Economie

« Rémunérer des activités auparavant réalisées sans contreparties matérielles n’est pas neutre »

Tribune. « Les applaudissements ne paient pas les factures », pouvait-on lire sur les pancartes des soignants entre deux vagues de la crise sanitaire. Si « le travail paie toujours », selon la formule consacrée, paie-t-il toujours suffisamment et que paie-t-il, au juste ?

Le couple rémunération et travail semble si exclusif et ancré dans le temps qu’il est difficile de concevoir l’un sans l’autre. Qu’elle soit monétaire ou symbolique, sous forme de salaires, d’honoraires, de traitement, de gratification, de pourboire, de primes, de stock-options, la rémunération vient reconnaître et récompenser un travail réalisé et, par là, lui donne ses contours.

Une minorité de superstars

Pour autant, cette relation a priori simple soulève de nombreuses questions, posées et discutées par des chercheuses et chercheurs en sciences sociales dans le numéro que la revue Regards croisés sur l’économie consacre à la rémunération du travail. Parmi elles, celles propres aux frontières de ce qu’on entend par « travail ». Peut-on penser le travail sans rémunération ? Faut-il rémunérer toute activité productive ? Comment adapter les rémunérations aux transformations du travail ?

Etiqueter des photos sur [la plate-forme participative] Foule Factory, s’improviser chauffeur le temps d’un trajet grâce à Blablacar, ou encore obtenir des sponsors pour un blog de cuisine… Autant de possibilités nouvelles de générer des revenus à côté d’un emploi principal. Les plates-formes numériques changent le rapport au loisir et au temps libre.

Lire aussi Ils font des tâches en quelques clics et pour quelques euros… qui sont ces microtravailleurs « invisibles » ?

Tous ne tirent pourtant pas le gros lot : comme le souligne l’économiste Pierre Rondeau à propos des footballeurs, les revenus colossaux tirés d’un simple « post » Instagram ne sont accessibles qu’à une minorité de superstars, à l’instar de Cristiano Ronaldo et de ses photos à un million d’euros. Les autres se contentent d’exercer leur métier de sportif… sur le terrain. « Autrement dit, au-delà même du talent et du niveau, plus un joueur est connu, quelle qu’en soit la raison, plus il pourra bénéficier d’un pouvoir de marché important et prétendre à une rémunération élevée. »

Pour les politiques publiques, de nouveaux problèmes s’imposent : comment tenir compte de ces inégalités dont la dynamique est structurée et soutenue par les plates-formes ? Mais aussi, comment réguler ces formes inédites de concurrence aux travailleurs traditionnels, soumis aux contraintes fiscales et légales déjà existantes ?

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