Politiques

“En France, on a du mal à reconnaître le principe de transparence”, juge un politologue


“En France, on a du mal à reconnaître le principe de transparence”, a expliqué vendredi 30 juillet sur franceinfo le politologue Olivier Rouquan. Alors que le ministre des PME Alain Griset doit être jugé le 22 septembre pour avoir omis de déclarer une partie de son patrimoine et ses intérêts, le chercheur associé Centre d’études et de recherches de sciences administratives et politiques (CERSA) a expliqué que nous avions “une culture politique qui admet peu un certain contrôle sur les façons de faire des femmes et hommes politiques.” Selon lui, “on traverse peut-être à nouveau une période de régression par rapport aux exigences et aux pressions qui peuvent peser sur les comportements politiques.

franceinfo : Le problème est-il selon vous qu’il n’y a pas de règle, pas de loi concernant les ministres et la justice mais plutôt des jurisprudences ?

Olivier Rouquan : Ce ne sont même pas des jurisprudences. Ce ne sont pas les juges qui décident, mais plutôt les politiques en lien avec des tendances dominantes dans l’opinion publique. C’est ce qui a conduit progressivement dans les années 1980-1990 à l’adoption d’une législation plus rigoureuse en termes de financement politique. Cela a aussi conduit des Premiers ministres successifs à demander à ce que des ministres mis en examen, inquiétés par la justice, démissionnent. Nous voyons avec le temps que cette règle informelle peut être abandonnée. Nous avions un président élu en 2017 qui posait comme marqueur pour son quinquennat la loi sur la confiance dans la vie politique, avec de nouvelles règles plus dures notamment sur la question des conflits d’intérêt. Progressivement, cet élan semble s’émousser.

Qu’est-ce qui peut l’expliquer ?

Certaines urgences s’imposent et écrasent complètement ce type de considérations, notamment la crise sanitaire. Egalement, le personnel politique de premier plan disponible pour entourer le président Macron est assez réduit en nombre : nous avons assisté à l’élection d’un homme sinon seul, dans tous les cas peu entouré, sans structure partisane solide. Ensuite, peut-être aussi qu’après vingt, trente ans avec des règles plus strictes, cette affaire d’éthique, de transparence, n’est pas tout à fait déterminante, notamment devant les électeurs. Nous avons vu plusieurs personnalités de premier plan réélues alors qu’elles étaient inquiétées de très près par la justice.

Cela veut-il dire qu’il y a deux faces d’une même pièce ? Des moments où l’on a intérêt à dire qu’il faut être irréprochable, et d’autres que ce n’est pas à la justice de décider ?

En France, il y a un “en même temps”. Du moins, on a rappelé que la justice n’était pas un pouvoir mais une autorité, ce qui veut tout dire. On a du mal à reconnaître cette autonomie, le principe de transparence, toujours discuté et du reste discutable. Nous avons une culture politique qui admet peu un certain contrôle sur les façons de faire des femmes et hommes politiques. Cela a progressé mais peut à nouveau stagner. Pour autant, notons que l’opinion publique, toujours ambivalente là-dessus, a quand même une forte demande d’honnêteté : quand on regarde quelles doivent être les qualités du prochain président, l’honnêteté revient souvent en première place.

Ce qui frappe, c’est l’absence de réaction politique, que ce soit pour Éric Dupond-Moretti mis en examen ou pour Alain Griset qui va être en procès …

On traverse peut-être une période à nouveau de régression par rapport aux exigences et aux pressions qui peuvent peser sur les comportements politiques. Rappelons que le contexte très particulier explique beaucoup car sur le fond, on voit très bien quand même un sentiment très fort d’injustice. Toute une partie de l’opinion publique reste très sensible à tout ceci et aurait rapidement tendance à rejeter encore plus le personnel politique dès qu’une affaire de ce type sort. C’est donc peut-être une fausse impression et un défaut de discernement que de laisser filer cette idée qu’on avait fait ce qu’il fallait et que maintenant on s’est adapté. Après tout, la question de la démission n’est pas la seule à poser. La Haute autorité de la transparence de la vie publique, mise en place en 2013, a-t-elle suffisamment les moyens de contrôler ? Doit-elle pouvoir sanctionner des ministres directement ? Ce sont des questions plus essentielles que de savoir si untel ou untel doit démissionner. Si on prend les trente dernières années, il y a quand même eu de vrais marqueurs juridiques qui ont été posés. Est-ce que les comportements ont suffisamment suivi ? C’est une autre question.




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