Economie

A Monthou-sur-Bièvre, une ferme pionnière du bio se réinvente grâce à ses repreneurs

Melaine Travert va nourrir les porcs de la ferme avec une partie des céréales récoltés, la ferme de la Guilbardière, à Monthou-sur-Bièvre (Loir-et-Cher), le 11 août 2021.

« Ton tzatziki est un peu amer, tu sais. Tu veux de mon pain ? Tu goûtes mon canard au curry ? » Chaque midi, la salle d’accueil devient la cantine des fermiers de la Guilbardière, où chacun cuisine un plat. Elle est surtout une agora où les décisions sont prises une fois par semaine, à l’unanimité. « On a le droit de dire non mais il faut proposer une solution à la place », prévient Melaine Travert, l’un des quatre associés trentenaires qui ont repris début 2020 cette ferme emblématique de l’agriculture biologique.

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Située à une quinzaine de kilomètres de Blois, à Monthou-sur-Bièvre, la Guilb’, avec ses murs enduits à la chaux, ses 35 vaches laitières et ses 100 hectares cultivés, a été parmi les pionnières du bio dans le Loir-et-Cher. En 2020, le couple qui l’exploitait est parti à la retraite. Après avoir pris soin de la transmettre à quatre jeunes de tous horizons. « Un héritier de la famille Mulliez est d’abord venu nous voir et ça nous a un peu gênés, raconte Anne Martin. Il était prêt à acheter notre ferme au prix fort pour pouvoir alimenter ses magasins parisiens bio en prenant nos deux salariés comme chefs de culture. Notre envie était plutôt de pouvoir transmettre à des jeunes qui veulent faire ce métier, sans les étrangler. »

Son mari, Gilles Guellier, dont les parents avaient acquis la Guilb’en 1957, s’est installé en 1986, à 30 ans. Il lui faudra six ans pour convertir toutes les productions en bio. « Rendez-vous compte que mon père était un précurseur de l’agriculture intensive avec l’utilisation des produits chimiques ! Il y a eu quelques heurts entre nous mais financièrement, je m’en sortais… Il a même fini par m’admirer. »

« Le souvenir de mon grand-père »

« On peut dire que je suis le plus bourgeois de la ferme », s’amuse aujourd’hui Bertrand Monier, l’un des repreneurs, ingénieur agronome de formation et longtemps ouvrier agricole pour se faire la main. Lui se consacre à la production de nouilles avec des blés anciens cultivés sur place. Son surplus de farine alimente un boulanger bio de Saint-Romain-sur-Cher. Bertrand aurait pu intégrer l’entreprise paternelle, spécialisée dans la chemise sur mesure, avec un atelier en Normandie et une boutique rue du Faubourg-Saint-Honoré, à Paris, « mais le souvenir de mon grand-père, éleveur auvergnat, a été plus fort ».

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Fils d’un ingénieur télécoms et d’une sage-femme, Melaine Travert a suivi sa compagne psychologue quand elle a décroché un poste dans une clinique de Cour-Cheverny, toute proche. Seul associé à vivre sur place, Melaine alterne l’élevage et les cultures aux côtés de Mathieu Liaigre, qui n’a pas voulu reprendre l’élevage familial des Deux-Sèvres. « Si je devais succéder à mon père, c’était pour me retrouver avec mon oncle. Sauf que lui et moi avons une vision opposée du métier. » Emily Destaerke-Fontaine, fille de fonctionnaires, s’occupe de la fromagerie. Une stagiaire, Lily, participe à la relance de l’activité de ferme pédagogique, fortement malmenée par la pandémie : « Durant l’année scolaire, la ferme n’a pu accueillir que 300 enfants quand nos prédécesseurs en recevaient 2 000 », pour 10 000 euros de revenus par an.

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