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Le Cotentin, la nouvelle Angleterre

Le destin de Cherbourg est à jamais lié au film de Jacques Demy  Les Parapluies de Cherbourg. En voyage, quand on demande aux Cherbourgeois d’où ils viennent, ils répondent en chantant «  Non, je ne pourrai jamais vivre sans toi, la, la, la  ». Le Cotentin, péninsule aux limites de l’ancien pays normand du même nom, est connu pour sa côte sauvage, ses eaux claires et sa proximité avec l’outre-Manche. L’Angleterre et l’Irlande font partie de son histoire et sont reliées au port de Cherbourg, destination Portsmouth ou Dublin, via les ferries. À moitié insulaire, le Cotentin ne s’est pas fermé au monde, même s’il a longtemps été inaccessible, ou seulement à marée basse. «  Pas de ruralité vernaculaire  », explique Julien Deshayes, guide conférencier. Far ouest armoricain, la région a su absorber les influences anglaises, par l’architecture, dès l’époque médiévale. Châteaux aux voussures décorées de têtes d’oiseaux, logis avec hall anglais, cette salle d’apparat plain pied. Les échanges intenses, le port de Barfleur étant dès le XIe  siècle une plaque tournante entre Cherbourg et l’Angleterre. Sans oublier le leg nordique, les villes de Bricquebec, la Hougue, l’île de Tahibou, ayant une toponymie typiquement scandinave. «  Influences françaises aussi, époque Renaissance, avec des manoirs ressemblant aux châteaux de Chambord  », reprend le guide. Cette terre attire les artistes, peintres et écrivains. Wace, poète normand et chroniqueur de la cour d’Aliénor d’Aquitaine. Le philosophe Alexis de Tocqueville. Roland Barthes, né à Cherbourg. Jacques Prévert, installé à Omonville-la-Petite. Le Cotentin s’étend jusqu’à la baie du Mont-Saint-Michel. À nous le Nord, d’est en ouest, bords de mer, terre de bocages, de forêts, de châteaux. Avec en fin de périple, le sentiment d’être allés à l’essentiel, à l’authentique. Et un peu à la rencontre des Vickings.

La côte verdoyante, depuis Cherbourg

Ville maritime, Cherbourg est dotée de la plus grande rade artificielle du monde et de quatre ports où viennent mouiller bateaux de pêche, ferries, voiliers, porte-conteneurs, paquebots, etc. Port Chantereyne, l’un des premiers ports de plaisance de France, doit son nom à cette légende  la petite-fille de Guillaume le Conquérant rentrait d’Angleterre lorsque son bateau s’égara dans la brume. Au matin, le rivage apparaissant, la vigie cria  «  Chante Reyne, car voici la terre  ». Il y a un Cherbourg portuaire et un Cherbourg médiéval marqué par l’occupation anglaise, avec ses rues aux façades de schiste bleu. Empruntez les boels, passages piétons d’une ruelle à l’autre, pour découvrir la ville côté entrées voûtées et murs en pierres. Amusante, la visite de la manufacture des parapluies de Cherbourg inventés après la sortie du film. On verra les petites mains s’affairer au dessus des machines à coudre pour réaliser des modèles «  prêt à porter  », ou «  sur mesure  ». À ne pas louper, la Cité de la Mer, ancienne gare maritime Art déco devenue musée. Un hall en forme de coque retournée, une salle des pas perdus gardée intacte, un sous-marin nucléaire amarré devant. Le cinéma, avec Océans de Jacques Perrin, s’est intéressé à cette gare. Le Titanic a fait escale ici, hommage est rendu aux passagers à travers une reconstitution du navire, mal de mer garanti sur la coursive extérieure… L’expo permanente «  L’Océan du Futur  », digitale et interactive, permet de mieux connaître les grands fonds.

On quitte Cherbourg pour le nord, via la côte. À Omonville-la-Petite, la maison de Jacques Prévert a moins d’intérêt que le jardin créé en sa mémoire à Saint-Germain-des-Vaux. Gérard Fusberti, poète, ancien antiquaire et grand ami de la famille Prévert, vous baladera à travers les sentiers. Jardin entretenu et jolie jachère fleurie avec le chant des ruisseaux. Un thuya bleu a été planté de la part d’Arletty, un tilleul de celle de Robert Doisneau. Bambous, eucalyptus, azalées et souvenirs de Gérard égaient cette visite. Le jardinier-antiquaire-écrivain ressemble à Jean Rochefort dans le film Le Mari de la coiffeuse. Dans son bureau végétal, il vous dédicacera son cahier de souvenirs avec Prévert.

Phares et côte sauvage, à l’irlandaise

Au port de Goury, les smartphones se mettent à l’heure de Londres, proximité des îles anglo-normandes oblige  île de Guernesey, Jersey, Aurigny, Sercq. C’est du port de Barneville-Carteret que l’on embarque pour les îles, mais depuis Goury, on les voit bien à la jumelle. Second lieu le plus visité de la Manche après le Mont-Saint-Michel, le port de Goury est au bout du monde sur le cap de la Hague. Eaux tourmentées et curieusement limpides, ciel étincelant, falaises et végétation de montagne, donnent à ce paysage un air irlandais. Beaucoup de courants et de rochers ont valu au coin la réputation de zone dangereuse, si l’on sait naviguer ici, on saura naviguer partout, selon le dicton. Ici on aime les légendes, celle du paquebot Le Paris, en provenance de New York, échoué dans les rochers des Camelards en 1823. Celle du rocher nommé «  rocher de Gargantua  », qui aurait été le caillou que l’ogre avait dans sa chaussure. Celle des sabots de contrebandiers montés avec la semelle à la place du talon pour laisser des traces inversées au sol et brouiller les pistes…  Goury, Ecalgrain, est avant tout une zone de randonnée, avec le GR  223 ou «  sentier des douaniers  » sur 300  km. Les chemins balisés offrent de belles balades 100  % nature parsemées de choux marins et de myosotis, et des visites de manoirs, de lavoirs, de moulins, de chapelles… On finit la journée à une demi heure de voiture de là, au jardin botanique de Vauville, imaginé par un botaniste et parfumeur amoureux des grands voyages. Plantes rares et arbres à fleurs persistantes, on se croirait au Maroc, puis au Japon enfin, sous les tropiques, et tout ça au cœur de la Normandie.

Ports aux faux airs danois et île paradisiaque

Barneville-Carteret est une station balnéaire née dans les années  60. Un certain charme désuet, voire petite rouille sentimentale, pour cette ville portuaire de taille moyenne. Point de départ pour les îles anglo-normandes et pour avoir à la fois la mer et la campagne. On y apprécie la beauté -sauvage du site dunaire d’Attainville, la longue plage de sable et les grandes marées échevelées. Le phare de Barneville se visite, des nocturnes sont proposées l’été ainsi que des expos photo dans le jardin. Facile d’accès avec ses 58  marches contrairement aux 365  marches pour le port de Gatteville, ce phare offre une vue à 360° sur les bords de mer, le large et les îles.

Cap ensuite sur la côte est du Cotentin via l’intérieur des terres. On passe Bricquebec (très beau château médiéval à voir), Valognes et ses ruines gallo-romaines, ses églises du XIe au XVIIIe  siècle, un patrimoine qui lui valut le surnom de « Versailles normand » au XVIIIe. La côte est de la région est très estivale, colorée, avec ses bateaux de pêche jaunes, bleus, rouges, roses et verts. Un petit air de Danemark. On change de cadre en peu de temps. Pas de constructions intempestives, dans le Cotentin. Saint-Vaast-la-Hougue (prononcer Saint-Va) a le plaisir d’être sacré «  village préféré des français  ». De là, on embarque à bord d’un bateau amphibie pour une demi-journée (il n’y a ni resto ni buvette) pour l’île de Tatihou. C’est une île préservée, exposée aux vagues et aux embruns, agréable à arpenter pour l’enceinte de l’ancien fort Vauban ou le musée maritime où voir les épaves retrouvées.

Le road trip se termine à Barfleur, petit port de pêche aux maisons en granit et aux quais chargés de la pêche du jour, homards, moules (on commandera une assiette de «  blondes  »). C’est ici que l’on grimpera au sommet du phare de Gatteville, qui peut se vanter d’avoir autant de marches que de jours dans l’année et autant de fenêtres que de semaines.

Carnet pratique :

Y aller?

En train, Paris St Lazare-Cherbourg, 3h30, dès 13  €
l’aller simple.

Y dormir

  • Hôtel Landemer, à Urville-Nacqueville. Trois étoiles, dans un corps de ferme rénové. Chambres de plain-pied modernes avec terrasse face à la mer. Cuisine française traditionnelle orchestrée par le jeune
    chef hollandais Hendrik Jansen van der Sligte. A partir de 169  € la nuitée en chambre double sans petit déjeuner.
  • Hôtel Les Ormes, à Barneville-Carteret. Face au port de plaisance, dans une bâtisse du XIXe siècle, avec jardin et terrasse. Chambres cosy. À partir de 124  €
    la nuitée en chambre double sans petit déjeuner. Très bon restaurant.
  • Chambre d’hôtes La Laiterie de Tocqueville. Ancienne laiterie dans un joli parc, elle a gardé le cachet d’antan, son charme boisé, campagnard. Label 3  épis par Gîtes de France. Linge de lit fourni. Petit déjeuner extraordinaire (gâteaux maison, pains variés). à partir de 90  € la nuitée en chambre double sans petit déjeuner.

S’y restaurer

  • O P’tit crabe de Goury. Table simple, cuisine familiale au choix tradi ou veggie 100% fraîcheur. Port de Goury/Auderville.
  • Chasse Marée, à Saint-Vaast-la-hougue. Resto de taille familiale sur la petite place. Pour la big assiette de moules frites.
  • Comptoir de la Presqu’île, à Barfleur. Resto chic et accueil trois étoiles. Pour les poissons et crustacés.

Se renseigner : www.encotentin.fr

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