Santé

Quand la pensée positive devient toxique


« Voir le bon côté des choses » ne suffit pas pour aller mieux. Ce conseil, issu de la pensée positive, a même l’effet inverse sur votre santé mentale. Voici pourquoi.

Cela vous intéressera aussi


[EN VIDÉO] Avoir une bonne santé mentale, mode d’emploi
  Avoir une bonne santé mentale est essentiel pour se sentir bien dans sa peau. Voici quelques conseils donnés par une chargée de projet de la Cité des Sciences, dans le cadre d’une exposition sur les troubles psychiques. 

La pensée positive est un concept qui encourage à avoir une attitude systématiquement positive pour être heureux et réussir, même dans les instants difficiles. La plupart du temps, cet état esprit peut être une force face aux adversités de la vie. Mais dans certains cas, elle peut devenir toxique. Alors, comment déconstruire cette pensée ? Décryptage.

À la recherche de positivité 

Avant d’aborder la philosophie de la pensée positive, il faut comprendre ce qu’il se passe dans le cerveau, car ce besoin de positivité à tout prix ne vient pas de nulle part. En effet, de nombreuses études ont révélé que les personnes plus âgées privilégient les affects positifs et évitent ou réduisent leurs émotions négatives, que ce soit au niveau subjectif, mais aussi physiologique. C’est d’ailleurs ce que les scientifiques appellent « l’effet de positivité ». Bien que de nombreux biais culturels viennent s’ajouter à ce constat, l’humain pourrait donc tendre vers le positif lorsqu’il vieillit. 

Or, avant d’arriver à ce stade, d’autres études montrent que les émotions négatives ont plus d’impact que les émotions positives chez les personnes plus jeunes. Ce « biais de négativité » donnerait plus d’importance aux informations négatives. Ainsi, il est possible, par exemple, que vous soyez plus touché par une critique que par un compliment. Par ailleurs, dans les cas les plus tragiques, comme une rupture, un deuil ou un traumatisme, cela peut provoquer de fortes souffrances que l’on cherche à guérir. Dans ces instants de vulnérabilité, la pensée positive peut se présenter comme étant une solution séduisante, promettant bonheur et guérison. Que nenni !

Naissance du mouvement 

Fondée par le pasteur américain Norman Vincent Peale en 1952, la pensée positive est avant tout une pseudo-science d’inspiration religieuse, qui a suscité un regain d’intérêt 60 ans plus tard dans le secteur du développement personnel. Devenue alors une entreprise très lucrative, elle fait le tour du monde et n’épargne pas l’Hexagone. Son principe fondamental est d’être optimiste en toutes circonstances, en se concentrant sur les moments de bonheur au lieu de se focaliser sur le négatif. Pour cela, cette philosophie préconise à ses adeptes de pratiquer la gratitude et de visualiser sa réussite future. 

Elle peut s’apparenter à la stratégie controversée de l’autosuggestion, un concept ancien mis au point par le psychologue et pharmacien français Émile Coué. L’objectif de cette « méthode Coué » étant de répéter des pensées positives plusieurs fois par jour pour améliorer sa santé. Le mouvement de la pensée positive donne aussi naissance à la célèbre « loi de l’attraction » qui suggère qu’il est possible d’attirer les choses positives seulement en y pensant. Une sorte de pensée magique, elle-même sans fondement scientifique. 

Déconstruire la pensée positive

Malheureusement, lorsque vous tentez d’ignorer, d’éviter ou de supprimer vos émotions, considérées comme négatives ou encore que vous culpabilisez lorsque finalement vous en ressentez, cette injonction peut devenir toxique. Un phénomène redoutable peut se produire : plus vous essayez d’éviter une pensée, plus vous y repensez inlassablement. Cela s’appelle « l’effet rebond ». À noter qu’à un certain seuil, les pensées négatives ne doivent pas être négligées. C’est peut-être le signe que quelque chose ne va pas. Il faut donc les écouter, les accepter et les exprimer en envisageant, par exemple, de consulter un spécialiste de la santé mentale.

Plus vous essayez d’éviter une pensée, plus vous y repensez inlassablement

Mais, avant de devenir toxique chez les personnes en détresse psychologique, la pensée positive est aussi inefficace lorsqu’il est question d’améliorer ses performances. Les études menées par la psychologue Gabriele Oettingen, auteure de l’ouvrage « Rethinking positive thinking », révèlent que lorsqu’on imagine notre réussite, le cerveau croit que nous avons déjà atteint nos objectifs – même si ce n’est que virtuellement. Cela s’appelle la « réalisation mentale ». Ainsi, nous ressentons moins le besoin d’agir dans le monde réel et réussissons moins bien.

L’effet de contraste 

Pour résoudre ce problème, Gabriele Oettingen propose une démarche alternative. Selon elle, il serait plus intéressant de visualiser les défis qui se dressent sur notre chemin, au lieu de visualiser sa réussite. Ses expériences montrent, en effet, que la prise en compte des obstacles futurs ont conduit les personnes à formuler des objectifs réalistes et donc à faire plus d’efforts et à mieux performer, tandis que les personnes ayant des objectifs irréalistes, c’est-à-dire qui n’ont pas pris en compte les obstacles, ont moins performé. Notre esprit aurait donc une manière inconsciente de nous pousser vers des souhaits réalisables. 

D’autres psychologues, comme Peter Max Gollwitzer et ses collègues de l’Université de New York, ont poussé la démarche encore plus loin avec la stratégie de « l’intention de mise en œuvre ». Un exercice court et simple en quatre étapes, appelé Woop pour WishOutcomeObstaclePlan, en anglais. Il propose de définir un souhait, visualiser le résultat souhaité, identifier les obstacles et enfin de passer au plan de concrétisation. Ainsi, l’objectif de cette méthode est de mettre en contraste vos rêves avec la réalité.

La méthode Woop expliquée. © woopmylife.org

Intéressé par ce que vous venez de lire ?


Source link

Afficher plus

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page