Economie

Jean-Paul Goude, artiste malgré lui

Jean-Paul Goude dans le documentaire « Magistral.e », de Gabriel Dugué (2021).

CANAL+/MYCANAL – À LA DEMANDE – DOCUMENTAIRE

« Dans la dernière partie de mon existence, j’aurais adoré être pris pour un artiste à 100 % et avoir une vraie expo, pas aux Arts déco mais carrément à Beaubourg… Ce n’est pas la peine d’y penser : je suis simplement un illustrateur, un très très bon illustrateur, mais un illustrateur. J’ai pris conscience qu’il me faut être qui je suis ».

Ce constat, plus doux-amer qu’aigre-doux, est celui que prononce Jean-Paul Goude – dont on a du mal à croire qu’il a atteint l’âge vénérable de 82 ans – en conclusion de ce numéro de « Magistral.e », une collection de classes de maître, sur Canal+, « qui invite les artistes qui font l’époque à nous raconter les différentes étapes de leur processus de création ».

Danseur tout autant que dessinateur de formation, photographe, collaborateur du magazine américain Esquire, Goude est aussi metteur en scène de clips de publicité, ordonnateur d’événements marquants, comme le défilé du bicentenaire de la Révolution française, en 1989, constitué de tableaux vivants et couronné, si l’on ose dire, par l’interprétation de la Marseillaise par la cantatrice Jessye Norman drapée dans un caftan bleu-blanc-rouge d’Azzedine Alaïa. En faut-il davantage pour être considéré comme un artiste ?

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Au cours de ce monologue, le trublion à la folle et ludique inventivité revient sur sa vie et sa longue carrière (toujours active) qui a notamment marqué de manière indélébile les années 1980 : on se souvient notamment des garnements en maillot rayé pour les publicités Kodak et du travail graphique sur le corps redessiné et « augmenté » de la chanteuse et mannequin jamaïcaine Grace Jones, l’icône androgyne du Palace, qui fut sa compagne.

Au cours de la décennie suivante, la publicité pour le parfum masculin Egoïste, de Chanel, demeure l’un des meilleurs exemples de film publicitaire parvenu au stade d’icône animée de création pure : une multitude de femmes claquent les volets d’une réplique du Carlton de Cannes en criant le nom du jus promu. « Une petite pièce de théâtre », ainsi que le définit Goude dans « Magistral.e ».

S’il raconte les préventions de Chanel à propos du film où l’on voyait Vanessa (oiseau de) Paradis enfermée dans une cage, Jean-Paul Goude ne revient pas sur les polémiques autour de la notion d’appropriation culturelle dont il est parfois l’objet, lui qui a beaucoup travaillé sur le « black-blanc-beur », trinité inclusive des années « Touche pas à mon pote », le slogan de SOS-Racisme lancé en 1985.

Il avait dit, en 2019, ce qu’il en pensait au Monde : « Nombre d’images d’antan qui m’ont valu des louanges ne peuvent plus être montrées ou publiées. J’ai décliné récemment une invitation à exposer mon travail à New York, car il m’aurait fallu retirer trop d’œuvres importantes. La vulgate autour de l’appropriation culturelle, le “blackface”, le décolonialisme, tout cela est un cauchemar pour moi. »

Celui qui avoue s’être volontairement appuyé sur la notion de cliché, et déclare adorer « exagérer le réel pour le faire apprécier », identifie son travail d’une jolie formule : « Ma vocation est de faire la réclame de ce qu’on ne voit pas. » Révélateur d’invisible : autre définition du travail de Jean-Paul Goude qui, décidément, exposition à Beaubourg ou pas, est un indéniable « artiste à 100 % ».

« Magistral.e » Jean-Paul Goude, documentaire réalisé par Gabriel Dugué (Fr., 2021, 38 min.) Disponible sur Canal+ à la demande et myCanal.


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