Economie

les employés d’Activision Blizzard se mobilisent

Rassemblés au pied des grilles des locaux situés au 1, Blizzard Way à Irvine, des employés d’Activision Blizzard ont fait entendre leur mécontentement, le 28 juillet 2021.

Des centaines d’employés d’Activision Blizzard se sont réunis, mercredi, devant des locaux du géant américain du jeu vidéo situés à Irvine, en Californie. Ce rassemblement était organisé afin de protester contre la réponse jugée insuffisante de leur direction après une plainte déposée par une autorité de l’Etat de Californie, le 20 juillet. L’éditeur y est accusé d’avoir laissé s’installer dans l’entreprise une culture du harcèlement au détriment des femmes – qui composent à peine 20 % des effectifs du groupe.

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Lors de la manifestation, beaucoup de pancartes affichaient des messages de soutien en faveur des victimes de ces agissements. Il était, par exemple, possible de lire « Les voix des femmes comptent » ou « Combattons les méchants dans les jeux, combattons les méchants IRL [dans la vraie vie] ». Plusieurs personnes portaient aussi des tee-shirts avec un logo de Blizzard aux couleurs arc-en-ciel, en référence au drapeau LGBTQI, pour prôner plus d’inclusivité au sein du groupe qui compte près 10 000 employé·e·s.

Enfin, le comportement de la direction était également ouvertement critiqué. Par exemple, on pouvait apercevoir parmi les manifestants un salarié tenant un panneau sur lequel on pouvait lire : « Des bureaucrates qui ne rendent de comptes à personne entraînent le départ de nos meilleurs éléments ».

En tout, près de deux cents personnes étaient rassemblées sur place, selon l’AFP, tandis que le quotidien américain The Washington Post évoque plutôt 350 personnes. Le nombre d’employés en télétravail se joignant au mouvement n’était pas connu.

Mais dans l’industrie vidéoludique américaine, où les syndicats sont quasiment absents, les manifestations sont peu courantes et le signe d’une forte colère, analyse le site américain Axios. Prenant en compte l’ampleur du mécontentement en son sein, le groupe Activision Blizzard avait, par ailleurs, au préalable envoyé un e-mail interne informant que ceux qui participaient au rassemblement ne seraient pas sanctionnés et pourraient même bénéficier d’un jour de congé, explique le site The Verge, spécialisé dans les nouvelles technologies.

Les studios Blizzard sont responsables de grandes franchises du jeu vidéo comme « Warcraft », « Overwatch » ou « Diablo ». Ils ont fusionné avec l’éditeur Activision en 2008.

Un fort écho en ligne

Sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, Instagram et Twitter, des milliers d’internautes ont réagi au mouvement en relayant le hashtag #ActiBlizzWalkout. D’autres internautes ont souhaité boycotter les jeux des studios Activision Blizzard, qui attirent en moyenne 400 millions de joueurs par mois, durant la journée du 28 juillet. Des vidéastes ont, par exemple, appelé à arrêter de diffuser des parties de jeux comme Call of Duty, Overwatch ou World of Warcraft durant la journée de mobilisation.

Le mouvement n’a pas uniquement eu des répercutions sur les joueurs. Des membres d’autres studios, comme Riot Games ou Warner Bros, ont aussi exprimé leur soutien à cette action. Cinq cents employés et anciens employés d’Ubisoft ont même signé une lettre aux manifestants pour afficher leur « solidarité ». Dans ce document, provenant de salariés et d’anciens salariés issus de 32 studios différents de l’entreprise française soulignent la récurrence de telles accusations dans l’industrie vidéoludique. Ils demandent ainsi de « vrais changements » chez Activision Blizzard mais aussi chez Ubisoft, secouée par une vague d’accusations de harcèlement sexuel et sexiste en 2020, et dans le secteur en général.

En réponse aux différentes mobilisations, le président-directeur général d’Activision Blizzard, Bobby Kotick a publié un communiqué pour infléchir le discours officiel de l’entreprise et rassurer. Dans les heures précédant la manifestation, il s’est d’abord excusé de la réponse initiale d’Activision à la plainte déposée une semaine plus tôt par le Department of Fair Employment and Housing, une agence de l’Etat de Californie chargée d’enquêter sur les affaires de droit civil.

Lire aussi Harcèlement sexuel : le patron d’Activision Blizzard annonce une série de mesures en réponse aux accusations
Bobby Kotick, 57 ans, est le patron d’Activision depuis 1991.

En effet, une fois que le dépôt de plainte a été rendu public, l’entreprise l’avait vivement critiqué dans un communiqué qui affirmait que les accusations « ne représentent pas l’environnement de travail d’Activision Blizzard aujourd’hui ». Cela avait provoqué une salve de réactions outrées, dont une lettre signée par des centaines d’employés.

Cette plainte s’appuie, en effet, sur de nombreux témoignages et dénonce une série de faits de harcèlement, de discrimination et de machisme. Certains cadres seraient impliqués dans les accusations, ainsi que des membres du département des ressources humaines, qui auraient parfois ébruité des plaintes.

« Je veux reconnaître et remercier tous ceux qui se sont manifestés dans le passé et au cours des derniers jours. J’apprécie énormément votre courage », a donc réagit M. Kotick, le 28 juillet, tout en se désolant que la direction n’ait « pas pu offrir l’empathie et la compréhension adéquates ».

Ce dernier a, ensuite, annoncé une série de mesures pour lutter contre le harcèlement et les discriminations. Il prône à la fois de nouvelles sanctions, promet une meilleure écoute, un audit extérieur et même la modification de certains jeux, accusés par des employés et des joueurs de proposer des contenus inappropriés. Des propositions que des employés ont saluées dans un communiqué publié sur le site IGN, mais qu’ils jugent encore insuffisantes.

Le Monde avec AFP




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