Economie

Cyrille, Yannick et les autres… Les héritiers Bolloré à l’ombre du patriarche

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Publié aujourd’hui à 18h00, mis à jour à 19h48

Il est des cataclysmes intimes qui façonnent le destin des familles. Des blessures qui, à l’image des mythes grecs ou des tragédies shakespeariennes, marquent à jamais les générations futures et obligent à construire une nouvelle histoire dynastique. Quand elles touchent une des principales fortunes de France, elles revêtent une dimension particulière. Pour comprendre comment Vincent Bolloré, 69 ans, organise sa succession – officiellement prévue pour le 17 février 2022, jour du bicentenaire de l’entreprise familiale –, il est impossible de ne pas se replonger trente ans en arrière, au cœur d’un vaudeville aussi transgressif que douloureux.

En ce mitan des années 1990, l’entrepreneur déjà flamboyant quitte son épouse, Sophie Fossorier, la mère de ses quatre enfants, pour l’une des sœurs de cette dernière, Florence. Une quadra pimpante, mère de huit enfants de deux maris différents, pour laquelle Vincent avait déjà eu le béguin du temps de leur jeunesse dorée, sur les plages de la Côte d’Azur.

Les sœurs Fossorier sont des figures de la bonne bourgeoisie. Nées à Neuilly, petites-filles d’un ancien maire de Deauville, ces jolies blondes dotées de la meilleure éducation ont fait d’excellents mariages. Brigitte, l’aînée, a épousé Gérard Longuet, un énarque appelé à devenir ministre, Sophie, la troisième, Vincent Bolloré. Toute la petite bande part en vacances ensemble, fait bombance sur des yachts, danse à Saint-Tropez. Ils sont admirés, enviés et craints. Tout semble leur réussir.

Une vie facile

Leurs vieux amis se souviennent de cette tribu soudée autour de Vincent, ce bel homme séducteur et solaire, du couple qu’il formait alors avec Sophie, catholique pratiquant, et que tous trouvaient si sympathique avec leurs quatre enfants scolarisés au sein de l’institution catholique Saint-Jean-de-Passy, dans le 16e arrondissement de Paris. Un chef d’entreprise déjà vorace qui offre à sa famille une vie facile, à l’image de celle qu’il a eue, enfant, dans un hôtel particulier en bordure du bois de Boulogne, où Georges Pompidou et François Mitterrand étaient conviés à dîner.

Son propre père, ami des puissants et de l’écrivaine Françoise Sagan, avait lui-même fréquenté les meilleurs établissements, entouré de gouvernantes qui l’accompagnaient en vacances en Suisse ou dans les multiples résidences d’été de la famille. Les Bolloré, une dynastie douée pour les plaisirs de la vie, que rien, pas même les avanies financières, ne semblait pouvoir arrêter.

Vincent Bolloré, à Saint-Tropez (Var), en mai 1998.

Le départ brutal de Vincent Bolloré fait l’effet d’une déflagration dans ce cercle de privilégiés. La plupart des amis du couple se rangent aux côtés de la femme délaissée. Pour les enfants, jusque-là couvés par ce père attentionné, qui les accompagnait à l’école le samedi matin et préférait passer ses soirées en famille plutôt que dans les cocktails mondains, un monde s’écroule. Voir ce père adoré, qui jadis prenait le temps de leur parler de ses affaires et de leur montrer l’implantation de ses sociétés sur une carte du monde, les abandonner pour aller vivre avec leurs cousins leur est insupportable. Alors en pleine adolescence, Yannick, le deuxième de la fratrie, prend la tête de la fronde.

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