Politiques

à Toulon, des soignants mobilisés face au pass sanitaire

“Le 15 septembre, on ne vous verra plus à Sainte-Musse, c’est ça ?”, demande à Amélie un manifestant, faisant référence à la date à partir de laquelle les soignants devront avoir reçu au moins leur première dose de vaccin contre le Covid-19“Je ne sais pas encore, je n’ai pas pris ma décision”, répond l’infirmière, qui manifeste contre le pass sanitaire, samedi 14 août place de la Liberté à Toulon, blouse blanche sur le dos et badge de l’hôpital public de la ville sur la poitrine.

“Je trouve qu’on a pas assez de recul sur ce vaccin, j’attendais celui de Sanofi, mais je n’ai pas eu le temps”, explique la soignante, qui ajoute : “J’ai ressenti de la rage et de la déception quand j’ai entendu l’allocution d’Emmanuel Macron en juillet.” Celle où l’obligation d’une vaccination complète pour le personnel soignant à partir du 15 octobre au plus tard a été annoncée. “Je ne suis pas contre le vaccin, je suis pour la liberté”, affirme la jeune femme.

Comme elle, quelque 22 000 manifestants, selon le décompte du ministère de l’Intérieur, ont défilé dans les rues de la préfecture du Var, en scandant ce mot de “liberté”, pour montrer leur opposition à l’extension du pass sanitaire à de nombreux lieux de la vie quotidienne, y compris l’hôpital. Dans l’agglomération toulonnaise, qui compte une dizaine de cliniques et d’hôpitaux, les soignants sont nombreux. Parmi eux, certains ont foulé le pavé pour crier leur colère à l’encontre de ce nouveau sésame, mais aussi leur défiance envers les vaccins contre le Covid-19

“Je ne crois pas du tout en l’efficacité de ce vaccin, assène Ophélie. L’aide-soignante de 31 ans, qui travaille dans un établissement de santé de Hyères, manifeste en brandissant une pancarte “Comité du salut public”, une évocation de la Révolution française et de la période de la Terreur. “Pour moi, ce vaccin est mortel, car il provoque de graves problèmes cardiaques, notamment pour les jeunes”, argue la manifestante 

Des cas de myocardite et de péricardite ont certes été signalés dans plusieurs pays, notamment aux Etats-Unis, mais même si l’Organisation mondiale de la santé a reconnu un lien “probable” entre l’injection de certains vaccins contre le Covid-19 et ces rares problèmes cardiaques, elle a assuré que les bénéfices de la vaccination l’emportaient sur les risques.

Pour Ophélie, le déclic a eu lieu le 12 juillet, après le discours du président de la République. “Comme tout le monde, je suis tombée de quinze étages. J’ai trouvé ça très violent et j’ai eu le sentiment de ne pas être comprise.” L’aide-soignante prend alors sa décision : “Je ne vais pas avoir de salaire à partir du 15 septembre, mais je ne céderai pas, je ne me ferai pas vacciner.” 

A ses côtés, Fabienne, soignante dans une ville voisine, s’offusque de l’instauration du pass sanitaire dans les établissements de santé. “Il y a des gens avec des cancers qui sont refusés à l’hôpital, affirme-t-elle. C’est une privation de liberté individuelle et collective pour que le gouvernement nous contrôle.”

Une cadre de santé de l'hôpital d'Hyères (Var), tient une pancarte lors de la manifestation contre le pass sanitaire à Toulon, le 14 août 2021. (CHARLES-EDOUARD AMA KOFFI / FRANCEINFO)

“Vaccinés ! Ou pas vaccinés ! On veut vous soigner !”, clame la pancarte tenue par une manifestante qui souhaite se faire appeler “Mandy”. Pour cette cadre de santé au centre hospitalier de Hyères, ce laissez-passer a été la mesure de trop. “Ce pass sanitaire m’a anéantie, j’ai eu l’impression que nos libertés ont été bafouées”, confie-t-elle, alors que la manifestation s’achève en fin d’après-midi.

Bien que réticente, elle a reçu ses deux doses de vaccin. Une véritable blessure, témoigne “Mandy”. “J’ai fait cette vaccination à contre-cœur, déplore-t-elle. Je l’ai tellement mal vécue que j’ai dû avoir un suivi psychologique pour l’accepter”, affirme la cadre de santé. Selon elle, cette manifestation aussi lui sert de thérapie. “Ça me fait du bien d’être ici et de voir cette solidarité. Ça me booste pour continuer à faire ce métier que j’adore.”




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