, mais à des risques économiques majeurs” liés à leur insertion professionnelle. “Ils ont compris qu’ils étaient relativement moins à même de développer des formes graves de la maladie, ajoute Jocelyn Raude. Alors au final, on leur demande beaucoup individuellement et collectivement.” A contrario, un durcissement des mesures pourrait engendrer “un soulagement” chez les personnes âgées ou à risque, plus angoissées par la reprise de l’épidémie.

Alors, comment essayer de bien vivre un renforcement des restrictions ? Tout dépendra de leur nature, répondent les deux experts. Un confinement plus souple que le premier, avec des écoles ouvertes par exemple, pourrait “atténuer la charge mentale des parents”, et diminuer les facteurs de stress, selon Jocelyn Raude.

Dans tous les cas, préserver le lien social, ce “matelas qui permet d’absorber les éléments stressants”, sera nécessaire, avance Jocelyn Raude

“Il faudra tenter de maintenir des contacts réguliers avec la famille et les amis, par des moyens numériques.”

Jocelyn Raude

à franceinfo

Pour Serge Hefez, il faut aussi prendre conscience que ces mesures sont nécessaires sur le plan sanitaire, pour “éviter la saturation des hôpitaux, la multiplication des cas graves et des morts (…), et qu’il n’y a pas d’autres solutions possibles”. Enfin, le psychiatre invite à “relativiser” la gravité de la période que nous vivons en la mettant en perspective avec “les grandes guerres et épidémies” qui ont marqué “l’histoire de l’humanité”.




Source link

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page