Politiques

La déclaration Schuman du 9 mai 1950

La signature de la déclaration Schuman le 9 mai 1950.
La signature de la déclaration Schuman le 9 mai 1950. (COUNCIL OF EUROPE)

Pour notre invité, Jean Dominique Giuliani, le président de la Fondation Schuman, “Les quelques mots de Schuman dans sa déclaration vont expliquer toute l’histoire de la construction européenne… Il n’y a pas une ville, un village sans une rue Schuman, parce qu’il a été l’homme de la paix”.  

La déclaration du 9 mai 1950, dite déclaration Schuman, est considérée comme le texte fondateur de la construction européenne. Robert Schuman, était à cette date le ministre des Affaires étrangères français du gouvernement de Georges Bidault. Auparavant, Robert Schuman avait été président du Conseil (Premier ministre) de 1947 à 1948, et ministre des Affaires étrangères de 1948 à 1953.

Il avait présenté cette déclaration dans le Salon de l’Horloge au Quai d’Orsay, à Paris. Il s’agissait de la création de la première structure européenne qui allait mettre en commun le charbon et l’acier français et allemand.

Un autre personnage français, considéré aussi comme “Père de l’Europe”, Jean Monnet, était un de ceux qui avaient inspiré et conseillé Robert Schuman en cette déclaration. En fait, comme l’expliquait Jacques Mallet (1924-2016), député européen de 1984 à 1989, cette  déclaration Schuman s’est élaborée dans le plus grand secret parce qu’il fallait ensuite la présenter le plus rapidement possible et jouer sur l’effet de surprise.

Plusieurs personnages sont à l’origine de cette déclaration, Jean Monnet, premier commissaire au Plan ; Paul Reuter, professeur à la Faculté de Droit et des Sciences Économiques de Paris ; Étienne Hirsch, ancien Commissaire général au Plan, ancien président de la Commission de l’Euratom et Pierre Uri, économiste. Cette base de la déclaration avait été soumise à Robert Schuman, par son directeur de Cabinet, Bernard Clappier. Le 3 mai 1950 se tenait le Conseil des ministres, Robert Schuman l’avait présenté à ses collègues.  

Le 8 mai, le Chancelier allemand Konrad Adenauer en était informé. Il ne s’attendait pas à une telle proposition française au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Adenauer, anti-nazi, mesurait le poids historique des atrocités du IIIe Reich, et pour lui, il était inimaginable que l’Allemagne fut “invitée” à la construction de ce qui allait devenir l’Union européenne. C’est la raison pour laquelle la déclaration Schumann venait réveiller chez Adenauer un espoir de réconciliation entre la France et l’Allemagne, qu’il n’espérait pas aussi tôt.

La déclaration Schuman jetait les bases de cette réconciliation et marquait un changement fondamental de la politique française que le général de Gaulle saura sceller. À noter que Konrad Adenauer était le premier chancelier de la République fédérale allemande, née en septembre 1949.

René Pleven, ministre de la Défense et René Mayer, Garde des Sceaux, avaient été mis dans la confidence par Jean Monnet. Ces deux ministres soutinrent le projet quand Georges Bidault, informé le premier, ne s’y opposa point. Ainsi, le 9 mai 1950 à 18 heures, Robert Schuman présente à la presse sa déclaration. C’est l’effet de surprise voulu, l’information fera le tour de l’Europe, puis du monde. Elle est aujourd’hui considérée comme la première charte de l’Europe communautaire, et comme l’avait déclaré Jacques Mallet, l’acte de naissance de l’Europe unie.

Si la déclaration Schuman est l’idée de plusieurs hommes, la paternité, comme l’a souligné Alfred Grosser, en revient à Robert Schuman, car il en endossa toute la responsabilité, autant auprès de son gouvernement que du Parlement, ce qui ne fut pas une mince affaire, car cette déclaration connu une forte opposition à la chambre.

Le 18 avril 1951, c’est la naissance de  la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (C.E.C.A.). Ainsi, acte inimaginable cinq ans après la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement français proposera de placer l’ensemble de la production franco-allemande de charbon et d’acier sous une Haute Autorité Commune, indépendante des deux gouvernements, et offrant une ouverture à la participation des autres pays d’Europe.

Cette mise en commun des productions de charbon et d’acier sera l’assurance de bases communes de développement économique à venir, soit vers le traité de Rome de 1957. De 1952 à 1955, Jean Monnet sera le premier président de la Haute Autorité de la CECA.

L’acte de cette déclaration est tout sauf anodin, à cette époque. Comment sortir de la guerre sans retrouver les “erreurs” du traité de Versailles, soit traiter l’Allemagne à part entière. Ainsi, René Pleven eut une formule qui résumait bien la situation quant à la déclaration Schuman.

On a préféré le saut dans l’inconnu à l’enlisement dans le trop connu.

René Pleven

La reconstruction de la France et de l’Allemagne devenait, à travers cette déclaration, le symbole d’une réconciliation inévitable pour bâtir enfin une unité en Europe et ce, malgré la division de l’Europe entre Ouest et Est, et la manne du Plan Marshall. L’acte était autant politique qu’économique, structuré par des visionnaires et rejoint par d’autres visionnaires, le belge Paul Henri Spaak et l’italien Alcide de Gasperi. Et contrairement aux “débuts” d’une idée européenne après le discours de Zurich (1946) et la Conférence de La Haye (1948), ici, à l’instant de la déclaration Schuman, le Royaume-Uni s’éloignera de l’idée européenne unie, alors que le rapprochement franco-allemand avait été désiré fortement par Winston Churchill.

Annexe

<<< Voici un texte inédit de Robert Schuman : Un nouvel aspect du problème européen (source France Forum)

“Nous devons faire l’Europe non seulement dans l’intérêt des peuples libres, mais aussi pour pouvoir y recueillir les peuples de l’Est qui, délivrés des sujétions qu’ils ont subies jusqu’à présent, nous demanderaient leur adhésion et notre appui moral. Depuis de longues années, nous avons douloureusement ressenti la ligne de démarcation idéologique qui coupe l’Europe en deux. Elle a été imposée par la violence. Puisse-t-elle s’effacer dans la liberté

Nous considérons comme partie intégrante de l’Europe vivante tous ceux qui ont le désir de nous rejoindre dans une communauté reconstituée. Nous rendons hommage à leur courage et à leur fidélité, comme à leurs souffrances et à leurs vies sacrifiées. Nous leur devons l’exemple d’une Europe unie et fraternelle. Chaque pas que nous faisons dans ce sens constituera pour eux une chance nouvelle. Ils auront besoin de nous dans l’immense tâche de réadaptation qu’ils auront à accomplir.

La communauté européenne doit créer l’ambiance pour une compréhension mutuelle, dans le respect des particularités de chacun ; elle sera la base solide d’une coopération féconde et pacifique. Ainsi s’édifiera une Europe nouvelle, prospère et indépendante. Notre devoir est d’être prêts.”  


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